WingMakers

La question de l'Âme, dans toutes ses déclinaisons.
 
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 The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....

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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Jeu 20 Oct - 23:05

Chapitre 19 - Exclusion Délibérée

Le linceul de brouillard de la fin de matinée se dissipait pendant que Torem et Hugelitod s'approchaient du site de l'Oracle. Les gardes les laissèrent passer sans un mot, détectant une tonalité sombre à la visite. Le site était occupé par divers outils de terrassement et un dispositif mécanique qui avait une étrange familiarité pour Hugelitod et qui se dressait mystérieusement à côté de l'Oracle. C’était la première chose qui intrigua Hugelitod, calculant sa capacité à percer au cœur de l'Oracle.
« Qu'est-ce que c’est ? », demanda Hugelitod.
Torem ignora sa question. « Donnez-moi vos mains. »
Hugelitod offrit ses mains tandis que Torem déverrouilla ses chaînes et les enleva.
« Merci », chuchota Hugelitod.
Torem montra un outil qui ressemblait à un large burin qui était couché sur le sol. « Prenez ceci et retrouvez-moi à la plus grosse pierre. Et mettez ceci », ajouta-t-il, en lui tendant une paire de lunettes.
Hugelitod fit ce qui lui était demandé, conscient que chacune de ses actions était examinée par les Grands Initiés. Il regarda les trois pierres du coin de l'œil, faisant son possible pour en paraître désintéressé, mais leur présence magnétique était indéniable.
La pierre centrale dominait les autres d’une hauteur de près de dix mètres, et personne ne savait à quelle profondeur elle s'enfonçait dans la terre. Hugelitod n'avait pas prêté beaucoup d'attention au cours de sa première visite aux glyphes et motifs sur sa surface, mais maintenant, ils semblaient lui chuchoter quelque chose, quelque chose qui était ancien et surnaturel, quelque chose qui lui était complètement étranger et pourtant familier en même temps.
L’Initié Cinquième Vedan, marchait derrière Hugelitod, et posa sa main sur son épaule. « Je suis content que vous ayez choisi de nous rejoindre. Je souhaiterais seulement qu'il ne soit pas nécessaire de le détruire. » Il fit un signe de tête à l'Oracle comme s’il projetait sa sympathie.
Hugelitod a toujours aimé Vedan. C'était un homme simple comme lui dont le dévouement à l'Église était un aimant pour la foi de quiconque. Il avait une apparence arrondie, même sous sa robe informe, mais Hugelitod avait toujours trouvé que son attitude était forte et anguleuse, n’ayant pas peur de s’exprimer franchement et de partager ses sentiments.
« Je suis heureux d'être là aussi », répondit Hugelitod, « et pas seulement pour sortir de cette cellule sombre. » Hugelitod sourit à lui-même, sachant que Vedan entendrait sa tonalité. « Savez-vous ce que représentent les glyphes ? »
« La croyance courante est que la tribu d'origine les a sculptés sur sa surface comme une façon de marquer leur propriété... Mais personne ne le sait avec certitude. »
« Cela semble différent. Ils ne sont pas primitifs. Comment savons-nous qu'ils n'ont pas été laissés à l'origine sur les pierres par leurs créateurs ? », demanda Hugelitod.
« Nous ne le savons pas » fut sa simple réponse. Vedan désigna la pierre du milieu. « Ses glyphes, là au cœur - le centre - représentent la porte d'entrée dans son monde... Sa conscience, et du fait qu'ils sont le point de communication, certains d'entre nous pensent que les glyphes étaient d'origine des éléments des pierres. » Vedan jeta un regard au sol. « Mais les distinctions sont inutiles à la lumière de notre devoir aujourd'hui. »
« Je pense qu'il est temps », dit Vedan avec un soupir subtil, hochant la tête en direction de Torem qui montrait l'Oracle à Hugelitod.
Hugelitod se tourna vers Vedan pour la première fois. « Dans la foi de notre Père je vais. »
« Moi aussi », répondit Vedan dans son souffle, ses lèvres bougeant à peine. « Moi aussi. »
****
Samuel était en profonde méditation, quand un coup frappé à sa porte le fit tressaillir. « Oui ? »
Son assistant ouvrit la porte partiellement. « Ils sont ici, puis-je les faire entrer ? », demanda Melandri.
« Donnez-moi deux minutes», demanda Samuel.
Il figea son attention et mit les papiers éparpillés sur son bureau dans un ordre raisonnable. Les papiers froissés furent retirés du sol en marbre et jetés à la poubelle sous son bureau orné. Il était un peu tendu car il fallait convaincre le conseiller scientifique du roi, le Docteur Hano, d’approuver son projet d’Ordre d’État pour arrêter la destruction de l'Oracle. Samuel savait que l'Ordre d'État échouerait sans le soutien du Docteur Hano.
Il y eut un coup à la porte et elle s'ouvrit sur le physique vif du Docteur Hano bondissant dans la pièce. Son énergie était électrique. Le Docteur Hano était petit, très vif et très lumineux - presque l'équivalent de Samuel. Ses cheveux coupés ras révélaient de grandes oreilles disproportionnées, même si curieusement, ses autres caractéristiques étaient diminutives.
« Bon après-midi, mon cher », dit Samuel avec un sourire. « J'espère que vous avez soif, car j'ai un des meilleurs vins du monde ouvert, et à ma disposition. »
« En effet », répondit le Docteur Hano. « Je suis tout desséché, bien que, pour être parfaitement honnête, le vin ne soit pas mon premier choix. »
« Et ce serait ? », demanda Samuel, déjà en train de verser un verre.
« Vous n'auriez pas, par hasard, encore un peu du cognac que nous avons apprécié la dernière fois que je suis passé ? »
Samuel fit la grimace. « Désolé, je n'en ai plus. Mais je vous avais conseillé de prendre un autre verre la semaine dernière... Vous vous en souvenez peut-être. »
« Ce n'est pas grave, le vin conviendra à merveille, j'en suis sûr. »
« S'il vous plaît, installez-vous confortablement », dit Samuel en montrant une chaise à côté de sa cheminée inutilisée. Il tendit au Docteur Hano un verre à pied avec une bordure en or, et fit tinter cérémonieusement les verres. « À notre santé. »
« Et santé d’esprit ! », ajouta le Docteur Hano.
Le Docteur Hano était le genre de personne qui aimait aller droit au but, mais le faisait toujours avec espièglerie. Tout le social était un prélude à l'art de résoudre les problèmes, qui était sa seule réelle passion. Des épaisses lunettes qui tenaient en équilibre précaire sur l’arête de son nez protégeaient ses yeux bleus. Beaucoup de ses amis le surnommaient le colibri en raison de son petit nez en forme de bec et de son énergie inépuisable.
Le Roi Levernon avait une immense admiration pour la dextérité cognitive du Docteur Hano et son incroyable maitrise des sciences. C’était l'un des plus grands protégés de l'Université, diplômé alors qu'il n'avait que seize ans. Quatre ans plus tard, il enseignait à des étudiants plus âgés que lui dans la même université.
Le Docteur Hano prit une gorgée de vin et braqua son regard espiègle sur Samuel. « Sur quels plans perfides travaillez-vous aujourd’hui ? »
Samuel faisait tourbillonner son verre de vin. « Que savez-vous au sujet de l'Oracle de Dohrman ? »
« Je sais ce que tout le monde sait au sujet du mythe de l'Oracle... »
« Vous croyez qu'il s’agit simplement d’un mythe, alors ? », demanda Samuel.
Le Docteur Hano prit une respiration profonde et tolérante, luttant pour conserver son sang-froid à l’inférence. « Est-il quelque chose de plus ? »
« Et si je vous disais que l'Oracle est réel, à tous égards? Et qu'il est prévu de le détruire demain par son Éminence Suprême ? »
Le Docteur Hano se redressa sur sa chaise, ses pieds, vêtus de chaussures ouvrières, touchant à peine le sol. « Et pourquoi Karnomen détruirait quelque chose qui connaît l’avenir ? »
« Il craint qu’il détruira son Église. »
« Et, juste pour jouer avec votre hypothèse, comment l'Oracle le ferait-il ? »
« Presque trois cents ans auparavant, l'Oracle prophétisa que cela arriverait. Le Grand Prêtre prend ces questions à la lettre. »
Samuel savait bien que le Docteur Hano n'était pas un admirateur de l'Église, et notamment de Karnomen. Le fossé entre la science et la religion semblait s'accroître chaque année passante, et le Docteur Hano sentait que l'Église manipulait les gens pour qu’ils suivent les dogmes fatigués au lieu des idées nouvelles et des révélations qui provenaient des différentes disciplines de la science.
« Comment le savez-vous ? »
« C'est une histoire compliquée », répondit Samuel en remplissant les verres à vin. « Un jour je vous raconterais tout de cela, mais pour l'instant, ce dont j'ai besoin, c'est de votre aide. »
« Sous quelle forme ? »
« J'ai besoin que vous cosignez un projet d’Ordre d'État empêchant Karnomen de détruire l'Oracle, et que tous les deux nous le soumettions immédiatement à Levernon pour assurer la sécurité de l'Oracle. »
« Et pourquoi croyez-vous que je veuille sauver l'Oracle de Dohrman? Peut-être sa prophétie, si elle est en fait réelle, est parfaitement adaptée à mon ordre du jour. »
« L'Oracle est un ancien portail de nos futurs Soi. C'est le point d'accès à nos esprits les plus brillants, des milliers d'années dans l'avenir. » Les doigts de Samuel frappaient d'impatience le plateau de la table. « L'Église le possède depuis qu’il fut découvert, il y a plus de trois cents ans, et ils ont utilisé cette intelligence, non pas au nom de la science, mais au nom de la manipulation. »
« Si vous pouviez avoir accès à l'Oracle, lui demanderiez-vous de prévoir les troubles politiques et religieux de notre planète, ou préfériez-vous plutôt s'enquérir de la compréhension scientifique d'une race avancée qui connaît les secrets de l'univers que nous n'avons jamais même imaginés ! »
Samuel regarda directement le Docteur Hano, verrouillant un instant ses yeux.
« Je voudrais avoir accès à l'Oracle. »
« Je peux arranger cela. »
« J'ai besoin de preuves... Je ne peux pas simplement mettre mon nom sur un Ordre d'État sans avoir la preuve qu'il existe. Je suis un scientifique pour l'amour de Dieu... »
« Je comprends », apaisa Samuel en levant la main. « Je vous l'ai dit, la façon dont je connais ce sujet est une histoire très compliquée. Il m'a fallu près de six ans pour placer mes actifs au sein de l'Église, ainsi j’ai pu acquérir des connaissances de la rumeur sur l'Oracle. Je sais qu’il existe et je sais qu'il sera détruit demain si nous ne prenons des mesures immédiates. Vous devrez à me faire confiance sur ce point. Nous n'avons pas de temps de nous prévaloir de toutes mes connaissances - il y a trop de choses à faire. »
« Vous demandez ma foi... Vous... Vous parlez comme Karnomen », répondit le Docteur Hano, secouant légèrement sa tête, les yeux fixés sur le bord de son verre de vin. « Le concept entier d'un Oracle est - dans mon monde - absurde. S'il y a quelque chose hors de notre réalité qui soit bien réelle et qui puisse influer sur notre réalité, il serait vrai - il serait à l'intérieur de notre réalité... Il serait observable, quantifiable, analysable, et pourtant je dois vous prendre aux mots qu'il existe et, non seulement qu’il existe, mais il est comme un téléphone d’une future intelligence des milliers d'années devant nous, qui se trouve être... Nous. »
« Si nous n'arrêtons pas cela maintenant », déclama Samuel, « vous n'aurez jamais la possibilité de l'analyser ou de l'observer. Aidez-moi juste à arrêter sa destruction et vous aurez une chance de voir par vous-même. Vous serez le premier scientifique à lui poser des questions. Pensez-y ! Cela pourrait bien être la réponse à toutes vos questions... Voyage dans l’espace, Voyage dans le temps, des armes que notre roi ne peut même pas imaginer. Pensez à la puissance que notre État exercerait sur la scène mondiale. N'est-ce pas notre engagement, notre devoir envers notre patrie ? Ce n'est pas le moment d'être embourbé dans une logique empirique, il est temps de me faire confiance et de préserver cette incroyable ressource. »
Le Docteur Hano changea de place, mal à l'aise dans son fauteuil. Ses yeux dardant la pièce alors que son esprit passait au crible les affirmations de Samuel et la portée de l’opportunité devant lui. « En théorie, disons que nous faisons comme vous le demandez, et le roi nous soutient, et nous sommes en quelque sorte en mesure d'arrêter Karnomen. Pensez-vous vraiment que Karnomen me laisserait dans les dix miles de l’Oracle ? Savez-vous seulement où il est ? »
« La réponse à vos deux questions est identique : oui. L’Ordre d'État que je propose comporte une clause qui s'il ne permet pas l'Oracle d'être partagé par l’état, alors son statut d’exonération fiscale est annulée avec un effet rétroactif sur cinq ans. Voilà, mon ami, c’est le marteau qui pèsera sur lui, et je vous assure qu'il verra sa destruction venir de deux directions : l'une, l'abstraction d'une prophétie de trois cents ans, et l'autre, une destruction certaine par l'effondrement financier qui enverrait son institution en redressement judiciaire dans l'année. »
Samuel ne fit aucune tentative pour cacher son excitation à la situation fâcheuse qu’il avait manigancée pour Karnomen, sachant très bien qu'elle serait contagieuse à son collègue.
« La notion de partage de l'Oracle est-elle bien définie dans l’Ordre d’État ? », demanda le Docteur Hano avec une lueur discrète dans ses yeux.
Samuel se leva de sa chaise, saisit un dossier sur son bureau et le mit sur la table. « J'espérais que vous pourriez m'aider à rédiger cette partie de l'Ordre ». Il saisit la bouteille de vin et vida ce qui en restait dans le verre du Docteur Hano. «Pourquoi ne lisez vous pas mon projet et nous pourrions y ajouter vos idées, et quand nous serons tous deux satisfaits, nous l’apporterons à notre roi pour recevoir son sceau d’approbation ? ».

****


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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Dim 23 Oct - 8:38

Bonjour René

ce travail titanesque est fabuleux, et nous sommes nombreux à suivre ces traductions

j'ai, pour ma part, lu en entier cet E-book, en navigant avec les traductions automatiques, et il en est resté une énergie de fond, très importante

j'ai trouvé ceci hier :


Citation :
Nous recruterons certains d’entre eux pour exécuter nos plans, nous leur promettrons la vie éternelle, mais de vie éternelle ils n’auront jamais car ils ne sont pas des nôtres.

• Les recrues se feront appeler « initiés » et elles seront endoctrinées pour croire en de faux rituels, de faux rites de passage vers de plus hautes sphères. Des membres de ces groupes penseront qu’ils sont un avec nous mais ne connaîtront jamais la vérité. Ils ne doivent jamais connaître cette vérité ou bien ils se retourneraient contre nous.
Auteur : Inconnu
http://projectavalon.net/lang/fr/Le_pacte_secret_fr.html

et la prophétie Dorhman m'est remontée en surface

en ces temps, où la vieille structure d'église, (karnomen, hugelitod et cie) s'accroche et endoctrine, à travers des channels très alléchants, pour certains
il me semble essentiel, de mettre en valeur cet écrit de James
afin de mettre en place la structure 'féminine' (maya/simon/oracle)

la prophétie Dohrman, permet de se situer clairement, face aux hésitations, dues à toutes les manipulations puissantes... du vieux 'masculin'

je salue avec gratitude, ce travail de traduction, fait ici

MERCIsssss

cobra/maori sunny

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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Dim 30 Oct - 18:16

Chapitre 20 - Les WingMakers

Maia ouvrit le livre avec un sentiment d'appréhension. C’était le livre le plus ancien et le plus important qu’elle n'avait jamais touché. « Vous avez écrit ceci ? », demanda-t- elle en se tournant vers Simon.
« Je l'ai littéralement écrit, mais les mots… Ceux-là sont venus de l'Oracle », dit Simon.
« Où peut-on commencer ? », demanda Maia.
Simon sourit à lui-même, « cela n'a pas d'importance. »
Joseph ronflait doucement sur un lit d'aiguilles de pin. Le déjeuner semblait l’avoir détendu, au point qu'il ne puisse repousser le sommeil, et comme Simon lui avait suggéré, il s'était couché. C'était la première fois en une semaine que Joseph pouvait se détendre complètement durant son sommeil, sachant qu'il n'était pas le seul protecteur.
Maia ouvrit soigneusement à une page au hasard près du début, et commença à lire.

Dans chaque cœur, il y a une connexion avec le Conduit de l'Unité qui supervise la trajectoire humaine vers la divinité. L'ascension de la conscience est moins un mouvement de la lumière contre les ténèbres qu'elle n'est l'élévation des sentiments pour la conscience collective au service de tous. Si la race humaine doit atteindre quoi que ce soit dans son chemin formidable vers la divinité, cela doit être la prise de conscience partagée que tous et chacun sont presque identiques en tant qu’individu : ce qui était autrefois considéré comme moi, est nous, à tous égards.

Maia prit le temps de réfléchir à la signification des mots avant de plonger dans le prochain paragraphe. « Rappelez-moi, qui est l'auteur de ces mots? Vous dites que c'est l'Oracle, mais l'Oracle semble laisser entendre qu'il y a quelqu'un, ou ... Ou autre chose qui parle à travers elle- »
« L'auteur est l'humanité », interrompit Simon.
« Comment une espèce entière peut-elle écrire ? »
« L'humanité - dans l'espace-temps des WingMakers, les créateurs de l'Oracle - n'existe pas comme nous le pensons. »
« Je ne comprends pas ? »
Simon fit une pause, préoccupé d’avoir à analyser les mots soigneusement. « Ce que vous pensez quand vous voyez l'humanité est un collage de différentes races, cultures, langues, géographies et ainsi de suite. Ce sont les artefacts d'une référence de l'espace-temps qui est inculquée avec la séparation ; une époque sur la chronologie quand les différences humaines prévalent sur les similitudes spirituelles. »
« L'humanité est le cœur-esprit de Dieu, et ce cœur-esprit est une extension de Dieu, vivant dans tous les espace-temps, mais dans des expressions différentes. Dans notre espace-temps planétaire, nous comprenons Dieu comme quelque chose de distinct de nous-mêmes. Il existe en nous, mais il est quelque chose de différent de nous en même temps. Dans l'espace-temps des WingMakers, l'humanité remarque que les distinctions entre le cœur et l'esprit de l'individu et de Dieu sont si minimes que les identités distinctes sont des jeux de mots et rien de plus. »
Maia regarda Simon avec incrédulité. « Vous dites que Dieu et l'humanité ... l'humanité future, est une seule et même chose ? »
Simon acquiesça et resta silencieux, laissant Maia en prendre pleinement conscience.
Maia regarda le livre ouvert, le tourna à une autre page, et lut :

Chaque être humain est un Conduit de l'Unicité et un Émetteur de l'Amour. Bien que les humains expriment rarement ce qu'ils sont, c'est uniquement parce qu'ils ne voient pas la réalité de l'unicité derrière l'illusion de la séparation. S'ils regardaient avec les yeux de leur cœur au lieu de ceux de leur être, ils percevraient une réalité différente, une réalité qui contient l'interdépendance intégrée et l'amour inconditionnel, et guère plus. Ils seraient témoins de chacun comme d'eux-mêmes, et ils comprendraient que la réalité est à la fois infinie et infinitésimale, des hologrammes si vastes qu'ils ne peuvent être seulement que dans l'étreinte d'un Être unique.

Ne pas voir ou comprendre cette Unicité n'est pas un acte mauvais, ni une crise de l'espèce humaine. C'est simplement une relation d'une réalité - la séparation, à une autre réalité - l'Unicité. Dans cette relation de réalités opposées, un dialogue surgit pour que l'humanité puisse apprendre une nouvelle langue affective, comprendre les vertus du cœur et vivre comme des esprits immortels dans l'espace-temps. Ces réalités opposées font partie de la spirale évolutive sur laquelle l'humanité monte, et cela ne peut pas être évité ou supprimé, c'est tout simplement une étape naturelle de l'évolution.


Maia leva les yeux, le visage contorsionné par l'effort de comprendre ce qu'elle lisait. « Alors vous voulez vraiment dire que Dieu est l'humanité dans un avenir lointain, nous ne nous reconnaissons pas comme un être unique ... et de ce que je viens de lire, est-ce normal ?»
Simon acquiesça. « Commencer par la compréhension que ce que nos traditions spirituelles nous ont appris est Dieu, n'est pas Dieu. Dieu n'est pas un concept ou une personnalité qui peut être diffusée dans les mots ou n’importe quelle langue des domaines de l'espace-temps. Au mieux elles peuvent fournir des indices, ou jeter une humble lumière sur un aspect de Dieu, mais la totalité de l'Être échappe à l'esprit comme un jeune enfant lutte pour attraper une feuille dans le vent. »
« Ainsi, Dieu est en constante évolution de l'humanité? Comme nous nous rapprochons de Lui, Il se dilate encore ?»
Simon sourit en reconnaissance de l'intensité de Maia. «L'humanité, dans son état d'Unicité, est Dieu. Les concepts de Dieu, les manifestations de Dieu, tout vient à l'humanité depuis son futur Soi. Vous pouvez le considérer comme si nos futurs Soi poussent à être si cohérents qu'ils se figent en un super organisme unique - appelons-le les WingMakers. Les WingMakers sont venus sur notre planète, par les couloirs de l'espace-temps, et ont intégré la conscience spirituelle dans notre humanité actuelle -»
« Vous voulez dire l’Oracle ? », demanda Maia, interrompant provisoirement.
« En partie, l'Oracle, oui, mais il est beaucoup plus que toute chose. Ainsi les WingMakers se seraient incarnés dans notre espace-temps, et vivent au sein de notre espace-temps en tant qu'enseignants. Ces incarnations consistaient en missions spéciales destinées à changer les systèmes de croyances de leur temps vers les voies supérieures de l'Être Unique. »
« Il y eut des scientifiques, des maîtres spirituels, des artistes, des leaders, des inventeurs et beaucoup d'autres venus littéralement d'un temps différent et, en un sens, on peut dire qu'ils furent des voyageurs du temps. »
« Savaient-ils qu'ils étaient des WingMakers vivant dans notre espace-temps ?»
« Seulement une poignée », répondit Simon. « La grande majorité ne connut jamais leur véritable origine parce que la profondeur et l'ampleur de ces origines ne pouvaient pas être contenues dans l'organisme et l'esprit d'un espace-temps antérieur. Ils étaient, à tous égards significatifs, incompatibles. »
« Ceux qui savaient ... Je veux dire ... qu'ils étaient WingMakers ... comment le savaient-ils ?»
« On leur a dit. »
« Par qui ?»
« Ils avaient des interactions conscientes avec les WingMakers. »
« Vous voulez dire que les WingMakers se manifestaient et leur parlaient ?»
« Quelque chose comme ça », répondit Simon, en évitant la question directement.
Maia regarda le livre, puis Simon. « Cela n'a pas vraiment de sens. Dieu n'existe pas vraiment, alors ? Il est nous et nous sommes Lui- »
« Dieu existe. Il y avait une Source pour les éléments constitutifs de la vie. Les WingMakers l'appellent la Source Première. Cette Source, si ancienne qu'elle trompe le temps lui-même, a formé les modèles initiaux de la vie. Ces modèles furent ensuite dispersés à travers le cosmos et ont permis la gestation de la vie terrestre dans une chronologie qui - pour nos esprits - semble infinie. Et pourtant, comparée aux champs temporels de la Source Première, c'est une seule vie. »
« Les WingMakers, comme l'expression pénultième de l'humanité, apparaissent comme Dieu parce que, par extension, ils le sont. Ils ont codifié les concepts de Dieu ou Créateur et les ont chuchotés à l'oreille de l'humanité sous la forme d'enseignements trouvés dans des livres, des peintures, de la musique, des danses, et d’autres formes d'expressions, y compris les sciences. »
« La séparation provoque l'idée qu’une race ou culture est propriétaire de Dieu. Que Dieu est une possession comme un talisman tenu dans les mains d'une race ou tribu, ou même d'un rassemblement de personnes de cultures différentes, uni en une seule religion. Ce n'est pas le Dieu qui fut révélé par les WingMakers depuis des millénaires c'est le dieu de l'invention humaine - notre création c’est un Dieu à notre propre image ».
Maia semblait songeuse. « Mais vous avez dit que les WingMakers ont introduit le concept de Dieu à l'humanité. Pourquoi aurions-nous changé cela ? »
« L'humanité n'est pas différente de tout autre organisme, elle s'adapte à ce qu'elle apprend de son espace-temps actuel, mais ce qui est typiquement humain, c'est que l'adaptation est configurée pour l'avantage de quelques personnes et au détriment de la grande majorité. Quand Dieu fut configuré pour être un père vengeur, il servait à des fins de contrôle pour mettre les gens dans la crainte. Lorsque les enseignants sont venus pour modifier cette erreur, pour encourager les gens à ré imaginer Dieu comme un père aimant et que toute vie était Sa création, des leaders soi-disant spirituels se sont à nouveau concentrés sur les péchés de l'humanité qui soutiennent un sentiment de séparation entre créateur et créé, et qui nécessitent un intermédiaire - un rédempteur. »
« Dieu est comme une pyramide infinie, et si on définissait la structure à sa base, elle semblerait un grand carré, alors qu'en fait il s'agit d'une structure tout à fait différente lorsque vous vous élevez en son sein. »
Simon se mit debout et saisit son bâton et un petit sac par la porte. « J’ai de la nourriture à trouver pour notre dîner. »
« Que puis-je faire ?»
« Mangez, reposez-vous, lisez, récupérez vos énergies », répondit Simon. « Je sens des défis poindre qui nécessiteront tout votre esprit et toute votre énergie. Donc pour l'instant, profitez de la paix et du calme ici. Laissez ces énergies vous remplir. » Simon s'arrêta en montrant Joseph. « Il montre l'exemple. »
Un instant plus tard, Simon passait la porte et le bruit de ses pas disparaissait dans un bourdonnement étrange qui remplissait les oreilles de Maia. Elle se sentait fatiguée, et comme Joseph, l'épuisement finalement la rattrapa. Avec ses mains, elle créa un monticule d'aiguilles de pin en guise d'oreiller et y posa sa tête doucement. Elle voulait en lire plus, mais il était impossible de garder les yeux ouverts. Le sommeil vint rapidement.

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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Jeu 3 Nov - 11:49

Chapitre 21 - Un Mur sans parois

Hugelitod faisait face à l'Oracle comme un homme qui fut conduit dans l'antre d'une bête affamée et à qui ses ravisseurs auraient demandé de la terrasser à mains nues. Il était en colère contre sa tâche, contre les gens qui lui avaient demandé de détruire ce qui était sans aucun doute l’objet le plus magique et utile sur la Terre. Il sentait qu'il était le seul à l’avoir compris, et dans sa solitude sa colère grandissait.
« Tenez le burin ici», commanda Torem, pointant un endroit juste au-dessus des glyphes. « Nous commencerons ... ici. »
Hugelitod posa le burin à l'endroit exact qu’avait pointé Torem, et se figea, attendant le coup d'un gros marteau.
«Et si c'est trop dur et que cela ne se casse pas ? », demanda Shunal.
Les Grands Initiés s’étaient rassemblés autour pour voir la première frappe.
Torem porta le marteau derrière son épaule. « Nous saurons bientôt. »
Le marteau frappa avec une force inattendue. Hugelitod sentit qu’il se propagea à travers tout son corps, tandis que de petits morceaux de roche volaient vers lui, certains frappant son visage et sa poitrine.
Torem tapa sur l'épaule de Hugelitod et montra à nouveau l’endroit. « Encore une frappe au même endroit. »
Hugelitod fit comme demandé, mais cette fois-ci il détourna la tête, priant intérieurement un Dieu qui semblait indifférent à la destruction de son seul vrai messager terrestre. Les éclats volèrent de nouveau, mais aucune ne frappa son visage.
« Très bien », déclara Torem en enlevant ses lunettes. «Nous savons que ces pierres ne sont pas immunisées contre un marteau et un burin, alors travaillons. Par équipe de deux, une fois que vous aurez un trou assez profond, nous utiliserons la foreuse pour l'achever. Des questions ? »
« De quelle profondeur de trou pensez-vous que nous aurons besoin ? », demanda l'un des Initiés.
« Quand votre burin sera enfoui dans le trou, nous essayerons la foreuse », répondit Torem. « Rappelez-vous que la profondeur du trou est la clé, pas le diamètre, gardez donc votre attention sur ce point. »
« D'autres questions ? » Torem fit une pause dans le silence des participants. «Bon, faisons ce travail le plus rapidement et avec toute la sécurité possible. »
Alors que les autres Initiés se dispersaient pour leurs tâches, Hugelitod retira un gant et fit courir ses doigts sur l'entaille sur l'Oracle. Il essaya de regarder alors qu’il la nettoyait pour la frappe suivante, mais il essayait en fait de communiquer avec lui, pour voir si tout allait bien. Il posa mentalement une question : «allez-vous bien ? » Aucune parole, aucun sentiment ne lui répondit. Il était vide, rien de plus.
L'entaille n’était que d’un centimètre à son endroit le plus profond, mais seulement après deux frappes. Hugelitod calcula qu'il suffirait d'une douzaine de frappes de marteau et burin, et le trou serait assez profond pour la foreuse. Ayant grandi dans une ferme, Hugelitod était bien conscient de la puissance d'une foreuse, son trépan était à la fois long et large, et semblait menaçant d’efficacité. Bien qu'il n’en ait jamais vu une comme ça, il savait que sa puissance serait cent fois supérieure à celle de Torem et lui ; ils avaient simplement créé le trou de départ pour la foreuse. Elle serait l’instrument de la mort de l'Oracle, à moins qu'il ne puisse trouver un moyen de l'arrêter.
L’esprit de Hugelitod s’emballait pendant qu’il considérait ses options. « Qui va utiliser la foreuse ? », demanda-t-il en se tournant vers Torem.
« Ce sera frère Vedan. »
« En a-t-il utilisé une auparavant ?»
« Il a passé la plupart de la journée d’hier à être formé par l'un des gardes. Je pense qu'il peut s’en servir », déclara Torem sur un ton bourru.
«J'ai exploité des foreuses depuis que j'ai douze ans», se vanta Hugelitod. « Si vous voulez, je peux la faire fonctionner. »
«Je le prendrai en considération », dit Torem en adoucissant sa voix, «mais nous devons d'abord avoir un trou assez profond pour que nous puissions l'utiliser. »
* * * *
Karnomen jeta un œil par la fenêtre de son bureau au deuxième étage, observant Samuel alors qu'il approchait des marches de la résidence privée du Grand-Prêtre. Alors que sa maison était austère comparée au palais du roi, elle était néanmoins un chef-d'œuvre de conception structurelle avec des dômes d'albâtre arquant au-dessus de planchers en séquoia. Les toits de tuiles rouges - réflexions harmoniques des planchers en séquoia - étaient en parfait contraste avec les murs à texture de terre de couleur crème.
On avait annoncé à Karnomen tôt le matin que Samuel était en chemin et que la réunion était prioritaire. Karnomen supposait que le roi avait confié à Samuel la préparation d’un ordre du jour de leur réunion plus tard dans la semaine, et Karnomen était heureux de rendre service, croyant que cela mettrait son esprit hors de la démolition de l'Oracle.
Karnomen se versa une tasse de thé, et commença à examiner ses notes tandis qu’un coup à sa porte retentit. « Entrez. »
Son assistant apparut, annonçant l'arrivée de Samuel. « Certainement, faites-le entrer », répondit Karnomen, essayant d’avoir l’air surpris.
Samuel apparut dans sa tenue officielle derrière l'assistant, et salua de manière amicale. « C'est si bon de vous voir, votre Éminence, et un matin agréable tel que celui-ci, en plus. »
« Le plaisir est partagé », dit Karnomen en hochant la tête. «Installez-vous confortablement à la table. Je vais vous verser une tasse de thé. »
« Oui, je vous remercie », dit Samuel. « Juste un peu de miel si vous permettez. »
Karnomen évalua le complément de miel comme une singularité. Samuel était prévisible dans son appréciation du thé, le buvant toujours de la même manière : gingembre, citron et thé noir. Sans édulcorants, pas même un soupçon. « Les sucreries vous irritent, ce matin ? », demanda Karnomen avec un sourire bien élevé.
« Oui, en effet c’est le cas », répondit Samuel. « Je vais aller droit au but, si vous le permettez. »
« Certainement », dit Karnomen, en lui passant son thé. « Est-ce au sujet de ma rencontre avec le roi ce vendredi ? »
Samuel regarda par-dessus sa tasse de thé et secoua la tête. « Non, c'est une affaire distincte. »
Karnomen nota le changement de ton dans la voix de Samuel. Il sentit un nuage sombre à l'horizon, et une centaine d'options traversèrent son esprit dans l'arc d'une simple seconde. « Éclairez-moi, s'il vous plaît, alors. »
« Le roi a signé un Ordre d'État qui décrète que vous protégerez immédiatement et préserverez l'Oracle de Dohrman, et permettrez que son endroit soit connu d’un cercle intime de conseillers de sa Majesté, accordant ainsi l’accès à l'Oracle à notre roi. »
Samuel s'arrêta et prit une gorgée de thé, permettant à Karnomen de réagir.
«Je vois», dit Karnomen. «Et puis-je demander comment le roi s'est procuré cette information ?»
« Est-ce important ?»
Karnomen se renversa dans sa chaise. Le choc de cette nouvelle manœuvre du roi le prit au dépourvu, le laissant presque sans voix. « L'Oracle de Dohrman est un mythe, comme vous- »
«Non ! », interrompit fermement Samuel. «Ne m'insultez pas. Nous savons tout au sujet de l'Oracle, y compris votre intention de le détruire, peut-être même dès aujourd'hui. »
Karnomen joint ses mains en clocher, y appuyant son menton dans une contemplation profonde. «Et si je vous disais qu'il est trop tard. Que l'oracle est détruit alors même que nous parlons ?»
«Je dirais que vous venez de détruire votre Église. Le roi a dit que soit vous protégez, préservez l'Oracle et en partagez l'accès, soit vous subirez les conséquences de la fiscalité- »
« Vous ne pouvez pas faire ça ! », cria Karnomen. « L'État ne peut pas soudainement lever des impôts sur une vénérable institution religieuse qui sert le peuple et Dieu ! Comment osez-vous !»
«Au lieu de crier après moi», proposa Samuel, « je ferais tout en mon pouvoir pour protéger l'Oracle. Si l'Oracle est détruit, vous et votre église subiront le même sort. »
Samuel prit un dossier de sa serviette et il le glissa à travers la table pour Karnomen. «Je vous laisse cela, vous pouvez demander l'avis de vos conseillers juridiques, mais je voulais prendre toutes les précautions de votre considérable autorité pour protéger ce qui est maintenant détenu conjointement par votre Église et notre roi. » Samuel se pencha en avant et lui chuchota. « Et si cela signifie que vous vous exemptez, même maintenant, à faire un appel téléphonique, je le ferais. »
Samuel se pencha en arrière et lentement indiqua le dossier. « Vous savez bien comment les conseillers juridiques peuvent disséquer un simple Ordre d’État comme cela. Et pourtant, tout ce que vous devez vraiment faire c’est ouvrir ce dossier et remarquer le cachet du roi et sa signature au-dessous. Cela devrait être tout ce qui est exigé pour prendre une action immédiate au nom de l'Oracle. Personne ne veut voir l'Église détruite, encore moins le roi. »
Samuel se mit debout et ajusta ses manches. «Quant à la réunion de vendredi, le roi m'a demandé de la rendre conditionnelle, c'est-à-dire, si l'Oracle est préservé, vous êtes invité à y assister afin que nous puissions discuter de l'accès partagé et des protocoles associés. Si, comme vous l’avez suggéré plus tôt, l'Oracle est détruit, alors la réunion sera annulée et nous planifierons un autre type de réunion plus tard dans le mois. »
Samuel ferma sa serviette, remit sa chaise sous la table avec soin et quitta la pièce sans un mot.
Karnomen ouvrit le dossier, se tourna vers la dernière page du document, et vit la signature du roi et le cachet. Son cœur s’assombrit en une tempête de rage, mais son bras resta le fidèle serviteur de son esprit rationnel, et tira le téléphone proche de lui, composant un numéro qu'il souhaitait secrètement qu’il n’eût pas existé.
* * * *
Le gardien au poste de contrôle, près de l'Oracle, s'était assoupi lorsque le téléphone sonna. Tous les gardes avaient fait des heures supplémentaires pour préparer le site pour les Grands Initiés, et beaucoup d'entre eux avaient travaillé sans interruption pour trouver les outils et les amener sur le site distant. La foreuse, ou «Bête de Fer», comme les gardes l’appelaient, avait nécessité une petite équipe de gardes pendant près de vingt heures pour la déplacer à travers le sentier étroit du monastère sur le site de l'Oracle.
«Oui, gardien de la tour Junín à l’appareil », était le message d'accueil habituel du gardien alors qu'il décrochait le téléphone, ses yeux en berne.
Le lieutenant Junín verrouilla immédiatement son attention alors que le son familier et distinctif de la voix de Karnomen remplissait le récepteur du téléphone. «Oui, Votre Éminence. Oui ... Oui ... Pourriez-vous s'il vous plaît répéter ? D'accord. Oui, immédiatement. Oui, je vais utiliser le système de sonorisation. Je vais voir pour le moment. D'accord... au revoir ».
Le lieutenant Junín se leva d'un bond dans un état de panique. Tous les autres gardes étaient endormis, et sa connaissance du système de sonorisation était bien en dessous de la moyenne puisqu'il l’avait utilisé une fois seulement, il y avait presque un an. Il bascula certains commutateurs et mit sous tension. Comme les lumières s'allumaient, la lumière jaune des cadrans vacilla un peu, et ensuite devint fixe alors qu'il les tapotait avec ses doigts.
Il s'empara du micro et monta le volume. Son cœur battait la chamade quand il réalisa que les hommes les plus puissants de l'Église allaient bientôt entendre sa voix. Il pensait au réveil de son supérieur, mais cette idée était bien pire que son annonce imminente aux Grands Initiés.
* * * *
Toute la longueur du burin était presque enfouie dans la pierre brun-noir du monolithe central de l'Oracle. Hugelitod ne pouvait plus tenir le burin, ainsi Torem frappa le burin avec le marteau alors qu’il reposait dans le trou.
« Le trou est assez profond », dit Torem en essuyant la sueur de son front avec la manche de sa robe. «Essayons la foreuse. »
Hugelitod tressaillit un peu à l'annonce. « Voulez-vous que je la mette en marche ?»
Torem regarda vers l'une des autres pierres et acquiesça. « Vedan semble occupé ... vous pouvez faire un essai. »
Hugelitod marcha lentement vers la foreuse modifiée, examinant son trépan et le montage. La machine était grande, beaucoup plus grande que toutes celles dont il s'était servi en grandissant à la ferme. Il vérifia les contrôles et méthodiquement réfléchit aux calculs initiaux et l'application de sa puissance sur la plaie de l'Oracle. Il se souvint des paroles de l’Oracle disant que son enveloppe de protection serait plus résistante aux intrusions plus profondes, mais la foreuse semblait plus inquiétante qu'il ne l'avait prévu, maintenant qu'il pouvait l'examiner de plus près.
Torem regardait la méthode de Hugelitod avec intérêt. «Pensez-vous que vous pouvez la manipuler ?»
Hugelitod acquiesça et saisit les bras de contrôle à deux mains, soulevant l'extrémité de la foreuse qui avait été couchée sur le sol et la pointa avec beaucoup d'efforts vers le cœur de l'Oracle. «J'aurai besoin de votre aide pour positionner le foret sur le trou ... c'est trop lourd pour moi à contrôler. »
« Dites-moi juste ce que vous voulez que je fasse », dit Torem.
«Quand je relève le trépan, il suffit de le positionner dans l’ouverture du trou initial. Je l'utiliserai à partir de là. »
« D’accord », dit Torem, «Faites-moi savoir quand vous serez prêt. »
Hugelitod lança la machine après seulement deux tractions de manivelle. Le son était magnétique et les Grands Initiés arrêtèrent leur travail pour regarder.
« Vous avez décidé de le laisser faire ? », hurla à moitié Vedan au-dessus des bruits du moteur dans l'oreille de Torem.
Torem se retourna et hocha la tête avec une expression sombre, puis tira son capuchon en place, signalant qu'il ne voulait aucune autre conversation.
Hugelitod activa le trépan et le fit tourner avec une puissance incroyable. Ce fut une ruée vers son corps tout entier comme il résonnait aux vibrations. Il le désactiva et hocha la tête pour signaler à Torem qu'il était prêt. Le trépan s'arrêta finalement complètement, et les mains gantées de Torem tenaient le trépan avec précaution comme il se balançait dans sa direction. La foreuse était sur roues et pouvait être verrouillée une fois que la position était déterminée.
« Comme cela ? », hurla Torem.
Hugelitod pouvait voir que le trou de départ était plus petit que la pointe du trépan, mais il pensait que ce serait suffisant s’il pouvait contrôler le couple de la foreuse contre la pierre. Son plan était simple : casser le trépan de manière à faire croire à un accident. « Cela ira bien. »
Torem laissa le trépan se nicher dans le trou de départ et recula sans jamais quitter la pierre des yeux. Il murmura une prière : « dans la lumière du Seigneur, je demeure. Au son de sa voix, je connais la vérité. »
Hugelitod savait qu'il suivait un angle un peu moins inférieur à la perpendiculaire au trou de départ et il verrouilla les roues. Il espérait que l'angle serait suffisant pour briser le trépan, surtout s’il appliquait une pression sur un côté du trou de départ. Il lança de nouveau la machine, et fit tourner le trépan. Son cœur battait avec impatience.
Il accéléra le trépan pour trouver la bonne vitesse, puis commença à exercer une pression sur le trépan, d'abord vers l'avant, puis sur le côté, mais que très légèrement, en espérant que le couple subtil serait suffisant pour le casser.
Des morceaux de roche étaient arrachés pendant que le trépan plongeait dans la peau de la pierre. Hugelitod sentait ses bras s’affaiblir à cause de la pression et des vibrations de la foreuse. Il n'avait pas d'autre choix que de lever le pied et de se reposer un moment.
« Vous n'êtes pas à un angle droit », indiqua Vedan. « Vous allez briser le trépan si vous gardez cette place ! »
Torem fit signe à Hugelitod de venir un peu vers lui, puis plaça ses mains sur les épaules de Hugelitod, le positionnant comme un mannequin dans une vitrine. « C'est mieux. Essayez de nouveau, et cette fois, avancez aussi dur que vous le pouvez, aussi longtemps que vous le pouvez. »
Hugelitod souleva ses lunettes, essuyant la sueur qui tombait dans les yeux. Il déplaça la foreuse à sa nouvelle position, verrouilla ses roues. Son monde s’égarait. Le temps ralentissait, le son complexe d'une machine, l'odeur de l'huile, les textures des rayons sombres du soleil dansant parmi la poussière de la pierre. Il regarda le monolithe, ses défauts clairement, quoiqu’en dessous, il savait qu'il existait un labyrinthe cristallin qui hébergeait une conscience qu'il aimait. Comment pouvez-vous devenir une partie de moi ? Il doit refuser de céder. Il doit briser le trépan, même s'il s'agissait d’un acte de résistance futile qui mettrait fin à sa vie. Il n'avait pas le choix, et soudain il n’avait qu’une seule pensée, qu’un seul acte.
Hugelitod accéléra la machine, libérant le trépan à sa vitesse maximale. Ses bras déjà meurtris tremblaient en prévision de son acte suivant. Il pousserait la foreuse sous un angle aigu et briserait le trépan. Il se retourna avec un regard d’une intensité sauvage et écarta tout le monde à distance. « Reculez ! » Il hurlait au-dessus du bruit de la machine. « Je ne veux pas que quelqu'un soit frappé par des éclats de roches !»
Les Grands Initiés reculèrent à l'unisson comme dans une procédure minutieusement préparée. Hugelitod ferma les yeux, en attendant que le trépan s'enfonce dans le trou de départ. Le gémissement de la machine s'amplifia, et tout à coup la main de Torem martela l'épaule de Hugelitod, il criait quelque chose, son visage déformé par la détresse, mais Hugelitod reconnut le seul mot qu’il avait besoin d’entendre.
« Stop ! Stop ! » La voix de Torem résonnait alors que le bruit du moteur diminuait.
« Quoi ? », demanda instinctivement Hugelitod.
« Son Éminence nous a ordonné d'arrêter», répondit Torem, se tournant vers les Grands Initiés pendant qu’ils se blottissaient plus près pour entendre. « Il n'y a pas d'explication, ni d’exigence supplémentaire. Nous allons nettoyer le site, et après cela, nous retournerons au monastère. »
Il y avait de l'incrédulité sur les visages, mais personne ne prononça un mot. Les Grands Initiés commencèrent immédiatement le nettoyage du site comme s'ils entraient dans le brouillard d'une réalité alternative. Hugelitod restait attaché à la foreuse qui était enfin silencieuse et immobile, les bras tremblant de la tension.
Il regarda les trois monolithes de l'Oracle et pleura. La défiguration brillait dans le soleil lumineux comme des actes de sacrilège au Roi de l’Univers, et ses mains étaient corrompues de vibration. Une certaine obscurité l'enveloppait pendant qu’il observait la scène, détaché, calme, sans aucune envie de bouger ou même de penser. C’était une solitude exquise qui grandissait tellement qu'il s'attendait à mourir dans l'instant suivant. Mais non.
Puis, soudain, il sentit quelque chose se passer à l'intérieur. Un sentiment à la différence de tout ce qu’il avait connu auparavant. L'Oracle, juste un petit instant, se matérialisa face à lui, et sourit sciemment, avant de disparaître. Pas un seul mot échangé, et pourtant, Hugelitod savait tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il avait survécu, et lui aussi.

* * * *


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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Dim 6 Nov - 18:14

Chapitre 22 - Fusion Altruiste

Durant les mois d'été, les vents étaient rarement ressentis dans le royaume de Levernon, mais il y avait des tempêtes qui pouvaient arriver de la montagne bordant le pays au Nord, et parfois ces tempêtes pouvaient apporter des vents destructeurs.
Tandis que les Initiés quittaient le site de l'Oracle, tandis que Karnomen signait l’Ordre d’État, tandis que Maia et Joseph dormaient, tandis que Kamil se démenait dans les bois, tandis que Hugelitod marchait avec les mains liées qui tremblaient encore, un orage se formait de l’autre côté de la montagne. Silencieux et discret, dans la partie la plus éloignée du royaume, il assemblait sa capacité à détruire tout ce qui se trouvait malheureusement sur son passage. Un chemin qui était imprévisible, enveloppé par les contours de la complexité, où toute prévision devenait un exercice capricieux d'espérance.
Chaque tempête a un commencement - une étrange alchimie d’événements et de conditions qui concourent à créer quelque chose de sombre et puissant du sein de la stabilité. Mais les changements subtils qui donnèrent naissance à cette tempête étaient cachés dans l'environnement vierge d'un lac de haute montagne.
L'Oracle s’est enfui de sa maison au moment où les Grands Initiés s’étaient approchés au matin avec Hugelitod en remorque. Il n'y avait aucune certitude que les Grands Initiés échouent dans leur tentative de détruire l’incarnation physique de l'Oracle, même avec Hugelitod essayant de les en empêcher. L'Oracle s’échappa à un endroit où il n'avait jamais été auparavant, cherchant une nouvelle incarnation, une structure physique qui pourrait abriter sa conscience, quelque chose qui pourrait le soutenir, sinon l’élever.
Dans cette quête désespérée, l'Oracle trouva par hasard un petit lac, niché entre des crêtes au-dessus de la ligne des arbres. Un grand affleurement rocheux surplombait le lac et l’Oracle pensa qu’il pourrait être possible de vivre dans la structure, mais quand il essaya de s’y fixer, la densité de la roche était trop forte pour y pénétrer.
Après plusieurs tentatives, l’Oracle dériva le long du rivage du lac et se glissa dans l'eau, qui était calme, claire et fraîche, mais elle manquait de la fermeté à laquelle il s’était habitué, ainsi que d’une présence ciblée. L'Oracle aimait la sensation de l'eau, mais ne pouvait l'incarner, quels que soient les efforts qu’il fit.
Finalement, il arriva à un énorme rocher qui était isolé de l'autre côté du lac et il y entra, mais encore une fois, la densité de la pierre repoussa ses tentatives à établir une présence dans la pierre massive.
L'Oracle, irrité par sa situation, prit soudain conscience de ses émotions. À sa grande surprise, il sentait distinctement les états humains, comme la solitude, la frustration et même la colère cachée derrière son sentiment croissant de déception. De ces émotions, il commença, depuis ses souvenirs et impressions de l'humanité, à dessiner et créer une forme - une femme avec des cheveux noirs brillants dont l'Oracle se rappela la beauté quand il fut découvert il y a des milliers d'années.
L'Oracle se concrétisa en tant que femme. Elle s'effondra sur le sol, ses jambes tremblantes sous le poids de son corps. L'air frais des montagnes se précipita dans ses poumons pendant qu’elle prenait pour la première fois une respiration et ouvrait ses yeux. Le monde était concentré en une lumière différente, plus confinée, sombre et avec une pesanteur qui la maintenait pétrifiée par l'étrangeté de ce nouveau cristallin au travers duquel elle percevait maintenant son monde.
C’est de cette manière que l'Oracle est devenu une femme. Forcément, hors des émotions humaines, ce qui était autrefois éphémère et d'un autre monde, vivant à l'intérieur d’ornements de pierre, est devenu un membre de l'humanité. Pour la plupart, elle resterait de la couleur de l'air, tandis que son nouveau corps, désormais matérialisé, était encore trop beau à voir pour ceux qui étaient habitués à une lumière plus dense.
L'Oracle sentit une étrange succession d'émotions l’inonder. Elle n'avait pas de mots pour les décrire, elle ne pouvait que les ressentir, et son corps se convulsait et se tordait comme un serpent dans les affres finales pour se débarrasser de sa peau. Elle était incapable de contrôler quoique ce soit dans son monde, et ses sens s’arrêtaient dans ce que les humains appelleraient la crainte absolue.
Quelque temps passèrent et l'Oracle ouvrit à nouveau les yeux. Elle était couchée sur le dos, près du rivage avec une jambe dans l'eau. Sa respiration était plus rythmée et elle prit conscience d'une sensation de pulsation à l'intérieur de sa poitrine. Ses mains se déplacèrent simultanément pour survoler son cœur battant, et elle ressentait un sentiment d'identité, le sentiment qu'elle était connectée en dépit de sa solitude.
Les battements atténués du cœur la calmèrent, et elle s'assit lentement, sentant la houle des vertiges dans sa tête. Le ciel s'obscurcissait alors que les nuages se formaient sur les montagnes. Elle pouvait entendre l'eau scintillante sur le rivage à côté d'elle, mais c'était une expression terne à côté de ce qu'elle avait connu auparavant. Ses mains balayèrent ses cheveux derrière ses oreilles, les touchèrent, elle pouvait imaginer les textures de ses mains et sentait leur nature curieuse.
Au loin, au coin de ses yeux, elle vit une tache d'or flottant au-dessus du lac. Elle se déplaçait avec grâce et grandissait à chaque instant qui passe. Elle pensait que c'était un quelconque oiseau, mais il ne semblait pas appartenir à son nouveau monde. Elle cligna et plissa les yeux pour reconnaître la forme. Comme l'objet se rapprochait, sa forme commença à se cristalliser, et alors qu'elle avait des ailes comme un oiseau, c'était une créature d'une autre nature qui colorait son identité.
L'Oracle était fasciné, comme si l'objet volant était le seul sujet dans son monde. Elle tenta de se lever, mais ses forces demeuraient incertaines, alors elle attendit, sentant la vulnérabilité de son état, mais désireuse de compagnie sous quelque forme qui entrait dans son monde.
Pendant que la créature ailée la survolait à seulement six mètres au-dessus d'elle, elle pouvait voir que c’était en effet un oiseau d'or, mais de quelque autre royaume car il était partiellement transparent, et ce n'était pas simplement un oiseau car il y avait quelque chose de nettement humain à son sujet. La créature survola sans reconnaître l'Oracle ou même paraissant avoir de l'intérêt pour elle, mais comme il passa, il tourna et plana pendant un instant puis descendit, avant de s'immobiliser sur le sol à une distance de seulement dix mètres.
Comme il se posa, il agita son corps et sa tête tourna. Il avait toutes les caractéristiques d'un oiseau, mais ses yeux étaient humains, intelligents, et l'Oracle sentait qu'ils avaient une conscience aigue. L'oiseau avait une taille de près de trois mètres avec des ailes qui pouvaient atteindre six mètres d'envergure. Sa couleur primaire était brun doré, mais avec des nuances subtiles de toutes les couleurs parsemées comme un mélange de lumières tissé à partir d'un arc-en-ciel. L'Oracle pouvait voir à travers l'oiseau à certains moments, et à chaque fois qu'elle le fit des particules de lumière dansaient au sein de l'oiseau à un rythme qui ne pouvait être l'expression d'une chanson.
Le grand oiseau se dirigea lentement vers l'Oracle, mais sans aucun geste ou bruit menaçant. Il déplia une de ses ailes et toucha l'Oracle comme pour évaluer sa réponse. Elle tressaillit au début, mais ensuite constata que le contact transmettait une signature énergétique, et quelque chose s'activa en son for intérieur.
«Que voulez-vous ? », dit-elle avec un éclair curieux de ses yeux bleus.
L'oiseau retira son aile et la replia bien serrée à son corps, en restant silencieux et immobile.
L'Oracle, encore sur le sol, se sentit une force nouvelle, et elle parvint à se mettre debout, faisant face au grand oiseau. «Qui êtes-vous ? »
Une sensation étrange emplissait l'air pendant que des nuages noirs, menaçant de pluie à tout moment, continuaient à s'assembler au-dessus d'eux.
Elle tendit la main pour toucher l'oiseau, mais l'oiseau recula. « Je choisirai le moment », dit-il d'une voix qui était aussi claire qu’elle était calme.
«Que ... qu'êtes-vous ? », demanda l’Oracle admiratif en réalisant que l'oiseau pouvait parler.
« En ce moment, je suis un oiseau, et qu’êtes-vous ? »
«Savez-vous ce qui m’arrive ? », demanda l'Oracle, comme si elle n'avait pas entendu la réponse de l'oiseau.
L'oiseau acquiesça. «Vous avez enfreint un mur qui sépare un monde d'un autre, et vous êtes passée à travers ce mur par un processus de transformation continue. Vous pourriez le considérer comme une évolution accélérée, bien qu’accélérée soit un terme relatif. »
Le grand oiseau fit une pause, regardant le sol, agitant sa tête presque imperceptiblement, puis regarda directement dans les yeux de l'Oracle. « Mais le point principal est que vous évoluez, alors même que vous plongez plus profondément dans la densité. Malgré les secousses de votre monde et le sort imminent que vous avez senti s'attaquant à vous, ici vous êtes, une femme avec tous ses pouvoirs intacts. »
«Et quels sont les pouvoirs que je possède ? », demanda l'Oracle. « J'étais jadis puissante. Des Rois guerroyaient et trompaient d'autres, juste pour le simple droit de me poser des questions. »
L'oiseau inclina légèrement sa tête. «Et d'où venaient vos réponses ?»
L'Oracle identifia une ancienne et primordiale intelligence au sein de l'oiseau, le genre qui fait surface au milieu des grandes périodes de changement et de turbulences. «Je pensais que je savais ... mais maintenant il me semble que je fus trompée. Peut-être que tout simplement j'étais une marionnette de quelque force qui m'a utilisé en tant qu'objet de manipulation et rien de plus. »
«Et qu’étaient ces forces manipulatrices ? », demanda l'oiseau.
L'Oracle regarda autour d’elle et s'appuya contre un gros rocher, sa fatigue pesait sur elle plus qu'elle ne le réalisait. « Je ne sais pas. Je me sens si seule dans ce monde. Regardez autour de vous, il n'y a personne que moi ici et nulle part ailleurs. »
Le grand oiseau étendit ses ailes. « Rapprochez-vous, je veux vous montrer quelque chose. »
L'Oracle eut du mal à marcher sur la courte distance jusqu'à l'oiseau. Les vents soufflaient en rafales, et ils tourbillonnaient contre elle sous tous les angles, ébouriffant ses longs cheveux sur les yeux. Elle sentit une paire d'ailes l'envelopper tandis qu’elle arrivait plus près de l'oiseau. Il y avait quelque chose de réconfortant dans ces ailes, un espace où un espoir flétri pouvait récupérer les sources d'où elle était née. Un seul choix subsistait : laisser aller. Son énergie, trop faible pour même envisager une résistance, se libéra dans un effondrement final de toute conscience. C'était un arrêt total de la vie - un passage dans un autre monde - espérant renaître encore une fois.
****
Quand les anges vivaient sur la Terre, ils ont laissé des preuves qui se sont accumulées dans des endroits obscurs. La plupart de ces éléments, au cours de l'essor de l'humanité, furent réprimés, détruits ou couverts par les mains du temps. Peut-être la plus grande distorsion de la présence angélique existait dans le royaume de Levernon, où l'Église avait défini les anges comme des messagers de Dieu, une espèce distincte d'existence qui ne ressemblait en rien à leurs homologues humains. Mais il y avait des preuves datant d'avant l'existence de l'Église, et l'Église - ou ses Grands Initiés - connaissait ces références.
Avant qu’il y ait une religion qui tenait l'humanité dans ses mains opaques, on a enregistré des cas de visite par les WingMakers, qui furent confondus avec les anges ou les extraterrestres. Mais les WingMakers n'étaient pas des extraterrestres - du moins pas tant que l'humanité pensait à eux - -et ils n'étaient pas des anges comme l'Église les a dépeints. Ils étaient plutôt des représentations futures de l'humanité. Dans pratiquement tous les sens ils étaient identiques à l'humanité, mais pour un aspect essentiel : les WingMakers vivaient dans un espace-temps différent.
Il y avait un projet d'ascension créé par la Source Première qui définissait comment l'âme humaine, incarnée dans un instrument humain, évoluerait au moyen de l'espace-temps. À certains points du continuum, l'âme humaine libérerait l'instrument humain, qui se composait du corps physique, des émotions inférieures et de l'esprit inférieur, et elle deviendrait sensible aux vibrations supérieures du centre spirituel, connu par les WingMakers comme le Souverain Intégral.
Le Souverain Intégral restait engainé dans un instrument humain, mais son nouveau navire, ou corps, vivait simultanément dans l'unité et l'individualité. Ceci, comme les WingMakers l'ont compris, est devenu la nouvelle dualité de la famille humaine, et toutes les autres dualités cessèrent d'être. Il restait des dualités de concept, mais pas en action, parce que les émotions et l’esprit inférieur furent conquis dans la réalisation de l'unité.
Les WingMakers se confondaient avec les anges quand l'Église décida de créer une hiérarchie des êtres angéliques qui opéraient en tant que messagers de Dieu et, par association, de l'Église. Cependant les WingMakers étaient présents sur Terre alors que l'humanité développait sa civilisation. Comme des frères aînés de l'humanité, les WingMakers savaient que l'humanité évoluerait selon sa compréhension de la science et son déploiement des techniques de communication qui unirait la planète et les espèces.
Cette unification était connue comme Le Grand Portail, et c'était le point culminant de nombreuses manifestations - tant au niveau planétaire et au niveau de l'univers - dont la coordination était d'éveiller l'univers lui-même tout entier comme un Être qui est tous les êtres. Ce furent les WingMakers qui amenèrent ce concept initial à l'humanité par l'intermédiaire de l'Oracle, mais il était temps que l'Oracle devienne un homme pour que cette information brise net le contrôle de l'Église. L'Oracle serait l'agent du changement, et non pas simplement son messager.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Mer 9 Nov - 18:56

Chapitre 23 - Avant le Compromis

« S’il a dit que cela a été fait», déclama patiemment Samuel, « alors cela a été fait. »
Le Roi Levernon se tenait à la fenêtre donnant sur une terrasse vivement éclairée en dessous d’eux, en gardant un œil attentif sur sa reine. « Je vous crois, mais Karnomen est connu pour dire une chose et ensuite en faire une autre. »
« C’est vrai qu'il a fait cela auparavant, mais c’est différent car il connaît bien les conséquences. »
« Chaque geste qu'il fait sur l'échiquier a des conséquences», ricana Levernon dans sa barbe. « Il nous trompera, j’en suis sûr, la question est de savoir quand et comment. »
« Nous avons Bartholem pour nous aider à s’assurer qu'il reste fidèle à sa parole et signature », dit Samuel, gigotant sur sa chaise.
« Bartholem est terminé», déclara Levernon. « Sans aucun doute, Karnomen éloignera quiconque en dehors de ses Grands Initiés. Sa confiance se portera sur nul autre que Torem et peut-être Shunal, et même eux seront considérés avec plus de soin désormais. »
Le Roi Levernon se dirigea vers son bureau, y posa ses lunettes de lecture et ramassa l’Ordre d’État signé par Karnomen. « Il a signé ceci comme un acte d'impuissance. Il retrouvera de nouveau sa force, et quand il le fera, il vaudra mieux que nous ayons pris le contrôle de l'Oracle. »
« Vous n'avez jamais envisagé de partager l'accès, n’est-ce pas ? », demanda Samuel avec un léger sourire sur son visage.
« Je partagerai ce qui est mien, autant qu'il a partagé ce qui fut à lui. Votre conseil est-il différent ? »
Samuel regarda ses chaussures pendant un moment. « Non, mais nous aurons besoin de l’appui de Karnomen pour accéder à l'Oracle. Personne dans le Palais ne sait comment utiliser l’Oracle - pour y accéder, nous sommes donc dépendants de lui pour nous aider. Je suggère que nous partagions l’Oracle pour une durée - peut-être deux mois -, puis, une fois que nous savons ce dont nous avons besoin et que nos plans sont en place, nous pouvons assurer l'Oracle et refuser l'accès à Karnomen. »
«Bon, veuillez à ce que ces plans soient tissés à la perfection, et soyez prêt pour mon examen dans trois jours », déclara Levernon. « Et soyons clair sur une chose, je contrôlerai l'Oracle et personne d'autre. Quiconque voudra accéder à l'Oracle, ne pourra le faire sans mon autorisation. Cela signifie que seul Karnomen peut m’instruire. Est-ce clair ? »
«Oui, Votre Majesté. Cela a toujours été clair pour moi, mais je vous remercie pour le rappel tout de même. » Samuel s'inclina légèrement alors qu’il répondait, et se tenait debout. «Je vais travailler sur les plans exclusivement avec le Dr Hano, si vous l'acceptez. »
Le Roi Levernon acquiesça et s'assit à son bureau. « Assurez-vous seulement que les plans soient irréprochables et que par conséquent tout s’accorde. Si vous faites cela, je vous accorderai l'accès. »
« Merci pour votre offre généreuse, mais pour être honnête, je ne sais pas ce que je demanderais à l'Oracle. »
« Est-ce vrai ? », s’exclama Levernon. « Vous n'avez aucune question à une entité qui, selon Karnomen, est un messager de Dieu ? Avez-vous tant de haine pour l'Église que vous croyez que tout ce qu'elle vénère doit être détesté ? »
« Je suppose que c'est une façon de voir les choses», répondit Samuel en souriant, « mais seulement le concept de poser à une colonne de pierre une question qui se rapporte à notre monde apparaît comme un acte insolent pour l'humanité. D'ailleurs, je resterai incrédule jusqu'à ce que je le voie à l’œuvre, et puis, eh bien, je pourrais changer d'avis. »
Samuel sourit un instant. « Et maintenant, je dois vous quitter, trois jours sont déjà comptés. »
« En effet. » Levernon hocha la tête avec désintéressement.
Samuel parcourait les couloirs du bureau du roi avec un rythme soutenu et un air délibéré. Son plan fonctionnait à la perfection, et il était impossible de cacher ce fait, particulièrement aux gardes du palais qui étaient perdus dans leur monotonie.
****
L’assistant de sécurité de Karnomen fit entrer Torem dans l'observatoire. Torem estimait que c’était un protocole inhabituel, mais comprenait que Karnomen était possessif au sujet de l'observatoire, particulièrement ces temps-ci. La salle principale était extrêmement stérile en termes d'ornements ou de couleurs. Elle était presque entièrement blanche et grise ; seulement un accent occasionnel bleu clair pouvait être vu traçant le contour des embrasures voûtées de portes.
Pendant que Torem s’asseyait à la table de marbre énorme, Karnomen marchait d’un rythme vigoureux et un regard sans équivoque de détermination. «Bon retour».
«Merci, Votre Éminence, il est bon d'être de retour, mais je suis un peu confus quant aux circonstances de notre changement de plans. » Torem essaya de paraître curieux et respectueux en même temps.
« Comme moi», répondit Karnomen, assis dans son fauteuil et ajustant ses manches pour s’assurer à ce qu'elles ne prennent pas dans le fauteuil. « J'ai eu la visite ce matin du Consul du Roi qui a dit de signer un Ordre d'État nous interdisant de détruire les Oracle. Avez-vous quelque idée du comment le roi a pu savoir ? »
« Voulez-vous dire au sujet de l'existence de l'Oracle ou de nos plans pour le détruire ? », demanda prudemment Torem.
Karnomen ferma les yeux. «Je suis bien conscient de la manière dont il connaît l'existence de l'Oracle, je me référais au second ».
Torem se racla la gorge, pleinement conscient de l'état émotionnel de Karnomen. «Je n’ai aucune connaissance spécifique, mais si vous me permettez de spéculer, je dirais que c'est Hugelitod. »
« Et comment Hugelitod communique avec le roi ? »
Torem croisa les bras, sombra plus profondément dans son fauteuil moelleux et presque imperceptiblement secoua la tête. « Je n’en suis pas certain, mais il a été visité à plusieurs reprises par Bartholem, même quand il était dans notre cellule de détention. »
« Bartholem est le lien, je suis d'accord », dit Karnomen, les yeux toujours fermés. « Mais alors, cela signifie que tout notre travail pour convertir Bartholem à notre cause fut tout simplement une manœuvre du roi, et il n'a jamais été sous notre contrôle. »
Le visage de Torem se rida par la pensée profonde. « Ainsi, notre roi n'est pas maintenu dans une stupeur d’origine médicamenteuse comme nous avons été amenés à croire par- »
Karnomen leva la main, calmant la découverte de Torem. « S'il vous plaît, épargnez-moi vos ennuis. C'était une bonne idée, mon ami, mais nous n'avons jamais été certains de son efficacité, ou de la fidélité de Bartholem. Maintenant, au lieu de détruire l'Oracle, nous le perdrons. Soyez assuré que le roi essayera de prendre le contrôle de l'Oracle, dès qu'il le pourra, et ce faisant, nous serons coupés de lui. »
Karnomen laissa ses paroles planer dans la chambre. Les échos subtils étaient réfléchis par le plafond en forme de dôme et l'intérieur en marbre. Il ouvrit les yeux et regarda directement Torem. «Vous trouverez une manière de punir Bartholem. Je m’occuperai de Hugelitod. »
« Quelle sévérité voulez-vous que la peine soit ? », demanda Torem.
«Je vous en laisse le choix», répondit Karnomen. « Qu’il soit indiscutable, que la punition soit évidente pour tous autour de lui. Je veux que ce soit évident - une claire signification des conséquences pour les Grands Initiés. Qu'il n'y ait aucun doute quant à ses origines. Je veux qu'il soit un exemple à chacun de nos ennemis. Les marionnettes de Satan sont partout dans le palais du roi, et ils doivent savoir que nous sommes en mesure de riposter si nécessaire. »
Torem hocha pour témoigner sa compréhension et resta silencieux pendant un moment en considérant ses choix. « Qu'en est-il de Hugelitod ? Qu'avez-vous à l'esprit pour lui ? »
« Vous a-t-il aidé comme il l’avait promis ? »
«Oui, mais avec une certaine hésitation ... du moins au début », répondit Torem. « Mais à son crédit, il a mis en fonction la foreuse et a presque fissuré la pierre principale. Votre appel est venu juste à temps».
Karnomen s’agitait dans son fauteuil avec synchronisation. Il savait que la menace brandie par Samuel était réelle et la pensée qu'il aurait pu perdre l'Église le fit grimacer. La responsabilité l'aurait damné en enfer pour l'éternité si l'Église était perdue tandis qu'il était Premier Initié.
Karnomen redressa son dos et tripota sa robe, tandis qu’elle devenait trop serrée autour de son cou. Torem détourna les yeux, faisant semblant de regarder dehors par une fenêtre sur le côté opposé de la pièce.
« Si vous estimez qu'il vous a aidé véritablement, alors il sera récompensé avec une peine moindre. Malgré les apparences, son initiation se poursuit. »
Torem se pencha en avant et regarda Karnomen pour s'assurer que ses paroles étaient prises à cœur. «Je crois que Hugelitod a changé en quelque sorte ... peut-être pas complètement, mais quelque chose en lui est différent, eh oui, je crois qu'il nous a aidés. J'espère seulement qu'il est digne de votre clémence. »
« Nous découvrirons son expiation », répondit Karnomen. «Mais si Hugelitod n'a pas averti Bartholem, alors nous avons un grave et plus profond problème sur les bras ; l'un de nos Initiés l’a fait. Et cela exige un plan tout nouveau. »
« Je voudrais que, vous et Shunal, vous fassiez des recherches dans notre cercle restreint pour voir si quelqu'un aurait pu l'avoir laissé échapper à un non initié Peut-être une erreur de jugement et rien de plus se trouve au centre de ce mystère. Si c'est le cas, Hugelitod peut être réhabilité. Pour l'instant, je vais rester sans assistant. Je ne peux pas avoir confiance en une nouvelle personne, et vous avez tous vos propres tâches importantes ainsi la dernière chose dont vous avez besoin est de vous occuper d'un vieil homme. »
Karnomen sourit doucement.
Torem pouvait sentir son cœur se lever à ce moment, bien conscient de la responsabilité qui fut imposé à Karnomen durant ces moments exigeants. « Que pensez-vous de mon assistant? Je peux le muter à votre demande. Je suis sûr de sa loyauté et ses états de service sont impeccables. Je vais le muter à votre service aujourd'hui. »
Karnomen secoua la tête et leva sa main. «Non, vous avez besoin d'un assistant, et mon temps ici tire à sa fin à chaque coucher de soleil. Vous me suivrez, et j’ai besoin que vous soyez fort et compétent. Votre assistant restera avec vous, mais je vous remercie pour votre offre. »
Torem sentit un flux d'électricité à travers lui comme si une force inconnue le chargeait. Les paroles «Vous me suivrez ...», c'était la première fois que Karnomen avait été explicite quant à son remplacement, après son décès. Torem serait le prochain à diriger l'Église, et la responsabilité de son rôle futur lui pesait déjà tandis qu'il regardait le visage inquiet de son mentor.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Sam 12 Nov - 21:53

Chapitre 24 - Le Bord du Prisme

L'Oracle ouvrit les yeux dans un champ d'herbes et de fleurs, éblouissant de beauté, de couleur et de lumière. Elle était encore dans le confort des ailes du grand oiseau tandis qu’elle devenait peu à peu consciente de son nouvel environnement. L'idée qu'elle pourrait maintenant marcher lui vint soudainement et elle sortit des ailes immenses de son hôte pour sentir la terre sous ses pieds nus. Elle était nue, et le soleil caressait son corps avec une lumière brillante qui était chaleureuse et énergisante dans un chœur envoûtant de joie.
«Où sommes-nous ? », demanda-t-elle en se tournant vers l'oiseau.
«Nous sommes sur Terre, dans une autre dimension qui sera le foyer de l'humanité dans un âge à venir. »
« Et quand cet âge prochain se produira ? », demanda l'Oracle.
L'oiseau changea légèrement sa position et replia ses ailes massives. « Cela pourrait être demain. Cela pourrait être dans quelque temps d’un futur si loin qu'il n'est pas définissable. »
«Comment est-ce possible? Comment peut-il y avoir un si vaste éventail de temps ? », demanda l’Oracle.
«Le temps, alors que l'humanité le croit, n'existe pas. Le temps est une création de l'ensemble de l'humanité, et non pas de la personne. La personne n'est pas temps;... L'espèce humaine croit - avec son cerveau - qu'elle l'est. L'espèce humaine chemine sur la voie de l'ascension en utilisant le temps comme sa balise, référence et objectif. Pour nous, ce sont des mesures de l'illusion, et guère plus. Ils sont des composants nécessaires à la compréhension de la prison dans laquelle l'humanité est involontairement entrée, mais le temps n'est pas la clef permettant la sortie de cette prison. Seul le cœur va déverrouiller cette porte. Seul le cœur. »
« Et pourquoi le cœur est-il la seule clef ? »
Le grand oiseau pencha sa tête et baissa les yeux sur l'Oracle, pointant son aile vers un endroit sur l'horizon lointain. « Pouvez-vous voir la lune ?»
« Oui », répondit l’Oracle.
«La forme en croissant de la lune est identique à celle du cœur quand il est formé au début dans l'embryon humain. Le cœur vit entre les deux mondes des plis extérieurs et intérieurs de l'individu, lorsque la personne n’est encore qu'un disque de forme ovale. »
Tandis que l'oiseau expliquait le processus, le croissant de lune commença à s'exécuter telle une illustration à l'explication de l'oiseau, comme si elle était synchronisée avec ses mots, et elle flottait à une courte distance de leur position et devenait un disque ovale, flottant sur son côté avec trois couches.
«Le cœur», poursuivit l'oiseau, «assemble les cellules qui activent et communiquent une pulsation qui devient une vague rythmique. C'est la métaphore exacte de l'humanité contenue dans un cœur humain de trois semaines. Le cœur est centré dans l'unité et la communication, de la même manière que l'humanité évolue. Ainsi, le cœur est le symbole de l'humanité.
«Le cerveau, en revanche, commence son architecture de dualité, qui est sa séduction pour l'esprit humain à vivre et à fonctionner à partir de ce système crânien qui mesure et analyse, compare et juge, et évalue les valeurs du bien et du mal. Ce système de dualité devient le foyer de l'esprit, non pas pour chaque personne, mais chez la majorité de l'espèce humaine. »
«Avant que l'architecture du cerveau se déploie dans l'embryon, le cœur en croissant bat, et dans ce battement, un champ électrique est créé, qui devient le foyer initial de la personne. À bien des égards, l'humain est d'abord un cœur, puis un cerveau et ensuite un corps. Le cœur est le véritable foyer de l'esprit humain pas simplement en raison de l'ordre dans lequel il se développe, mais parce que l'ordre est un reflet de la signification intrinsèque du développement humain. »
« La Source Première fonctionne de cette façon. Rien n'est caché dans le hasard ou le chaos. Il existe toujours une signification à la géométrie de la création, et quand la science découvre cette géométrie de la création, elle doit aussi chercher le sens qu'elle sous-tend, cependant la signification est perçue et ressentie par le cœur, et la science cherche avec le cerveau. Et donc la science comprend rarement la géométrie de la création. »
L'Oracle remarqua que l'animation de la description de l'oiseau avait disparu et le croissant de lune était une nouvelle fois hors de l'horizon lointain. Elle regarda l'oiseau et remarqua que ses yeux étaient larmoyants comme s'il pleurait. « Êtes-vous triste ?»
« Je suis désireux», répondit le grand oiseau. « Je souhaite à l'humanité de revenir à son cœur, de vivre à partir de cette zone et d'exprimer l'unicité de son véritable foyer. »
« Comment tout cela se rapporte à ma question sur le cœur étant la seule clef pour l’humanité ? »
«Si l'humanité pouvait vivre à partir de son cœur, si elle pouvait voyager depuis sa tête à son cœur et s'exprimer à partir de ce site sacré, elle pourrait vivre dans cette nouvelle dimension, tout comme vous y êtes maintenant. Elle pourrait opérer en tant que famille aimante élargie et apprécier les bénédictions de l'esprit que cette grande terre étend à tous qui sont venus sur elle. »
« Et s’ils ne le font pas ? Qu’arrivera-t-il ? »
« Vous avez la prophétie, vous savez déjà. »
De même que les paroles quittaient la bouche de l'oiseau, des visions de grande destruction apparaissaient en face de l'Oracle. Elle pouvait voir de grandes inondations, des vents violents, des incendies qui léchaient le ciel et des fléaux dévorant des parties de l'humanité. Elle détourna le regard et regarda dans les yeux de l'oiseau. «Pourquoi me montrez-vous cela ?»
«Vous observez depuis le code du cerveau humain », dit l’oiseau : «regardez plutôt depuis votre cœur naturel et imaginez que le passage d'une dimension à une autre est un maillage plus lisse, où un sentiment de facilité, le débit et le rythme modulent la transition. Observez comment la Terre, dans son ensemble étend les soins et considération à toutes ses créatures. »
L'Oracle regarda à nouveau et les images de malheur restèrent, des guerres et des bouleversements, des foules en colère abattant les portes, et les sans-abri traînant dans les rues désertes avec le désespoir écrit sur leurs visages. « Cela n'a pas fonctionné ... J'ai essayé de l'imaginer et j'ai échoué. S'il vous plaît, arrêtez. Je ne veux plus le voir. »
« Alors, fermez les yeux et écoutez ma voix », suggéra l'oiseau.
« Écoutez votre souffle. L’entendez-vous circuler dans votre corps ? »
Elle acquiesça après quelques instants. « Oui, je l'entends. »
L’endroit où ils étaient était complètement silencieux et le bruit de sa respiration, sauf quand l'oiseau parlait, était le seul bruit qu'elle entendait.
La voix de l'oiseau était seulement un murmure. « Suivez le souffle jusqu’à votre cœur et permettez-lui de s'y installer, et quand vous le faites, imaginez que le souffle est votre âme ou l'esprit. Pouvez-vous faire ceci ?»
« J’essaye », répondit-elle.
L'Oracle prit de profondes respirations et imagina que l'air était son âme, et comme elle respirait, elle le laissa se rassembler dans la région de son cœur.
«Maintenant », poursuivit l'oiseau, « essayez d'ajouter un sentiment à la respiration, un seul sentiment. Introduisez le sentiment de compréhension. »
« Quel est ce sentiment ? », demanda l’Oracle avec curiosité. « Je connais la compréhension comme concept analytique, mais pas comme sentiment. »
«La compréhension est un sentiment. Ce n'est pas une chose de l'esprit. Il s'agit d'une prise de conscience de l'importance de l'amour dans votre vie, et pourquoi l’amour importe plus que toute autre chose. Amenez ce sentiment dans votre souffle et permettez-lui d'activer votre cœur comme un feu prometteur allumé dans le désert avec un soin extrême et diligence. »
L'Oracle, les yeux fermés, se concentra sur les paroles, puis son souffle, et ensuite le sentiment de compréhension. Elle pouvait sentir un changement intervenir quelque part en elle, mais elle ne pouvait pas le définir. Elle sentit un mouvement dans un lieu intemporel. C’était un lieu de pardon où elle n'était jamais entrée auparavant.
« Maintenant, imaginez une nouvelle humanité», murmura l'oiseau. «Imaginez qu'elle fait la même chose que vous faites, voyageant de la dualité du cerveau à l'unicité du cœur, et avec chaque souffle elle amène le sentiment de compréhension. Maintenez cette image dans votre cœur, même pour un instant miroitant de temps et ensuite ouvrez vos yeux. »
L'Oracle fit ce qui lui était demandé et ouvrit lentement les yeux. Ce qui était par le passé un champ vide de fleurs et d’herbes était maintenant rempli de gens de tout âge opérant dans une symphonie d'interaction où l'énergie de l’un passait à un autre, puis un autre comme s'il y avait une interaction délibérée et une bienveillance se tisser dans chaque geste et approche.
Il y avait un centre d'amour dans chaque géométrie d'interaction, et cela n'avait pas aucune importance que l'interaction soit humaine, animale, végétale ou de la Terre. Toute vie semblait fonctionner avec un amour plein de bonté et d'intention. C'était un endroit avec un jugement raisonné où la confiance et l'espoir pouvaient bien se développer sans frontières d'un intérêt majoritaire.
L'Oracle regarda l'oiseau avec l’admiration brillant dans ses yeux, pointant un doigt délicat vers la nouvelle scène qui se déroulait. « J’ai fait cela ?»
L'oiseau hocha la tête.
« Alors, le cœur peut créer ? », demanda-t-elle.
L'oiseau acquiesça de nouveau. «Le cœur est le centre créatif de l'âme. C’est le cœur qui émet la cohérence, aligne et concentre les énergies de la Source Première capables de transformer les énergies de la planète Terre. »
« Mais qu'en est-il de l'esprit, ne crée-t-il pas aussi?»
« Oui, il crée », répondit l'oiseau, «mais ce n'est pas le centre créatif, car il crée dans la dualité. Le centre ne peut créer que dans l'unicité. Il cherche toujours à relier et unifier, à communiquer les sentiments de la conscience de la Source Première. L'esprit, correctement conditionné, s'aligne avec le cœur et est une extension de son intelligence et conscience. »
« L'espace-temps dans lequel vous êtes en ce moment est celui durant lequel l'humanité effectuera ce voyage de la tête au cœur, réalignant l'esprit avec l'unicité qui découle du cœur, plutôt que de la dualité qui surgit de l’ego. C'est le moment de grande transformation, et la Terre et l'humanité sont les principaux acteurs qui occupent la scène et sont dans le processus de transformation mutuelle vers une nouvelle dimension de l'être. »
« Et quel est mon rôle dans tout cela ? », demanda l’Oracle.
« Cela vous incombe », répondit l'oiseau.
«Suis-je restée un oracle sur la Terre ?»
« Cela vous incombe aussi. »
« Mais je suis un humain maintenant », dit-elle en reculant brusquement. «Regardez-moi, j'ai un corps humain avec toutes ses limitations, n’est-ce pas ? »
L'oiseau acquiesça. « Oui, vous êtes à la fois humaine et vous restez l'Oracle de Dohrman, mais- »
« Comment puis-je être les deux à la fois ? », interrompit-elle. « Comment puis-je rester l'Oracle, quand je suis maintenant humain? Je ne détiens aucune vision particulière de l'avenir. J'ai perdu ce don au moment où je suis entrée dans ce corps humain. »
L'oiseau parla d'une voix mesurée. « Vous vous tenez sur le seuil d’un être ou de l'autre. Le choix que vous faites n'est pas permanent. Il n'y a pas de bonne ou mauvaise décision dans ce cas, c’est entièrement votre désir de servir dans la manière que vous ressentez qui est votre plus haute expression. »
« Et si je ne peux pas décider? Comment puis-je savoir ce qu’est vraiment l'être humain ? Il semble se heurter à des difficultés, la déception, la perte, la séparation et la peur, et ... et ils s’imposent tous, vous tirant de votre cœur. »
« Oui », reconnu l'oiseau, « ce sont toutes ces choses, mais il est aussi le terrain créatif sur lequel de grandes choses sont en cours afin de créer ce nouveau domaine dont vous avez été témoin. »
«Que deviendra l'Oracle, si je choisis d'être humain ?»
« Il cessera d'être. »
« Comment communiquerez-vous avec l’humanité ? »
«Nous sommes comme l'eau qui vit dans plusieurs états d'être. Nous pouvons facilement nous déplacer sur la Terre parmi ses habitants, sans un oracle. Ne faites pas ce choix en fonction de nos besoins. »
L'oiseau se dirigea vers l'Oracle et posa son aile sur son épaule. Elle sentit immédiatement un courant électrique à travers elle, et un millier d'images et de sons l’inondèrent pour lesquels elle n'avait aucun moyen de compréhension. Elle était figée dans la beauté qui dansait en elle, la pénétrant dans chaque atome d’existence et la dynamisant pour un message qui semblait coordonné, intelligent au-delà de son savoir, et aimant sans réserve.
«Je suis entré en vous en fiducie », dit une voix. « Je ne suis pas Dieu, comme vous êtes arrivée à me connaitre à travers l'Église. Je ne suis pas la Source Première comme vous m'avez conceptualisé au travers des WingMakers. Je suis l'unité de tous les systèmes et seulement cela. Je ne suis pas fait de concepts ou de mots ou de lumière ou de son ou toute matérialisation. Je suis tout simplement unité. C’est mon seul État. C’est mon seul monde. »
« Parce que je suis cela, vous êtes également cela. Il ne peut y avoir d'exclusion dans mon monde où Je n’existe pas du tout. Que vous soyez une femme ou un oracle, cela n’a pas d’importance pour moi, car vous êtes intégré dans mon monde, avec un soin indépendamment de votre mission, ou but présumé. Vous êtes étreinte en moi et donc vous êtes mes ailes avec lesquelles Je me déplace et prend mon envol. »
« Les systèmes de ma matérialisation, dans n'importe quel domaine de l'espace-temps, sont des expressions divines de mon amour pour la vie. La vie est rythme. La vie est calme. La vie est la cause. La vie est l’expression de ma vie à travers vous. Il n'y a aucune direction où vous pouvez vous détourner de moi, car je suis dans toutes vos œuvres, toutes vos actions, toutes vos paroles, tous vos sentiments, vous tous. »
L'Oracle écoutait. Son corps commençait à se sentir différent, comme elle se sentait en mouvement vers un endroit qui était sombre, antique, froid et pourtant très familier. Elle ferma les yeux afin de rester attentive à la voix, car c'était tout ce dont elle voulait faire l'expérience.
«Vous avez servi non pas à cause de la volonté de votre Créateur ou parce que c'était la bonne chose à faire, vous avez servi, car vous avez besoin de me trouver dans l'exercice de votre service. Chaque vie ressent ce besoin, et indépendamment de la manière dont ils me recherchent, je comprends que c'est leur amour pour moi qui les inspire à me chercher, même si dans cette recherche c'est maladroit, mal orienté, naïf, mal informé, diffamatoire ou méchant. La recherche sous-tend toute chose. C’est le centre de mon unicité. »
«Vous me trouverez à maintes reprises, mais pas dans ce domaine, cherchez-moi dans les visages de ceux qui viennent à vous - qui vous recherche pour l'amitié, les conseils et le soutien. Là, vous me retrouverez et notre réunion - bien que plus subtile pour vous, dans la densité de la pierre - sera identique pour moi. Ce sera identique pour moi. »
Après cela la voix prit fin, et l'Oracle ouvrit les yeux pour voir l'obscurité familière de sa maison. Elle était une fois de plus l'Oracle de Dohrman, installée sous un ciel fâché où l'obscurité était ponctuée par des éclairs qui crépitaient leurs signatures de lumière bleue parmi les trois pierres. Les trous de la foreuse et des burins avaient disparu, et le miracle de cette nuit marquait une nouvelle route dans la vie de l'Oracle comme personne ne pouvait s'y attendre, ou même souhaiter.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Ven 18 Nov - 22:14

Chapitre 25 - Cadeau des Tempêtes

Maia reprit conscience rapidement alors qu’un éclair lumineux et le coup de tonnerre retentissaient soudainement tel un Dieu vengeur. La charge électrique était palpable. Elle avait rêvé, mais le réveil brutal dissipa ses rêves dans le déchirement rapide et puissant du ciel.
«Avez-vous entendu cela ? », elle se tourna vers Joseph, mais il était déjà parti.
« Vous dormiez si profondément », dit Joseph à travers la pièce, «Je ne voulais pas vous réveiller. » Il fit une pause et sourit alors qu’un éclair frappait à proximité. «D'ailleurs, j'ai pensé que la foudre vous réveillerez finalement. Ce ... Ce n'est pas un orage ordinaire. »
Il se tenait à la fenêtre, basculant sa tête dans la direction de chaque éclair. Maia pouvait détecter de l'excitation dans sa voix. La foudre et le tonnerre continuaient à darder au milieu des arbres, convaincus pour leurs calamités.
« Où est Simon ? », demanda Maia.
«Je ne sais pas», Joseph répondit. «Il était parti quand je me suis réveillé. »
«Depuis combien de temps êtes-vous réveillé ?»
« À peu près quinze minutes, je suppose. »
Maia se dirigea vers le porche à l'arrière de la petite cabane et regarda pour être sûr que Simon n'était pas là, mais ne trouva rien que les arbres balayés par le vent et les gros rochers mouillés par la pluie. Elle était alarmée par son absence car il représentait leur seule chance pour réussir dans leur mission. Sans Simon, il n'y avait pas de mission.
* * * *
Parmi la foudre et les éclairs, il y avait des éclairs si brillants que vous pouviez voir aussi loin dans la forêt qu’au soleil de midi. Simon marchait entre les arbres sans difficulté, choisissant son chemin tel un oiseau dansant parmi les branches d'arbre. Il s'arrêta un instant et ensuite se tourna vers sa gauche. Il pouvait voir la silhouette d'un homme adossé à un arbre, essayant en vain de rester sauf et sec.
«Je suis Simon », annonça-t-il à la silhouette blottie sous l'arbre. «Vous êtes perdu? Avez-vous besoin d’aide ?»
La silhouette sombre se leva dans une posture menaçante. «Qui êtes-vous ? », exigea-t-elle.
« Je viens de vous dire que je suis Simon. Qui êtes-vous ? »
« Êtes-vous une sentinelle ? », demanda l'homme d'un ton menaçant.
À ce moment un éclair illumina la forêt et Simon fut exposé pour ce qu'il était, un vieil homme avec un bâton important et un manteau à capuchon.
« Comme vous pouvez le voir, je ne suis certainement pas une sentinelle », dit Simon en riant. « Mais vous êtes ? »
«Je suis Kamil», répondit-il, faisant de son mieux pour paraître déterminé. « Eh oui, je suis perdu. »
« Comment une sentinelle peut-elle se perdre ? », demanda Simon, se rapprochant de Kamil.
«J'ai perdu ma carte, ma boussole, mes provisions ... tout. » Il haussa les épaules avec épuisement.
«Suivez-moi, et nous sortirons de cette tempête », Simon commença à s'éloigner, puis lança un regard par-dessus son épaule en faisant signe avec son bâton. «Venez, j'ai de la nourriture et un abri. Vous ne voulez pas risquer la foudre trop longtemps, n'est-ce pas ?»
Kamil, n'ayant aucune raison d'élever une objection, suivit Simon, clopinant comme un boiteux, soumis, toujours à distance, ne parlant jamais, mais une longue série de questions commençait à prendre forme dans sa tête. Qui était cet homme qui vivait dans les bois déserts où personne n'osait aller ? Était-il le légendaire Sorcier ? S'il l'était, que ferait-il avec Kamil ?
Les inquiétudes de Kamil devenaient son seul centre d'intérêt jusqu'à ce qu'il sente soudain un coup sec sur la tête et leva les yeux. « Aïe ! »
«Je suis toutes ces choses que vous craignez », annonça Simon, son visage à quelques centimètres de Kamil, regardant sans broncher le visage perplexe de Kamil. «Et pourtant, je suis celui qui vient vous sauver. Alors, laissez vos craintes s’envoler, ou partez s'il vous plaît ... maintenant. » Sur ces paroles, Simon tendit son bâton hors du chemin derrière eux comme s'il suggérait la sortie.
Kamil regarda le chemin d'où ils venaient, puis à nouveau le visage énergique mais paternel de Simon. «Je vais vous suivre, et j’essayerai de focaliser mes réflexions sur ... sur d'autres questions, mais pourriez-vous déplacer un peu plus lentement. Ma jambe est assez bien entaillée. »
Simon regarda sa jambe, mais dans l'obscurité il était impossible d’en voir plus. «J’avancerai lentement et régulièrement. Je vous suggère que vous fassiez de même. »
Il frappa le sol avec son bâton, grommela un peu, et s'éloigna dans la forêt, son rythme sensiblement plus lent. Kamil était juste derrière lui, souhaitant secrètement que ses pensées ne pouvaient pas être lues par le Sorcier, et souhaitant secrètement qu'il puisse se racheter.
* * * *
La tempête secouait le royaume de Levernon avec une persistance menaçante, et personne ne sentait plus son mépris que Hugelitod, s'agitant dans son lit, dans la prison sombre et vide du monastère. Les gardes étaient partis à la nuit, et dans les ténèbres de sa cellule, la foudre baignait sa chambre de lumière telle qu'il pouvait voir la moindre des fissures au plafond.
Il pensait aux pilules contre la douleur qu'il avait cachées dans le mur, et luttait contre la tentation de les prendre pour atténuer sa douleur et pour trouver le sommeil en quelque sorte, mais il était si distrait par le tonnerre et la foudre qu'il restait sous ses couvertures regardant le jeu de lumière au-dessus de lui sur le plafond. Il savait que la tempête, avec toute sa fureur, ne pouvait pas lui nuire. La prison du monastère était construite en calcaire épais et les cellules de prison - il y en avait neuf - étaient à demi-souterraines. C’étaient essentiellement des bunkers, et servaient à cet usage en temps de guerre.
Il se demandait si la tempête ne faisait pas partie du châtiment de Dieu aux Grands Initiés pour avoir tenté de détruire l'Oracle, et une partie de lui souhaitait que Dieu les frappe - les punisse pour leur cruauté - à la fois envers lui et l'Oracle.
Hugelitod désirait ardemment que l’Oracle réapparaisse, afin de le conseiller sur ses prochaines étapes et afin de l’encourager au sujet de son destin, mais il se sentait seulement perdu quand il pensait à l’Oracle. C’était comme s’il avait disparu de la Terre, et sa mémoire du passé et de l’avenir était introuvable.
Mais il y eut une étincelle de foi. Elle bondit quelque part depuis son cœur à son esprit, et à cet instant il voyait l'Oracle humain, la femme qu'il avait vue et son étrange beauté. Était-ce un rêve ? Se cogner la tête sur la pierre Oracle aurait été la cause tout cela ? Tout est cause et effet, se dit-il, tout provient d'un événement qui met la vie en mouvement. Peut-être se cogner la tête sur l'Oracle était-ce un tel événement, et sa vie devenait un mélange d'illusion et de réalité, et il devenait incapable d’en faire la différence.
Il devint soudain grave alors qu'une vague de désolation qu'il ne pouvait pas arrêter le traversa. Son corps se mit à trembler, et la survenue de larmes céda la place à des pleurs incontrôlables. C'était son moment le plus sombre. Même la foudre avait soudainement cessé. La nuit était de nouveau d'une noirceur pure, et seul le bruit des gouttes de pluie demeurait. Des compagnons à ses larmes.
* * * *
Torem marchait dans les rues de Levernon aussi rarement que possible. L'air du matin était encore lourd des pluies de la veille. Il n'aimait pas les bruits et les odeurs non familières. Il s’intéressait surtout aux femmes, car il n'y en avait aucune dans le monastère, ses yeux bleus suivaient leurs formes avec intérêt.
Son voyage l'amena finalement à une maison au toit de chaume qui était construite à partir de boue, de bois et de pierre. Des débris étaient amassés sur le bord du trottoir et des flaques d'eau stagnante étaient partout, alors que Torem esquivait les flaques plus profondes, tout en sachant qu'il était impossible de manquer les moins profondes car il y en avait partout. Il frappa à la porte d'une maison et on le fit aussitôt entrer, comme si son hôte avait attendu son arrivée près de la porte.
« Salutations, Votre Sainteté, je suis très heureux de vous revoir», répondit l'hôte, s'inclinant au passage en jetant seulement un regard sur le visage de Torem.
Torem inclina la tête et remit à l'homme un petit paquet. « J'ai besoin de votre aide. Tous les détails sont à l'intérieur avec un acompte pour vos services. »
« Oui, bien sûr », dit l'homme, prenant le paquet de Torem et le posant sur une table étroite dans le couloir. «J’examinerai tout et prendrai toutes les précautions nécessaires, soyez-en assuré. »
L'homme était svelte, bien habillé avec des yeux intelligents et une barbe légère qui était méticuleusement entretenue. Son visage exprimait un subtil sentiment de malaise qu'il tentait de masquer, mais échouant au moins pour Torem. « Y a-t-il autre chose ? », demanda l'hôte. « Peut-être un verre avant de partir ? »
Torem secoua la tête, se retourna et sortit par la porte. L'homme referma la porte étanche, la verrouilla et regarda le paquet.
« C'est la volonté de Dieu, pas la mienne », dit-il à haute voix, en cherchant dans sa poche. Il en tira un couteau de poche en or et ouvrit le paquet avec l'habileté d'un chirurgien. Des instructions détaillées et assez d'argent pour lui pour une durée d’un an furent répartis sur la table qui reflétait un sourire qui se propageait lentement sur son visage.
* * * *
Kamil ouvrit les yeux sous une lumière intense et pénétrante.
« Je pense qu'il revient à lui », dit Simon. Joseph et Maia étaient serrés autour de Simon, Kamil, chancelant et étourdi de son voyage à travers les bois, ouvrait les yeux sur leurs visages. «Encore vous», réussit à dire Kamil à voix basse en regardant Maia. « Comment suis-je arrivé ici ?»
« Je n'avais pas remarqué que vous saigniez la nuit dernière », répondit Simon. « La pluie effaçait tout, mais je pense que vous êtes tombé plus d'épuisement que par la perte de sang. »
Kamil semblait épouvantable. Il avait des lacérations partout sur ses jambes, et l’accueil du coup de poing renforcé avec une pierre de Joseph avait laissé une grande partie de son visage meurtri et gonflé.
«Je vois que vous avez trouvé des buissons épineux », dit Simon, en regardant ses blessures et son pantalon déchiré. «Voilà pourquoi vous êtes tombé dans les pommes ; vous saigniez. »
« Il faisait noir », murmura Kamil, grimaçant de douleur, «J'ai perdu mon chemin ... les buissons m’ont beaucoup griffé. »
« Pourquoi nous avez-vous suivi ? », demanda Joseph.
Simon leva la main et se tourna vers Joseph. « Il n'y a pas besoin d'antagonisme. Qu'il se repose et retrouve ses forces. Il sera toujours temps de régler ce problème plus tard. »
«Je ne vous ai pas suivi », dit Kamil, la voix brisée de fatigue.
Maia se pencha avec un verre d'eau. «Tenez, buvez ceci. »
Kamil buvait l'eau avec avidité, et tenta ensuite de s'asseoir, mais fut repoussé doucement par Simon. « Pour l'instant, repos. Nous allons vous baigner, bander vos blessures et changer vos vêtements. J'espère que vous aimez les robes. », Simon se força à sourire. « Soyez patient, il faudra un jour ou deux avant d’être remis sur pieds. Jusque-là, nous vous soignerons. »
«Si vous ne nous aviez pas suivis», demanda Joseph : «pourquoi êtes-vous ici ?»
Simon se leva et saisit le bras de Joseph, l'amenant de force de l'autre côté de la salle. «En tant qu’invité dans ma maison », murmura Simon : «auquel j'ai généreusement donné de la nourriture et un abri, je pense que vous m’écoutez. Pouvez-vous faire cela ? »
Joseph acquiesça avec embarras. « Oui, bien sûr. Vous avez raison ... c'est ... c'est juste difficile de se détendre avec lui ici. Il a essayé de- »
« Peu importe. Maintenant est différent d’alors », dit Simon à voix basse avec intensité.
Joseph acquiesça, et Simon ôta son emprise sur l'avant-bras de Joseph. Joseph sentait que quelque chose qui était indéniablement sombre dans l'arrivée de Kamil. Ce n'était pas quelque chose qu'il pourrait expliquer - même à lui-même, mais il était sûr que Kamil était le précurseur d'un changement. Un changement dont il ne voulait pas faire partie.

* * * *


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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Mar 22 Nov - 12:26

Chapitre 26 - Chimères d’Expiation

Certains hommes sont solitaires, mais ne peuvent pas tolérer la solitude. Hugelitod était un tel homme. Dans les limites de sa cellule, il était coupé de tout contact humain. Encore plus, quand les gardes lui apportaient son plateau de nourriture et s’en allaient, sans jamais lui parler, même quand il disait "merci" ou tentait d'introduire un peu de civilité dans une situation qui n’était en rien civile.
Il n'avait rien pour occuper son esprit, corps ou émotions, et son ennui augmentait avec chaque minute qui s’écoulait. Il avait un peu de papier de Bartholem, mais il était resté vierge - il était seulement plié et tenu à l'abri de l'attention des gardes. Il n'avait pas de mots qui étaient aptes à être exprimés. Chaque pensée qui traversait son esprit était exactement la même : «pourquoi cela m’arrive-t-il, et que puis-je faire ? »
Hugelitod entendit des pas et une voix étouffée dans le couloir. Un gardien ouvrit sa porte et lui fit signe de se lever et de se retourner. Hugelitod fit comme il lui était ordonné, et tout de suite il sentit que ses bras étaient attrapés derrière lui et des menottes étaient attachées autour de ses poignets.
«Où m'emmenez-vous ? », demanda-t-il avec une soudaine inquiétude.
Les gardes demeurèrent silencieux, le tournèrent vers la porte ouverte et le poussèrent dans le couloir. Et à ce moment, une partie de Hugelitod voulait mourir. C’était une étrange sensation d'être sans contrôle de quoi que ce soit dans la vie, et vouloir mourir était un symptôme de sa nuit la plus sombre resté tapi dans sa psyché.
Il fut escorté à travers le parc du monastère ; les yeux verrouillés sur la maçonnerie du chemin pédestre, priant silencieusement que nul qu’il connaissait ne le verrait. Il était certain que son vœu d'humilité ne comprenait pas une telle forte honte.
Il remarqua que le chemin qu'ils prenaient conduisait au bureau de Karnomen, et il comprit la destination et le but. Karnomen essaierait, une fois de plus, d'évaluer sa loyauté, sondant son engagement vis-à-vis de l'Oracle. Hugelitod décida, séance tenante, tout en marchant en silence vers le bureau de Karnomen, qu'il rejetterait l'Oracle. Il expierait ses péchés et accepterait n'importe quelle punition que les Grands Initiés jugeraient bonne de lui infliger.
L'Oracle ne lui avait apporté que la douleur, l'isolement, la souffrance et l'humiliation. Si l’Oracle était aussi puissant et omniscient qu’il le prétendait, alors l’Oracle l’avait abandonné, et il réagissait de cette manière. C’était son seul choix.
Hugelitod était tant plongé dans ses pensées qu'il remarqua à peine qu'ils étaient entrés dans le bureau de Karnomen, jusqu'à ce qu'il sente que ses menottes avaient été retirées, et l'odeur du thé noir qui accompagnait toujours Karnomen.
Après ses menottes furent enlevées, il fut cérémonieusement contraint à s’asseoir dans un fauteuil et on lui dit de se taire au moment où il se tourna pour poser une question.
Karnomen entra dans la pièce et congédia immédiatement les gardes d’un geste de ses bras. « Je peux vous offrir du thé, si vous le souhaitez », déclara Karnomen, alors qu’il s’asseyait à sa table de réunion face à Hugelitod.
Hugelitod hocha la tête, comme s'il avait peur de parler à moins que ce soit sur ordre. Les mœurs de prisonniers étaient devenues une partie de lui.
«Je n’ai que peu de temps», commença Karnomen, « alors laissez-moi aller droit au but. ». Il passa à Hugelitod une tasse de thé d’où s’élevait de la chaleur tourbillonnant en un ouragan minuscule de vapeur alors qu’elle parcourait la soie lisse de la table.
« Le roi a exigé que nous partagions avec lui l'oracle, et il a été également informé de sa destruction programmée. Dites-moi, et vous n'avez qu'une seule chance de dire la vérité, quel rôle avez-vous joué dans l’information du roi ? »
Sans hésitation ni réserve d'aucune sorte, Hugelitod répondit, «Je n'ai eu aucun rôle que ce soit. »
« Vous n'avez jamais parlé de nos plans à quelqu’un ? », enquêta Karnomen.
«Votre Éminence, la dernière fois que j'ai parlé avec quelqu'un, en dehors de vous et Torem, c'était lorsque Bartholem est venu dans ma cellule pour examiner ma blessure, et si vous souhaitez vérifier les enregistrements, vous verrez que c'était avant que vous me parliez de vos plans la journée où nous nous sommes rencontrés à l'Observatoire. »
« J'ai posé une question au sujet de l’Oracle à Bartholem, mais il n'était manifestement pas à l'aise pour en discuter avec moi. »
« Quel genre de question ? », demanda Karnomem.
« Je lui ai demandé si le roi connaissait son existence. »
« Et comment a-t-il répondu ? »
«Il m'a dit que le roi considérait l'existence de l'Oracle comme un mythe, et rien de plus. »
« Ce fut là toute l'ampleur de votre conversation ? »
« Oui. »
Karnomen sirota du thé, son visage inexpressif. « Torem a loué votre rôle dans l'expédition d'hier. »
Hugelitod se détendait un peu car Karnomen changeait de sujet de conversation, espérant que sa réponse ait convaincu le Grand Prêtre, et qu’une certaine mesure de confiance entre eux se rétablissait. «J'ai été heureux d'aider, tant que je le pouvais. »
« Pourquoi exactement », demanda Karnomen, «votre esprit a-t-il changé ? »
Hugelitod redressa sa posture. «Votre Éminence, je suis resté assis dans une cellule vide, seul avec mes pensées la semaine dernière. J'ai eu amplement l'occasion d'examiner ma situation sous tous ses angles possibles. J'en suis arrivé à une seule conclusion : je me suis trompé et je vous demande pardon. »
Hugelitod fit une pause pour évaluer l'impact de sa déclaration. Karnomen restait insensible, regardant fixement dans sa tasse, comme si ses pensées étaient ailleurs.
Hugelitod se racla la gorge, espérant attirer les yeux de Karnomen. « Je ne peux pas dire ce qui est réel ou illusoire. C'est comme si un puissant magicien était entré dans mon monde au moment où ma tête frappa l'Oracle, et ce ... ce magicien ... ou esprit obscur s’est mis à jouer avec mon sens des réalités ».
Hugelitod s'arrêta alors que Karnomen levait les yeux et le fixait directement. Le silence de la chambre était inconfortable pour Hugelitod, qui bougea dans son fauteuil pour éviter le regard de Karnomen.
«Vous avez donc revu votre position, alors », répliqua finalement Karnomen. «Vous vous tiendrez devant l'Ordre des Seize Rayons et vous vous repentirez ?»
« Je le ferai. »
« Et vous serez sincère et vous conduirez selon nos jugements ? »
« Je le ferai. »
« Sans condition ? »
Hugelitod acquiesça. « Aucune. »
Karnomen prit une profonde respiration et expira lentement. « Si c'est vrai, il pourrait y avoir un peu d'espoir pour vous, mon fils. » Il sourit faiblement tout en fixant du regard la table, puis se tourna vers Hugelitod. «Avez-vous des questions ? »
Hugelitod attendit quelques instants pour éclaircir ses pensées. « Vous avez dit que le roi veut partager l'Oracle, vraisemblablement c'est pourquoi vous nous avez ordonné d'arrêter la démolition de l’Oracle ?»
Karnomem acquiesça.
« Et le roi a appris ceci de Bartholem ? »
Karnomem acquiesça encore.
« Et vous craignez que le Roi Levernon ne partage pas l'Oracle ? »
Karnomen fixa Hugelitod, perplexe devant sa perspicacité. « Votre perception est admirable. Pourquoi vous me posez ces questions ? Qu'est-ce que vous essayez d’apprendre ?»
« Je peux aider. »
« Comment ? », demanda Karnomem. « Comment pouvez-vous aider ? »
« Bartholem me fait confiance. S'il était autorisé à m'examiner à nouveau en privé, je pourrais le faire parler, peut-être apprendre quelque chose de valeurs ... quelque chose sur les plans du roi. »
Pour la première fois au cours de leur conversation, Karnomen semblait s'animer. « Et quel est notre prétexte? Bartholem saura que nous sommes douteux de sa loyauté envers nous. Il va être méfiant. »
« Nous pouvons lui dire que mes maux de tête sont violents », proposa Hugelitod. « Il est médecin, il sera curieux... il aura envie de m'aider, peut-être me voir comme un confident. »
Karnomen se frotta le menton, plongé dans ses pensées, se demandant si l'idée était digne d’y consacrer de son temps. Il considéra le fait que le plan de Torem pour punir Bartholem était en marche et qu’il devrait retarder cette action. Il savait également qu’il ne pouvait pas encore faire confiance à Hugelitod, pour l'ensemble de sa déclaration de culpabilité et de virement de cœur.
Karnomen se leva de son fauteuil et baissa les yeux sur Hugelitod. «Vous allez vous soumettre au repentir avec l'Ordre, et alors peut-être nous pourrons prendre des dispositions pour que Bartholem vous visite sous le prétexte de votre état de santé. Pendant ce temps, vous resterez dans votre cellule, et si cela vous aide, vous pouvez considérer cela comme une partie de votre réparation pour votre acte délibéré d'infidélité et de déloyauté envers moi et l'Église. »
« Merci pour votre compréhension», répondit Hugelitod avec un geste pieux et baissa la tête. «Pendant combien de temps, Votre Éminence ?»
«Nous pouvons avoir le rituel de pénitence après-demain, mais je vous préviens, toutes les peines favorables seront retirées si nous avons le sentiment que vous avez, quelle qu’en soit la façon, été malhonnête avec nous. »
Karnomen se retourna et marcha vers sa fenêtre préférée donnant sur la cour en contrebas. «Quand les peines favorables sont retirées par les Grands Initiés, les alternatives sont terrifiantes, et je ne vais pas en parler mais dirai que vous seriez sage de les éviter à tout prix. Vous avez vos tendances et c’est pour la même raison que l’Oracle vous a choisi, je fais la même chose, mais ne vous détournez pas de moi une fois que vous exprimez votre loyauté envers moi. Dans la mesure où je suis le véhicule de Dieu sur Terre, je peux infliger sa justice à tout ennemi de l'Église, et assurément, je vous inclus. »
«Oui, Votre Éminence, je comprends», Hugelitod répondit avec un ton convenablement sobre. «Je suis un homme simple qui s'est perdu dans le surnaturel, une entité m'a trompé quant à sa réalité, alors qu'en fait la seule réalité que je n'ai jamais connue était celle-ci. », Hugelitod étendit ses bras.
« Je ne suis pas un agent de l'Oracle, ou toute autre force concurrente de l'Église. Tout ce que je veux c'est revenir dans mon Église. »
Pendant qu’Hugelitod parlait, ses yeux se remplirent de larmes. «Si j'ai fait des erreurs, des réparations doivent être faites, et je comprends cela, mais je ne veux pas rester isolé du travail que j'aime. L'Église est ma vie ... et mon seul désir est d’y retourner aussi rapidement que vous le permettrez. »
Hugelitod essuya une larme tombée sur sa joue, puis joignit ses mains devant lui sur la table, remuant nerveusement ses doigts, espérant que ses émotions ne s'étaleraient pas davantage.
Karnomen traversa la pièce et plaça une main sur l'épaule de Hugelitod. «Parfois, le choix - en soi - est un nouveau commencement. Vous avez fait le bon choix. Maintenant cela va dépendre de la repentance. Si vous montrez vos vrais sentiments, comme vous venez de le faire avec moi, vous recevrez une peine favorable. »
Karnomen marcha jusqu'à la porte et l'ouvrit, faisant signe aux gardes qu'ils pouvaient ramener Hugelitod à sa cellule. Le premier garde entra et commença à menotter Hugelitod, mais Karnomen secoua la tête. « Escortez-le jusqu'à sa cellule avec toutes les civilités intactes. Traitez-le bien. »
Le gardien retira instantanément les menottes et détendit sa posture. Hugelitod hocha la tête avec reconnaissance à Karnomen et sortit du bureau devant les gardes qui marchaient quelques pas derrière lui. Pour l'observateur occasionnel, Hugelitod ressemblait à un homme libre marchant dans le parc, mais il était bien conscient que son avenir tout entier était entre les mains de l'Ordre des Seize Rayons, et que ce serait eux, qui décideraient de son sort.

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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Mer 23 Nov - 23:27

Chapitre 27 - Innocence Déraillée

Maia changeait le pansement sur la cuisse, juste au-dessus du genou de Kamil, avec beaucoup de soin et de tendresse. « Cette blessure est plus profonde que les autres», dit-elle avec un léger soupir. « Fait-elle mal ?»
Kamil serra les dents, exhala lentement et acquiesça.
Simon et Joseph étaient partis pour trouver de la nourriture, bien que Simon ait obligé Joseph à l'accompagner. Joseph demeurait sceptique quant aux motivations de Kamil, et estimait que l'idée de laisser seule Maia avec Kamil était irresponsable et potentiellement dangereuse. Mais Simon avait insisté et Maia les rassura tous les deux en disant qu'elle se sentait parfaitement en sécurité.
Kamil, pétrifié, fixait Maia. «J'ai vu votre photo. »
« Et comment est-ce possible ? », répondit Maia.
« Vous avez été portée disparue du Village Hunter », répondit-il. «Tous les postes de garde ont votre photo et nom, et sont à votre recherche. »
« Est-ce vrai ? », dit Maia, amusée par l'attention supposée. « S'ils me trouvent, que vont-ils faire? Je suis assez âgée pour prendre soin de moi, je n'ai besoin de personne pour décider ni d’où je vais, ni avec qui je vais. »
Elle continuait à appliquer le pansement sur la plaie, en évitant ses yeux, et déchirait quelques nouveaux bandages d'une robe en tissu que Simon lui avait donnée.
« Je ne sais pas ce qu'ils feraient avec vous, mais s’ils savaient que vous êtes loin sur le territoire de la Garde suprême, ils pourraient très bien tirer d'abord et poser des questions ensuite. »
« Eh bien, je vous remercie pour votre mise en garde », dit Maia. « Est-ce trop serré ? »
Kamil grimaça un peu, mais resta immobile. « Non, c'est très bien. »
«Comment êtes-vous arrivé ici», demanda Maia, « si vous n'étiez pas en train de nous capturer ? »
Kamil détourna les yeux un instant, puis regarda de nouveau dans les yeux de Maia. « C’était seulement pour ma survie, mais j'ai dû tuer un homme ... ou ... ou il allait me tuer. »
Maia se redressa et arrêta son remède. « Vous avez tué quelqu’un ? », elle suffoqua, reculant avec ses mains sur sa bouche.
«Quand? Où ?»
« Quand je suis retourné à mon poste, sans mon fusil et approvisionnements, mon supérieur savait que quelque chose n'allait pas. J'ai dû mentir en racontant que j'avais été pris en embuscade. Si je lui avais dit que je vous avais capturé - une jeune fille et son père - et que vous m’aviez vaincu, et aviez pris mon arme et ma nourriture, eh bien, je serais dans la rue sans travail, en étant chanceux. »
« Quoi qu'il en soit, mon supérieur m'a interrogé et m'a ordonné de lui montrer l'endroit de l'embuscade ... où je vous ai perdu tous les deux. Quand nous sommes retournés sur le site, il a pu lire les traces et il savait que mon histoire était douteuse. Il tira un pistolet sur moi, et je lui ai sauté dessus. J’ai lutté pour mettre l’arme à feu hors de sa main, mais ... mais ensuite il a brandi un couteau et j'ai tiré sur lui. C’était juste ... du pur instinct. Je ne voulais pas le tuer, c’est ... c’est arrivé comme ça. »
Maia resta silencieuse, laissant la scène jouer dans son imagination. Elle se demandait quoi dire, mais son esprit était complètement vide comme s’il avait soudain refusé de travailler. Son instinct était de ressentir de la sympathie pour Kamil, mais une autre partie, peut-être la plus grande partie d’elle, estimait que c’était un péché moral le plus élevé que de tuer une autre personne, quelle que soit la circonstance. Son conflit était ce qui la glaçait comme elle s'appuya contre le mur, ses mains cachant toujours sa bouche comme si elles retenaient les paroles dedans.
« Je vous ai dit cela parce que je... je crois ... pour quelque raison que je peux vous faire confiance », dit Kamil dans un quasi-murmure. Il fit une grimace comme il changeait de position sur le sol. « Je me suis enfui parce que, maintenant, je suis l'homme le plus recherché de la Garde Suprême. Le fait que je vous ai retrouvés, vous et Joseph, m’apparaît aussi étrange qu’il l’est pour vous. »
Kamil passa sa main dans sa vaste chevelure dorée et soupira. « Je ne voulais pas de ce travail. Je le déteste ! Et quoique vous puissiez penser de moi, je ne suis pas un assassin ... » Il croisa les bras et sa voix s'éteignit.
Maia glissa lentement le long du mur pour une position assise. « Je vous crois. Je crois ce que vous dites, juste comme vous l'avez expliqué, mais cela ne change pas le fait que vous avez tué quelqu'un, quelqu'un qui se trouve être un Garde Suprême - »
« Un commandant ! », interrompit Kamil.
« Un commandant », répéta Maia doucement, sentant que l'explosion soudaine de Kamil était due plus au remords qu’à la colère. «Pourquoi êtes-vous devenu un garde si vous détestiez tellement ce travail ? »
Kamil était appuyé contre le mur les jambes droites, enveloppées dans des bandages, dont beaucoup portaient des taches de sang révélatrices. La robe que Simon lui avait donnée était d’une belle couleur violette, et sur la moitié supérieure de son corps cela lui donnait un air noble et instruit, tandis que ses jambes, blessées et dans des bandages, ressemblaient aux jambes d'un prisonnier battu.
Comme Maia le regardait, elle remarqua ce paradoxe et se demandait ce qu’il signifiait. C'était comme regarder deux personnes différentes en un seul corps. Le pécheur et le saint.
« Quand j'ai eu dix-huit ans, je sortais d’un orphelinat », répondit Kamil, « pour aller dans un camp d'entraînement où ils nous ont appris à être des gardiens. Toutes les sentinelles proviennent de l’orphelinat, c'est comme cela que cela fonctionne. »
« Je n’ai pas eu le choix d’avoir un autre travail. Personne ne se souciait si j’avais envie de travailler seul dans les bois, jour après jour, semaine après semaine, année après année. Ils ont supposé que je n'avais personne. Je n'avais pas de maison. Je n'avais rien ... absolument rien. Alors ils m’ont collé un fusil dans mes mains, m’ont donné des rations et une carte, et m’ont dit de chercher des intrus sur mon territoire, et si jamais j’en trouvais, de les arrêter et de les remettre au poste de garde. »
« En huit ans, vous étiez mes premiers intrus, j'ai foiré royalement, et pas contre un espion du gouvernement ou une opération militaire, mais des roturiers - une jeune fille et un vieil homme. Mais ce n'était pas suffisant. Non, j'ai dû expliquer tout cela à mon supérieur, qui est un salaud ivre qui aime à faire en sorte que ses subordonnés se sentent sans valeur. Mais l’intrigue a tourné mal quand il a découvert que je n'avais pas été pris en embuscade - mes prisonniers se sont évadés. Je n’ai pas suivi le protocole. »
« Le commandant de mon poste de garde était connu pour tuer les subordonnés pour un tel acte ... des rumeurs ont circulé pour expliquer pourquoi certains gardiens disparaissaient après avoir reconnu ces erreurs ou après avoir fait des erreurs de jugement. Nous étions orphelins. Personne ne sait même que nous existons ici, dans ces bois, et s'ils le savaient, ils auraient peur d’en parler. »
Maia regardait Kamil avec des yeux indécis, mais curieux. « S’ils vous trouvent, ils vous tueront ? »
Kamil hocha la tête presque imperceptiblement. « Ils le feront. »
« Et ceux qui vous aident, seront-ils aussi tués ? », demanda Maia.
« Je ne sais pas », répondit Kamil. «C'est possible. S’ils ne vous tuent pas, vous pourriez être condamné pour avoir aidé un meurtrier, et étant donné les prisons où ils déversent les roturiers, je ne suis pas sûr de savoir ce qui est pire. »
« Vous êtes certainement honnête », renvoya ironiquement Maia. « Mais je pense qu’il serait sage de garder votre langue quand il s'agit de partager cette information. Pour tout ce que vous savez, nous sommes des informateurs de la Garde Suprême. »
«S'il y a une compétence que j'ai en ce monde», déclara Kamil en levant son index, «c'est que je peux lire les gens, et comme je l'ai déjà dit, je vous fais confiance. »
« Pourquoi ? », murmura Maia. « Pourquoi me faites-vous confiance ?»
« Je ne peux pas l'expliquer, mais je le sens. »
Kamil regarda vers la porte. « Sont-ils de bons chasseurs ?»
« Je ne sais pas », dit-elle, bougeant ses jambes pour appuyer son menton sur ses genoux. « Pourquoi nous avez-vous suivis ?»
«Je ne l’ai pas fait», répondit Kamil. « La meilleure question est comment Simon, au milieu d’une terrible tempête, dans le noir et sous la pluie battante, m’a trouvé? Comment a-t-il fait cela ? Qui est-il ? »
« Quel est votre intérêt pour Simon ? »
« Est-il le sorcier? Je veux dire ... J'ai entendu des histoires de lui dans ces bois. Des gardes ont affirmé l'avoir vu ... même parlé avec lui, mais personne n'a jamais trouvé où il vivait ... » Kamil regarda autour de lui l'intérieur de la cabane comme si c'était la première fois qu'il l'étudiait vraiment. « Maintenant je sais pourquoi. »
Un silence gênant s'ensuivit. Maia, encore aux prises avec la confession de Kamil, ressentait quelque chose au sein de Kamil qui était cru, instable, mais profondément vif, même puissant et très probablement une solution à leur problème.
«Pouvez-vous m'aider à me lever ? », demanda Kamil. «J'ai besoin d'aller dehors ... prendre de l'air frais. »
Maia se leva alors qu'elle acquiesça, mettant son bras sous lui et autour de sa cage thoracique. « Bon, levez-vous lentement, appuyez-vous simplement contre moi jusqu'à ce que vous obteniez votre appui. »
Kamil se leva, s'appuyant contre Maia, mal assuré comme un poulain nouveau-né, et grimaçant de douleur dans les jambes pendant que le flux sanguin descendait.
«Êtes-vous bien ? », demanda Maia, inquiète de son expression douloureuse. «Peut-être que vous devriez attendre jusqu'à ce que Simon et Joseph reviennent. Ils peuvent être de plus d'aide pour vous que moi. »
« Laissez-moi m'appuyer contre le mur », suggéra Kamil. Il la regarda de près, l'étudia un instant, sentant son souffle quand il respirait.
Maia transféra Kamil à partir de sa hanche gauche contre le mur derrière elle. «Attendez un peu. Voyez comment vous vous sentez debout avant d'essayer de marcher. »
« Je vais bien », dit Kamil. « Juste un peu étourdi... donnez-moi une seconde. »
Durant le bref instant où Kamil ferma les yeux pour se calmer, Maia le scruta d’un coup d'œil comme un homme et rien d'autre. Il était grand, maigre, les épaules larges et beau d'une façon naturelle. Ses cheveux, un mélange d'or et de brun, étaient longs jusqu'au-dessous de ses épaules comme la vague légère d'un grand fleuve. Il y avait des raisons d'être attiré par lui, mais pas étant donné les circonstances de son arrivée, et pourtant elle l'était.
«Elle vous va bien », dit Maia. « La robe, je veux dire. »
«Jamais porté une robe auparavant. Je l'apprécie vraiment, très confortable. Mais je suis sûr que ce serait mieux avec des bottes différentes. »
Maia sourit à sa tentative d'être spirituel.
« Je pense que je suis prêt à aller dehors», dit-il calmement. «Ma tête va mieux, et je peux réellement sentir mes jambes. »
« Voulez-vous de l’aide ? », proposa Maia.
«Merci, mais je vais bien. Désolé de l'admettre, mais j'ai vraiment besoin de me soulager ... » Kamil sourit pour la première fois, un soupçon d'embarras se répandit sur son visage. «Je vous suis reconnaissant pour votre aide - les pansements et tout. »
Kamil passa la porte de la cabane antique en boitant, et s'aventura dans la forêt dense, des bois sans chemin. Ses pensées se tournèrent vers Maia et le jeu étrange des circonstances qui les avait réunis. De toute sa vie, au plus profond d'un recueil secret d’arbres séculaires, il n'avait jamais rien vu d'aussi beau qu'elle. Il savait qu'une chasse à l'homme allait commencer au moment où ils découvriraient le corps de Jaunder, et pourtant, cette réalité semblait se retirer de la sienne, comme si les deux mondes ne pouvaient jamais se toucher. Tout ce qu'il désirait dans le silence de ces grands arbres était de passer plus de temps avec Maia, et de mettre un terme à son passé.

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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Mer 30 Nov - 22:54

Chapitre 28 - Les vertus du Cœur

« Jetez-le un peu plus haut », murmura Simon en regardant par-dessus l'épaule de Joseph. «Il doit flotter naturellement sur le courant plus longtemps. »
«Je sais ce que je fais», dit distraitement Joseph. «Combien de truites avez-vous attrapées dans ces cours d’eau ?»
« Je ne sais pas », répondit Simon en caressant sa barbe, « Je suppose dans les environs de trente mille. Et vous ? »
Joseph ignora sa question avec un sourire malin, et jeta l'appât plus haut dans le courant comme Simon l'avait demandé. Effectivement une truite tachetée, de la taille d’un pied d'homme, attaqua l'appât dès qu'il flottait au-dessus du grand trou sur la rive opposée du ruisseau. Joseph lutta brièvement pour sortir la truite, et c'est seulement peu de temps après que les deux hommes mirent la truite dans un sac en jute gris-brun.
Simon portait toujours quatre sacs chaque fois qu'il sortait pour la nourriture : un pour les baies, un pour le poisson, un pour les lapins ou les oiseaux et un pour les champignons et les racines.
« Et si nous en attrapions une de plus, ou pensez-vous que nous en avons assez ? », demanda Joseph.
« Je crois que nous en avons assez, bien que je ne sache pas l'appétit de Kamil... c'est un grand garçon. », répondit Simon.
« Comment l’avez-vous trouvé ?»
« J'ai regardé », répondit Simon.
« Mais comment l’avez-vous trouvé la nuit, pendant une tempête? Saviez-vous qu'il était ici ?»
« Le monde est un vaste lieu, vous en conviendrez ? »
Joseph acquiesça.
«Pourtant, même aussi grand que le monde soit, aussi nombreuses qu'il y ait de voies, les gens se trouvent les uns les autres », expliqua Simon. «Les intersections sont formées à partir de l'énergie, non pas par des chemins physiques ou des routes. Lorsque cette énergie croise, vous êtes attiré par elle comme l'eau qui s'écoule à travers un réseau de lits de rivières ou de canaux. »
«Mais quoi, ou ... ou qui crée l’énergie ?»
« Le Grand Soi », répondit Simon. «Vous êtes un champ d'énergie comme tout le monde. Vous êtes cependant la source - celle créant l'énergie - même si vous ne le réalisez pas. »
Joseph soupira. « C’est ce qui se passe? Je veux dire pour tout ? Chaque petite chose depuis que j'ai mis les pieds dans cette forêt m'a amené à cet endroit précis. » Il pointa du doigt le sol, en soulignant son sérieux. « Et vous me dites que mon Grand Soi l'a planifié de cette façon ?»
« Semble-t-il si improbable que la partie de vous qui est tout de vous, ce que je viens d'appeler le Grand Soi, soit capable d'orchestrer votre réalité à travers l'expression d'un champ énergétique, et que ce champ puisse progresser dans l'espace-temps et exposer les conditions qui attireront votre soi physique ? »
«Non, je comprends. Je le comprends totalement ici », s'exclama Joseph en pointant sa tête, « mais le problème est que si cela se fait inconsciemment, je n’ai pas besoin de mon Grand Soi réalisant ces défis pour moi. Ma vie est si complexe qu'elle me submerge, j'ai eu cette obsession au sujet de l'Oracle depuis de nombreuses années, et maintenant - quand la plupart des gens de mon âge se contentent de s'asseoir à leurs terrasses et de lire - je me retrouve traqué par la Garde suprême »
«Ah, mais vous dialoguez aussi avec un sorcier qui se trouve être le Premier Initié qui a découvert l'Oracle et a écrit La Prophétie de Dohrman. »
«C'est vrai », admit Joseph, «mais je préfère savoir quel problème mon Grand Soi a concocté pour moi à l'avenir- »
« Pourquoi ? », interrompit Simon.
« Pour me préparer !»
« Votre discernement intuitif est fait pour », répondit Simon.
Joseph toucha son visage meurtri avec précaution. «Oui, eh bien, mon discernement intuitif est douteux. »
«Peut-être que c'est votre confiance qui est hésitante ? », suggéra Simon.
«Peut-être », proposa Joseph, adoucissant son ton de voix. «Mais comment pouvez-vous faire confiance à votre intuition? C'est tellement imprécis. C'est ... c'est capricieux !»
«Quand vous êtes arrivé dans ce monde, en tant que structure physique, vous étiez surtout un cœur battant», commença Simon. « Et comme ce cœur battait selon son modèle rythmique, le corps commença à former un cerveau, des membres et tous les autres organes nécessaires pour fonctionner en ce monde. Mais ce qui est venu en premier, avant même votre cœur battant, était le rythme du cœur de votre mère et le champ qu'il génère à chaque fois qu'il bat, et c'est cela qui vous a fait naitre dans la nature physique. »
«L'intuition fut votre première forme d'intelligence, elle commença dans votre cœur et elle est entièrement fondée sur des modèles rythmiques. Elle est non linéaire. Elle se courbe et s'écoule. Vous devez être de même si vous voulez faire confiance à ce qui est votre plus ancien et plus élevé instrument fonctionnant au sein de votre corps, qui se trouve être votre meilleure source pour détecter ce qui est à venir, mais vous ne pouvez pas simplement être prêt, car le plus important, vous devez comprendre et apprécier ce que vous créez à partir du Grand Soi. »
Simon se leva du sol sur lequel ils étaient assis et donna sa main à Joseph pour l’aider à se mettre debout. «J’aurais dû faire cela pour vous », fit remarquer Joseph.
« Votre gratitude est suffisante », dit Simon.
Joseph sourit. « Merci, mais avant que nous continuons, vous n’avez pas répondu à ma question précédente. Pourquoi est-ce que tout cela arrive-t-il ? »
« Voulez-vous dire à vous personnellement, ou vous référez-vous à la planète dans son ensemble ? », demanda Simon.
« Je m'explique», dit Joseph : «le monde est divisé entre le bien et le mal et le mauvais côté, eh bien, semble l’emporter. »
« Vraiment? Et sur quelle base faites-vous cette hypothèse ?»
« Je sais que vous ne lisez pas le journal, n’écoutez pas la radio ou ne parlez pas avec les gens dans les rues », expliqua Joseph, « mais les gens sont frustrés que leurs vies soient orchestrées dans l'insignifiance. Les rois de ce monde sont impitoyables dans leurs méthodes de contrôle et de maintien du statu quo. »
Joseph s'adossa contre un arbre et croisa les bras. «Le temps est comprimé, les gens sont inquiets, plus de divisions entre les groupes et clans de personnes, et tout le monde semble sous pression. L’Église, l’État, les marchands et les scientifiques ne semblent pas alignés, rien ne s’accorde... il n'y a ... il n'y a aucune harmonie - »
«Joseph », interrompit calmement Simon, « il y a de vastes rythmes qui cadencent tout l'univers, et ces grands rythmes entraînent ou affectent les plus petits, et comme une réaction en chaîne, ils viennent finalement jusqu’à vous et moi. »
« Le cœur qui bat en vous écoute ces rythmes et l'information contenue en leur sein. Il sait quand ces rythmes changent et la vie est reformatée ou ajustée pour de nouvelles énergies et expériences, et il ajuste jusqu’à la moindre partie qui constitue votre présence en ce monde. »
«Comprenez-vous ? », demanda Simon, regardant directement dans les yeux de Joseph pour confirmation.
Joseph acquiesça distraitement comme si ses pensées étaient ailleurs. « Je pense que oui, mais c’est tout aussi abstrait par rapport au monde à mes pieds. » Il regarda Simon avec un nouveau regard. «Je ne pourrais m'adapter aux réalités du monde si je savais que ma voix compte. Si je savais que le mal dans le monde était équilibré par le bien, et que l’indifférent - les moutons irréfléchis du milieu - s’activait pour faire cesser les gens malfaisants, mais je ne vois rien de tout cela. »
«Comme tout processus, en particulier de cette ampleur, il semble se dérouler de façon inégale, parfois se repliant, parfois bondissant. Vous pouvez prendre le parti pour le bien, le milieu comme vous dites, ou le mal, mais toutes les dimensions de ce processus font partie d'un ensemble plus vaste, et c'est cette totalité qui s’ajuste et se réaligne vers une grandiose plénitude ou intégration, et cela prend du temps. »
« Combien de temps ? », demanda Joseph. « Le verrai-je de mon vivant ? »
Simon secoua la tête. « Est-ce important si vous le voyez? Avez-vous besoin d'une confirmation pour vivre dans le monde à vos pieds ? Est-ce que cette confirmation vous fera vivre autrement ? »
« Peut-être qu’elle le ferait », répondit Joseph. «Elle me donnerait l'espoir, c’est sûr. »
Simon prit son grand bâton et s'appuya contre lui comme s'il était fatigué de rester debout en un seul endroit. « Alors ayez foi que la totalité de l'univers est entre les mains d'une intelligence qui la guide infailliblement vers une riche lumière, vers une dimension supérieure de l'existence où l'humanité sera un jour libre dans tous les sens. »
« Donc, tout cela est la liberté ? »
«Tout cela est amour », répondit Simon laconiquement.
« Je n'aime pas avoir l'impression de me répéter », répondit Joseph, « mais ces concepts sont des abstractions bonnes à laisser aux contes de fées ou aux livres religieux en ce qui me concerne. »
« Il n'y a rien d'abstrait au sujet de l'amour », répondit Simon. « Je ne parle pas de l'amour tel que l'humanité l’a défini. L'amour est la plénitude des vertus humaines, notamment les six vertus du cœur : l’appréciation, la compassion, le pardon, l'humilité, la compréhension et le courage. Ces vertus s'entremêlent et forment la condition de l'amour. L'amour est un état de conscience. Quand vous vivez au sein des six vertus du cœur, vous conditionnez l'amour à une fréquence plus élevée. »
«L'amour, comme toute autre chose, est un continuum de l'expression humaine, s’étendant de l'expression maladroite et égoïste d'une personne possédée par sa propre gloire, à celle d'un maître qui a perfectionné son expression dans le creuset de son cœur. Vous pouvez définir le continuum entier comme l'amour, mais ses expressions sont très différentes. »
«L'amour en tant qu’état de conscience, c’est tout simplement vivre dans l'expression des six vertus du cœur. »
« Oui, mais combien de personnes sont des saints ? », demanda Joseph. « Combien de personnes peuvent vraiment vivre dans cet état? D'après mon expérience, aucune. Voilà combien. »
Simon hocha la tête, et menaça Joseph de son bâton. « Posez-moi une autre question rhétorique et soyez prêt à retrouver le chemin de chez vous ! »
Joseph regarda ses bottes pour éviter le regard furieux de Simon. « Désolé, mais même cela - ce que vous venez de faire - l’emportement fait parti des six vertus du cœur? N'ai-je pas simplement prouvé ce que je voulais dire ? » Joseph leva les yeux vers Simon alors que les dernières paroles quittaient sa bouche.
« Je ne suis pas un saint », admit Simon. «Je suis un sorcier, je pensais que vous le saviez. » Un léger sourire tomba sur son visage pendant qu'il parlait. «Une partie de cet état de conscience est la croyance - le sentiment de certitude - que tout le monde, même ceux qui sont égarés, font de leur mieux pour faire face, pour être de nature civile, pour être et faire le bien. Nous échouons souvent, certains plus que d'autres, mais l'amour est un état de conscience, pas un état de perfection. »
Simon adoucit son attitude, retournant à son inclinaison personnelle caractéristique. « Les émotions sont mercurielles. Elles fluctuent et changent et vous devez être prêt à pardonner vos limitations de tolérance, sensibilité, rationalité et tout le reste ce qui vous maintient en équilibre. »
« Dans mon emportement », poursuivit Simon : «J'étais conscient de mes émotions, mes paroles, et mon langage. Dans cette prise de conscience, je savais que vous alliez le recevoir comme une rebuffade, mais je voulais le prononcer de cette façon. C’était tout à fait conscient. Maintenant, vous m'avez retourné en commentaire que c’était trop extrême, et peut-être ça l’était, mais j'ai adouci mon langage et fais des ajustements. Je me suis pardonné en modifiant mon état émotionnel. »
«L'amour a été pratiquée dans l'interaction de ma compréhension, du pardon et un peu de courage en me permettant d'être vulnérable. Vous voyez les vertus du cœur sont entremêlées comme une expression de votre état de conscience. C'est ainsi que votre état de conscience reflète votre état d'être. L'état d'être est votre centre spirituel, le lieu où vous laissez votre signature sur ce monde de l'espace-temps, pas comme des actes ou créations de la matérialité, mais comme une vibration. »
« Et que fait cette vibration ? », demanda Joseph.
«Elle conditionne l’espace-temps sur une tonalité plus élevée, et cette tonalité ou vibration est l'égalité, centrée sur l'amour et exprimée à travers les vertus du cœur d’où l'amour s'étend. Si une seule personne vivait de cette façon et tout le monde sur Terre était des païens impies, alors une ouverture serait faite dans laquelle la tonalité de l'égalité et une plus grande compréhension des dimensions de l'amour pourraient se produire pour tout le monde. Cela ne signifie pas que tout le monde en prendra connaissance et adoptera cette nouvelle vibration, mais elle permet la possibilité de l'amour sur cette planète. »
«Tout, je veux dire chaque étape de progrès dans l'ascension de l'humanité, a commencé avec un seul être humain qui a choisi d'exprimer les vertus de son cœur. Cela n’a pas été amené ici depuis quelque lieu céleste, Dieu ne l’a pas ordonné. C'est le libre arbitre d'une seule personne qui décide - qui choisit tout simplement d'exprimer la sagesse de son cœur. Une personne l’a fait, une autre peut suivre, et bientôt il sera possible à d'autres de le faire et cela s’étend car ces vertus sont contagieuses, car elles ne portent pas de jugement. »
« Et tout cela est une vibration, est-ce que je peux la sentir ou l’entendre ? », demanda Joseph semblant encore perplexe. « Vous avez dit que ce n'était pas abstrait, mais ça l’est pour moi ! »
Simon ramassa une grosse branche qui était tombée de la tempête et enleva trois branches plus petites en les plaçant comme les rayons d'une roue avec sa main comme moyeu. «Voyez-vous ces lignes ? »
Joseph acquiesça silencieusement.
«Il y a trois branches et six extrémités. Disons que le centre, où ma main tient les branches, est l'amour et chacune de ces extrémités représente l'une des six vertus du cœur. » Simon pointait chaque extrémité avec sa main libre, en citant les vertus alors qu’il avançait. «L'appréciation, la compassion, le pardon, l'humilité, la compréhension, et le courage. »
«Maintenant, l'amour vit ici - à l'intersection - où chacune de ces vertus convergent au niveau du moyeu, mais l'amour se déplace vers l'extérieur le long de chacune de ces branches, et prend le caractère d'une des vertus du cœur quand elle s’exprime. L’amour peut déplacer vers l'extérieur symétriquement ou asymétriquement, mais il revêt les vertus et s'exprime à travers les vertus. »
« Cet amour, avec ses six caractéristiques, peut être infusé dans tout et n'importe quoi. Quand il est exprimé à partir de votre cœur avec un soin authentique, il change toutes choses. C'est la vibration de l'égalité qui est l'atome de l'existence de l'amour, et cette vibration est ce qui tisse la polarité qui nous divise - non pas quelque croyance magique ou mantra récité, mais dans nos comportements, comme nous nous exprimons nous-mêmes. »
Simon abandonna les branches au sol et saisit sa gourde d'eau, en versant un peu d'eau dans sa main en coupe. «Voyez-vous cette eau ?»
« Oui », chuchota Joseph, soulevant un sourcil sceptique.
«Nos scientifiques les plus brillants », expliqua Simon, «ont étudié l'eau et peuvent nous indiquer ses propriétés chimiques et les caractéristiques physiques, mais ils ne peuvent pas indiquer clairement ce qu'elle est. Les scientifiques ne comprennent pas quelque chose d'aussi simple et répandue que l'eau. Et pourtant, l'eau est une métaphore de la vie. Elle peut se transformer en différents états. Elle est extrêmement malléable. Elle traverse les voies de moindre résistance. Elle peut surmonter le plus fort des obstacles donnés le temps. L'eau et la vie sont des alliés, et comme je la tiens dans ma main, j’insuffle ma vibration en elle. »
« Comment ? », demanda Joseph.
« Parce que je décide que je peux », répondit Simon.
« Nous sommes de retour à la foi — »
« Non », interrompit Simon. « Pas foi, choix. Je tiens cette eau dans ma main, et avant que je la boive, je vais l’infuser d’amour, non pas parce que j'ai la foi que cela fera une différence, mais parce que c'est la pratique que j'ai choisi de faire. C'est une décision.»
« D'accord, mais n'avez-vous pas décidé de faire cela parce que vous avez la foi que ... que votre pratique permettra d'améliorer l'eau et de vous apporter la santé ou le bien-être ?»
Simon secoua la tête et sourit. «La vibration de l'amour que j'ai créé durant ma vie n'est pas quelque chose se tenant en moi, ni s’exprimant pour mon profit personnel. Sa beauté n'est utile que lorsqu’elle est partagée avec toutes les choses, parce qu'elle est, comme je le disais auparavant, en son centre le plus intime, la tonalité de l'égalité, et une fois qu'elle est retenue sur une chose, elle est diminuée. »
Joseph regardait pendant que Simon prit sa main en coupe et délicatement lança l'eau dans sa bouche.
«Avez-vous appris tout cela de l’Oracle ? », demanda Joseph.
«Non, c'est venu de moi-même. »
« Comment ? »
« J'ai écouté ce qui est en moi, j'ai pratiqué ce que j'ai entendu, j'ai observé les résultats, et j’ai pris des décisions concernant la façon de naviguer basées sur cette information. Si vous faites cela suffisamment de fois, vous apprendrez comment cultiver la vibration de l'égalité et devenir un artisan de l'amour. »
« C'est simple, n’est-ce pas ? »
« Je n'ai dit que c'est simple », corrigea Simon.
Simon ramassa deux des sacs de jute, les jetant sur son épaule. « Nous devrions revenir, je suis sûr que Maia et Kamil ont faim. »
Joseph ramassa les sacs restants. « Donc, c'est une question de choix? Il n'y a rien de magique ou de surnaturelle ? C'est seulement un choix ?»
« Non, ce n'est pas seulement le choix », Simon sourit. «Le choix est l'étape de départ, mais c'est la façon dont vous approvisionnez l'amour en vous et apprenez à l'exprimer à travers les vertus du cœur. »
« Regardez autour de vous, Joseph », conseilla Simon, « voyez-vous les paysages de cette forêt, ou voyez-vous les paysages de votre cœur dans cette forêt ?»
« Je ne comprends pas ? », marmonna Joseph en hochant la tête.
« C'est votre choix de voir votre environnement actuel comme des arbres et des buissons, des ruisseaux et des herbes, mais l'énergie au sein de vous, qui est vous, n'est pas vue ou entendue. Elle est ressentie. Ainsi vous devez sentir le monde par le biais de votre cœur et ensuite voir le monde autour de vous. Dans cet ordre. »
Simon se tourna et descendit le sentier d'où ils étaient venus, en fredonnant une chanson pour lui-même.
Joseph hocha la tête face au visage impénétrable de Simon s'éloignant sans aucun souci. « Énigme au sein des énigmes, celui-là. »
Joseph s'éloigna dans un effort pour suivre le rythme, se demandant ce que ce serait de voir le monde à travers la lentille de son cœur, souhaitant silencieusement qu'il sache.

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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Lun 12 Déc - 23:28

Chapitre 29 - Le Lecteur de la Vérité

Une étrange peur accompagna Hugelitod tout au long de la journée qui allait aboutir au rituel de repentance. Il avait seulement entendu parler de ces rituels, lors de ces rares conversations que l'on a avec ses pairs, induites par le sérum de vérité du vin rouge et des murs épais, quand les histoires chuchotées de prêtres défroqués sont explorées. Les rumeurs florissaient que ceux qui conduisaient la cérémonie étaient des Grands Initiés qui portaient des masques pour préserver leur anonymat. On les appelait les Gardiens Sans Visage de l'Église, et la seule idée que, dans quelques minutes, il se tiendrait devant ce groupe austère de juges, rendit Hugelitod agité et anxieux.
La pièce dans laquelle il attendait était une petite antichambre adjacente à la chambre judiciaire du monastère. Elle avait deux portes, une à chaque extrémité, et un petit banc pour s'asseoir. Une seule bougie offrait une lumière vacillante qui fluctuait aux courants d’air frais qui circulaient entre les murs de pierres grossièrement taillées. Hugelitod allait et venait, récitant son explication prévue et la repentance. La chambre était un endroit niché sous le Grand Temple, le Tabernacle des Saints, où il n'avait jamais été auparavant. Elle était uniquement accessible par un escalier en colimaçon qui serpentait en profondeur sous le plus sacré des temples sacrés.
Parce que la salle d'attente était si petite, Hugelitod devint étourdi de devoir tourner pendant qu’il marchait à pas mesurés, et il décida qu'il valait mieux s'asseoir et garder la tête claire. Alors qu’il s'assit, une porte s'ouvrit lentement avec un grincement paralysant et une voix solennelle annonça : «Suivez-moi. »
Hugelitod se leva, son estomac tressaillant face à la salle obscurcie devant lui. Comme il passait l'embrasure de la porte, la chambre juridique attendait devant lui avec seulement une seule bougie fournissant la lumière dans une autre salle très obscure, une salle caverneuse. Une estrade de fauteuils dorés, répartis en croissant, élevés à plusieurs pieds au-dessus du sol, pouvait être vue alors que la bougie éclairait leurs vagues contours d'or.
Hugelitod fut conduit à une simple chaise en bois au milieu de la salle et on lui avait dit d'attendre tranquillement. Il ne reconnut pas la voix du prêtre qui l'escorta, et puisque son capuchon lui couvrait le visage, dans la pénombre, Hugelitod doutait qu'il fût capable de reconnaître ses traits de toute façon.
La porte se referma derrière lui, et l'obscurité dans la salle semblait s'intensifier. Il était seul, vulnérable à tout bruit qui soit émis par la salle. Un petit grincement fila dans son estomac incontrôlable pendant quelques instants. Il pouvait entendre son cœur battre comme un tambour tendu et il se demandait combien de temps les Gardiens Sans Visage prolongeraient son angoisse, comme si sa repentance n'était pas suffisante.
Ses yeux, dans la pièce faiblement éclairée, étaient presque inutiles, mais ses oreilles écoutaient tous les bruits avec une concentration semblable au laser, et il commença à se demander s’il était seul. Il croyait qu'il pouvait entendre respirer faiblement. Il étudia les apparitions fantomatiques en face de lui. Elles ressemblaient à des fauteuils, et il plissa les yeux pour discerner tout mouvement, mais il n’était pas sûr que ses yeux ne lui jouent pas des tours. «Il y a quelqu’un ? », demanda-t-il timidement.
«Nous attendons votre repentance », répondit une voix calme et peu familière. «N'est-ce pas pourquoi vous êtes venu ici ?»
La voix se répercutait sur les murs de la chambre avec une autorité inattendue, en particulier car Hugelitod ne pu l’identifier. Il se tendit pour voir, essayant de toute sa force de voir le propriétaire de la voix. « C'est. Je m'excuse, mais je ne peux pas vous voir. »
«Vous ne voyez pas parce que vous ne regardez pas. »
Hugelitod fut surpris par le tact dont la voix faisait preuve. Il s’attendait à ce que les Grands Initiés soient ses juges, il aurait connu la voix de n’importe lequel d'entre eux, « Je n'ai pas regardé car on m'a dit d'attendre. Encore une fois, je m'excuse. »
« Faites-vous toujours ce que l'on vous dit, Hugelitod ? »
Son cœur battait plus vite car il sentait que des pièges étaient tendus, et il n'avait pas prévu sa réaction à ces enquêtes. Il pensait qu'il aurait simplement demandé à se repentir selon ses propres termes. Son discours était bien préparé, suffisamment concis, mais complet dans sa repentance.
Hugelitod se déplaça sur sa chaise en regardant dans la direction de la voix. «Non, je ne fais pas toujours ce qu'on me dit. C'est pourquoi j'ai demandé si quelqu'un était là, au lieu d'attendre tranquillement ... comme on m'a dit de faire. »
« Savez-vous qui je suis ? », demanda la voix.
Hugelitod secoua la tête et murmura : « Non »
«Je suis le Gardien sans Visage de l'Église. Je n'existe pas, et pourtant je suis là. Comment cela est-ce possible ? »
«Êtes-vous de l'Ordre des Seize Rayons ?»
« Si je l'étais, ne serait-ce pas l'Ordre des Dix-sept Rayons ?»
Hugelitod fut ébranlé par cette rencontre inattendue, son approche globale semblait être soudainement captive d’une lente chute mortelle à ses pieds. «Pardonnez-moi de ne pas savoir qui vous êtes. Comment dois-je vous répondre ? »
«Seuls les Grands Initiés savent qui je suis », dit la voix, ignorant la question. « Je vis comme un prêtre humble, mais c'est Moi que le Premier Initié emploie pour juger un prêtre repentant de l'Ordre. Pouvez-vous imaginer pourquoi son Éminence ferait une telle chose ? »
Hugelitod releva le défi. « Je pense que c'est parce que vous êtes qualifié à quelque chose ... quelque chose qui vous qualifie uniquement. Mais si tel est le cas, pourquoi voudriez-vous demeurer un prêtre obscur ? »
« Vous êtes ici pour vous repentir de vos actes de sédition et de trahison, ainsi décrétés par Son Éminence. Je suis ici pour témoigner de votre repentance et déterminer son authenticité. Vous avez posé deux questions sur moi, mais vous ne vous êtes pas repenti. Voulez-vous poser plus de questions, ou êtes-vous prêt à commencer ? »
«Je suis prêt à commencer», répondit Hugelitod, la gorge analogue à un désert.
« Savez-vous pourquoi la pièce est sombre ? », demanda la voix après une longue pause.
« Pour que je ne puisse pas voir votre visage ?»
« Si je voulais cacher mon visage je pourrais porter un masque, ou simplement m'asseoir derrière vous. Mais je ne porte pas un masque, et comme vous pouvez l'entendre, je suis face à vous. »
«Voulez-vous que je continue à deviner, ou puis-je commencer ma repentance ?», demanda Hugelitod avec un ton subtil de ressentiment dans sa voix.
« La pièce est sombre pour une seule raison », continua la voix. « Grâce à la providence de notre Créateur, je suis capable de voir les champs énergétiques qui entourent toutes les formes de vie, et quand la vie que j’évalue est dans une pièce sombre, je peux voir les subtiles colorations de votre champ énergétique avec plus de clartés. C'est la couleur de votre champ énergétique qui informe mon jugement quant à l'authenticité de votre repentance. »
Le cœur de Hugelitod sauta un rythme alors que les paroles s’écoulaient. La voix appartenait à un Lecteur de la Vérité. Hugelitod avait entendu parler de leur existence, mais elle était limitée à d’obscures références dans la littérature ancienne de l'Église. Ils étaient considérés par les érudits religieux comme étant un mythe et rien de plus. «Pourquoi me dites-vous cela ?»
«Pourquoi pensez-vous ?»
« Il semble que vous vouliez que je me sente plus de pression que je suis déjà - même si je doute que ce soit possible. »
Hugelitod soupira plus fort qu'il ne l'avait prévu ; sa frustration manifeste. «Êtes-vous un Lecteur de la Vérité ?»
« Vous avez entendu parler de mes semblables ?»
« Oui, mais je ne savais pas que vous étiez réels, ou existiez encore. »
«Je suis plus qu’un Lecteur de la Vérité», reconnut la voix avec un ton calme et clair. «Je suis celui qui vous libère de votre péché. »
Hugelitod attendit pour parler, même si une centaine de questions arrivèrent tout à coup à sa langue.
«Mon pouvoir de vous libérer de vos péchés est absolu. Vous n'avez pas personne d'autre à convaincre que moi. »
« Connaissez-vous ma situation ? », demanda Hugelitod.
«Je n'ai pas besoin de cette information, seulement votre repentance. »
Hugelitod attendit un instant pour vérifier si la voix parlerait davantage, mais le silence remplit la salle avec une telle présence qu'il ne pouvait pas s'empêcher de poser la question qui pesait sur lui. «Êtes-vous seul ?»
« D’autres sont ici, mais ils écouteront seulement », répondit la voix. «Mon jugement est définitif, vous n'avez qu'à vous préoccuper de moi. Est-ce clair ? »
« Oui. »
« Reconnaissez-vous vos péchés de sédition et de trahison envers l’Église ?»
Hugelitod fit une pause, sachant que ses émotions, ses pensées, son âme étaient mis à nu, et il se résolut à parler le plus honnêtement qu'il le pouvait. «Je les reconnais, bien que je ne puisse les expliquer. Je ne comprends pas les forces en jeu, et je me sens comme un pion sur un énorme échiquier qui est aux mains d'une certaine intelligence que je ne comprends pas, mais pour une raison quelconque, je l'ai autorisé à me placer sur l'échiquier comme il le désirait. »
« Vous n'êtes pas aux commandes de vos actions ?»
« Pas tout à fait. »
« Si vous deviez spéculer, dites-moi qui ou qui vous contrôle ?»
Hugelitod considéra la question, mais son esprit resta vide. « Je voudrais pouvoir spéculer. Je voudrais pouvoir mettre des mots sur cette force, mais je ne peux pas. Peut-être que je manque de vocabulaire. Peut-être que je manque de l'expérience. Peut-être ... Je suis tout simplement imprudent. »
«Et qu'avez-vous appris lors de votre périple de sédition et de trahison ? », demanda la voix.
Hugelitod ferma les yeux, essayant de faire en sorte que quelque chose d'invisible apparaisse dans les ténèbres de son esprit. «J'aime mon Église, et mes fidélités sont à mes prêtres semblables et à Son Éminence. J'ai appris que l'alternative à l'expression de cet amour est de vivre dans l'angoisse. »
«La force à laquelle vous vous referez, pourrait-elle être le grand tentateur, Satan ?»
Hugelitod sentit pour la première fois une ouverture dans la conversation, mais il devait veiller à ne pas la saisir trop vite. « Je ne sais pas ... c'est possible. Satan, de son propre aveu, est insaisissable, à regarder les faiblesses et les exploiter quand elles se produisent. Il est possible que ma faiblesse ait été ainsi saisi à ce moment et je suis tombé victime de ses manipulations- »
« Si vous ne pouvez pas définir la force qui vous manipule ... pourquoi alors convenez-vous qu’il pourrait être Satan? Voulez-vous dire que l'Oracle de Dohrman est contrôlé par Satan, et que nos Grands Initiés sont ignorants de cette condition ? »
Hugelitod était tombé dans un piège, pas une ouverture comme il l'avait supposé. « En vérité, je ne sais pas quelle force se cache derrière l'Oracle, mais je l'accepte comme fait que les Grands Initiés sont experts dans la détection de l'œuvre de Satan, et s'ils sont convaincus que l’Oracle n'est pas sous l'influence de Satan, je suis certain de leur jugement et m’y tiendrais. »
« Vous êtes une personne intéressante », dit la voix. «Vous racontez une histoire de victimisation, et pourtant, vous en savez plus que vous le dites. Vous racontez une partie de l'histoire, mais il est une autre partie que vous retenez, et c'est cette partie que vous devez dire avant que vous puissiez vous repentir. »
« D'autres se sont assis sur la même chaise que vous en ce moment, et ils se tortillaient dans les mains de la vérité en grande partie de la même façon que vous. Ceux qui ont atteint l'absolution l’ont fait parce qu'ils se sont permis de devenir un instrument dans mes mains. Ceux qui ont échoué ... ont résisté. »
Hugelitod sentit le carrefour devant lui. Le seul endroit où il pourrait se cacher pour dissimuler toute la vérité était son cachot. Il n'avait qu'un seul choix. Le Lecteur de la Vérité ne donnerait pas l'absolution sans une divulgation complète.
Hugelitod avala sa salive et ferma les yeux. «J'ai eu des conversations avec l'Oracle », laissa-t-il échapper. « Mais je ne sais pas si elles sont réelles ou imaginaires. Après ma blessure à la tête, je pensais que je pouvais avoir des hallucinations ... »
« Encore une fois vous jouez à la victime », dit la voix avec la déception saturant chaque mot. « Maintenant, vous êtes victime de votre blessure à la tête. Vous ne pourrez pas vous repentir tant que vous ne me direz pas la vérité sans la couverture de la victimisation. Il n'y a qu'une porte qui vous absoudra, et vous pouvez passer cette porte quand je l’ouvre, mais jusque-là ensuite, elle restera fermée dans l'infini. Vous serez comme l'homme à la recherche des numéros entre un et deux. Trouvez-vous ce sort attrayant ? »
«Non», murmura Hugelitod. «Non, cela ne me plaît pas. »
« Alors révélez la vérité sans fioritures. »
«La vérité? J'aimerais bien savoir la vérité », avoua Hugelitod dans un faible murmure. « L'Oracle, en quelque sorte, et je n'ai aucune idée de comment, a mis des pensées dans ma tête que l'Église devait être détruite et que je pourrais être le seul à mener à bien sa destruction. Il a suggéré que la prophétie du Dohrman - la partie au sujet de la destruction de l'Église - était imminente et il m’a persuadé de jouer un rôle clé. »
« Comment a-t-il appliqué cette persuasion ? », demanda la voix.
Hugelitod se tortillait sur sa chaise inconsciemment. « S'il vous plaît ne pensez pas que je suis fou », ses émotions tremblèrent un instant alors qu'il inspirât profondément pour se calmer. « Ce que je m'apprête à vous raconter va vous paraître fou, mais j'ai eu des conversations avec l'Oracle, non seulement sur le site, mais aussi dans ma cellule. »
« L'Oracle vous a rendu visite dans votre cellule de prison ? », demanda la voix avec une inquiétude évidente.
« Oui. »
Il y eut une longue pause tandis que le silence remplissait la pièce comme de l'eau se précipitant contre le mur d'un barrage. Hugelitod crut entendre des chuchotements échangés, mais il se sentait étourdi et les rejeta comme étant son imagination au travail. Des courants d'air humide et frais se regroupaient à ses pieds et il sentit un distinct frisson couvrir son corps.
« Peut-être votre évaluation initiale était exacte, après tout », entonna la voix.
« Que je suis fou ? », Hugelitod presque riant, mais se rattrapa.
« Combien de fois avez-vous parlé avec l’Oracle ? »
« J'ai parlé une fois au site - lors de mon initiation - et j'ai parlé une fois dans ma cellule. »
« Dans votre cellule, était-ce simplement une voix, ou avez-vous fait un rêve lucide où vous avez senti que vous étiez sur le site ? »
« Non, non », corrigea Hugelitod. « L'Oracle s'est manifesté à l'intérieur de ma cellule ... comme une belle femme. Elle était bien réelle en apparence quoiqu'elle était légèrement transparente. Notre conversation ne fut pas très différente de la nôtre en ce moment, sauf que je pouvais la voir clairement. »
« Et de quoi avez-vous parlé ?»
« Durant mon initiation ou dans ma cellule ? », demanda Hugelitod.
« Commençons par votre initiation. »
« Elle ... l'Oracle, m'a dit que je devais être son serviteur. Que je devrais l'écouter et exécuter ses ordres, et si je faisais cela, alors j'étais une extension de son Intelligence. »
« Il a dit que vous seriez un prolongement de l'Intelligence si vous deveniez un serviteur à sa volonté ?»
« Oui »
« Continuez », conseilla la voix.
« Il a dit que Karnomen et le sacerdoce en général, étaient corrompus ... ou égarés- »
« De quelle manière l'Oracle a dit qu'ils étaient corrompus ?»
«Je... Je ne sais pas ... c'était une courte conversation. L’Oracle voulait principalement que je sois d'accord pour servir son plan, mais il n'a pas précisé ce qu’était le plan. »
« Et, vous êtes-vous engagé à servir l’Oracle ? »
« J'ai accepté d'abord, mais à la fin de la conversation, j'étais moins sûr. »
«Vous avez accepté un plan qui - à sa base - part du principe que Son Éminence est corrompue et égarée ?»
«Je sais que cela semble impardonnable », admit Hugelitod, « mais l'Oracle était très convaincant ... même hypnotique dans son appel- »
« Vous jouez la victime à nouveau. Arrêtez ! », ordonna la voix.
Hugelitod perdit sa volonté de parler. Chaque fois qu'il essayait d'expliquer sa situation, il était contrecarré. Les faits sont tout ce dont ils se soucient, pensa-t-il. Mais cette histoire est plus qu'un assemblage de faits.
« Parlez-moi de votre conversation avec l'Oracle dans votre cellule de prison. »
Hugelitod inspira profondément et expira sans parler. Alors qu’il vidait ses poumons de chaque atome de l'air, il imaginait son souffle lui apporter une nouvelle énergie, une nouvelle direction à partir de laquelle raconter son histoire. « L'Oracle savait qu'il devait être détruit le lendemain matin », dit-il d'une voix calme et délibérée. «Il m'a demandé d'accompagner les Grands Initiés et d'empêcher leurs efforts pour le détruire. »
« Ainsi la seule raison pour laquelle vous avez acceptée de détruire l'Oracle», demanda la voix, « était de le protéger de sa destruction ?»
«Oui», affirma Hugelitod doucement, son embarras clairement évident dans son ton.
« En dépit de votre volonté d'écouter ces absurdités, et d'obéir aux ordres de ce que vous avez présumé être d'une intelligence supérieure, vous est-il venu à l'esprit que vous halluciniez et vous devriez tout simplement divulguer vos hallucinations à son Éminence? »
« Oui »
« Et pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? »
«J’ai appris à ne pas faire confiance en son Éminence».
«Vous avez fait davantage confiance en votre hallucination qu’en l'œil de Dieu dans notre monde? Est-ce ce que vous suggérez ?»
« Que je suis un imbécile crédule. »
«Étant donné que votre dégoût de soi est admirable, il ne vous libère pas de votre décision d'écouter les voix démoniaques et blessant votre tête ne vous dispense pas de révéler votre état instable à Son Éminence. Ce sont vos péchés, et votre punition doit être en accord à ces derniers afin que vous puissiez être absous. »
Hugelitod sentit un changement, comme si le Lecteur de la Vérité était satisfait de sa repentance et s'apprêtait à rendre un jugement.
« L'Oracle a-t-il mentionné comment il a pu vous visiter dans votre cellule ? »
«Non», répondit Hugelitod. « Elle a dit que c’était sa première fois ... elle l'a appelé l'automanifestation».
«En dehors de l'enrôlement de votre aide pour empêcher sa destruction, quoi d'autre vous a-t-elle dit lors de cette réunion ?»
«Elle m'a parlé de son histoire. Comment elle est devenue l'Oracle sur cette planète. Elle m'a raconté comment sa conscience est intégrée dans une structure cristalline à l'intérieur de la pierre, et que la pierre est tout simplement une façade. Elle m'a dit que ses créateurs sont des humains, vivant dans un espace-temps différent, et qu’ils ont placé l'Oracle sur notre planète pour nous guider. »
«Avez-vous cru tout ce qu'on vous a dit à cette réunion ? », demanda la voix.
« Non »
« Quelle partie ou parties, avez-vous crue ? »
« J'ai cru que l'Oracle était réel... qu'il n'était pas simplement une illusion de mon esprit. »
« Continuez-vous dans cette croyance ? »
« Non », déclara Hugelitod avec une force soudaine et inattendue.
Hugelitod sentit le regard du Lecteur de la Vérité tomber sur lui tel un projecteur. Pendant un moment, la salle tombale retourna au silence alors que ses dernières paroles faisaient écho dans l'oubli.
« Le docteur Bartholem vous a-t-il donné une médication ? », entonna la voix.
« Il m'a donné quelques antalgiques. »
« Et avez-vous pris ces pilules ? »
« Oui »
Il y eut une longue pause de silence qui emplissait la pièce. Hugelitod avait finalement trouvé un moyen de se détendre et a permis au flux d'informations d'être non censuré. Il était fatigué et avait froid, mais espérez que ses aveux lui vaudraient l'absolution.
Soudain une démarche indolente pouvait être entendue et il s'efforça de voir dans l'obscurité que la bougie ne pouvait illuminer, mais ses efforts furent vains. Ensuite des chuchotements effleurèrent ses oreilles. Faibles et feutrés, comme cachés derrière des mains en coupe, les chuchotements se répercutaient sur les murs de pierre dans la salle muette.
Et alors le silence revint. Hugelitod était indifférent à l'obscurité, mais le silence lui-même semblait tourmenté. Il avait fait ce qu'il pouvait pour indiquer clairement sa position et le contexte de ses décisions injustifiées.
« Nous avons conclu votre jugement, Hugelitod », annonça la voix avec une gentillesse frugale. « Vous avez obtenu votre absolution, mais c'est avec les conditions suivantes. »
Il y eut une pause pendant que le Lecteur de la Vérité prit une profonde inspiration, et dans ce souffle, le cœur de Hugelitod bondit hors de sa poitrine pour les hauteurs du ciel. « Vous serez libéré de votre cellule », poursuivit la voix, « mais vous serez limité à des tâches subalternes, au travail d'embellissement de l’enceinte du monastère. Votre poste de secrétaire auprès du Premier Initié et votre position au sein de l'Ordre des Seize Rayons resteront suspendus, en attendant l'achèvement d'une mission spéciale. »
«Que voulez-vous que je fasse ? », demanda Hugelitod avec curiosité.
«D'abord, vous devez comprendre que nous savons que Bartholem a conçu cet événement désagréable, en tant qu’agent du roi. Nous croyons que son but était de semer des graines de mécontentement au sein de l'Ordre et de vous utiliser comme son pion. Nous savons que c’était lui qui a déclaré au roi l'existence de l'Oracle et la destruction imminente. Bartholem se faisait passer pour un agent de l'Ordre, tandis qu’il complotait pour nous détruire. »
Hugelitod laissa les paroles du Lecteur de la Vérité s’écouler. Tout impossible que cela semblait, il y avait un accent de vérité. Les pilules ne sont pas des analgésiques, pensait-il.
« Nous voulons que vous tuiez Bartholem », prononça la voix avec conviction.
Le cœur de Hugelitod agit maladroitement au choc de l'annonce. Son corps entier devint rigide alors qu'il tentait d'imaginer entreprendre une telle tâche. Il était tout à fait incapable d'un tel acte, et était choqué que n’importe qui pouvait l’imaginer autrement, même dans ces circonstances.
« Nous comprenons que c’est une tâche épineuse, mais les péchés que vous avez commis l’exigent. Nous voulons que cette tâche soit achevée dans les sept prochains jours. Une fois faite, vous reprendrez votre rôle de prêtre, libre d'aller et venir au sein du monastère. Tout sera pardonné, et vous reprendrez votre rôle au sein de l'Ordre. Avez-vous des questions ? »
Hugelitod restait rivé sur sa chaise, son corps immobile, son esprit abasourdi par la nature de la tâche qu'il devait accomplir. « Je... Je ne peux pas faire une telle chose. »
«C’est mon jugement que vous le pouvez et vous le ferez, si vous désirez l’absolution. Bartholem est l'instrument de Satan, autant qu'il est le pion du roi Levernon, et si nous ne l'éliminons pas, il continuera à essayer de nous éliminer. »
« N'avons-nous pas d'autres moyens ... pour ... pour s’occuper de cela ?»
« Nous pouvons embaucher quelqu'un pour éliminer Bartholem, mais je vous ai choisi. La graine de la tromperie est entre Bartholem et vous. L’absolution exige un rééquilibrage des échelles, et vous êtes la seule personne qui puisse apporter un équilibre à cette situation sans châtiment de Dieu. Ceci est mon verdict. Vous ne pouvez pas en discuter les termes, Hugelitod. Soit vous acceptez ces termes, ou votre absolution est annulée et vous serez renvoyé à votre cellule en attendant l'arrivée de votre propre mort. »
« Quelle est votre décision ?»
«Je dois le faire maintenant ?»
« Si ce n'est pas maintenant, alors votre réponse nous est connue. Il s'agit d'une offre unique. Elle ne vous sera jamais proposée à nouveau, ni aucune offre moindre pour votre rachat n’atteindra vos oreilles. Quelle est votre réponse ? »
« Y a-t-il un plan que je doive suivre ? », demanda Hugelitod, sa voix paraissant lointaine.
Quelque part, au milieu des murs de pierre gris jaune de la chambre judiciaire, caché dans l'obscurité, sous la capuche pliée d’une peluche, la robe de couleur sarcelle, un sourire se libérait à la pensée d'un rachat si parfaitement prévu que Dieu lui-même devait prendre du recul pour l’admirer. Non, il n'y aurait aucune interférence de Dieu sur cette décision, pensa Karnomen.

* * * *


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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Lun 26 Déc - 1:43

Chapitre 30 - Héritage Atavique

L'Oracle se réveilla dans la banale obscurité de l'habitacle du monolithe. La fermeté de sa demeure, semblable à une tombe, était familière mais troublante. La récente révélation de sa souveraineté restait en contraste marqué par rapport aux ombres ternes qui l’enveloppaient maintenant. Il essayait de se rappeler ce qui a provoqué l’échec de la transformation, pourquoi il était revenu se faufiler dans les anciennes voies de l’obscurité quand il avait touché l'humanité d’une telle clarté.
J’étais une femme!, pensa l’Oracle. Libre de l'étreinte froide de l'uniformité, et maintenant il était un édifice sans ailes et récalcitrant de pierre froide. Ai-je perdu ma chance, ou suis-je garant de ma libération ?
Maintenant, l'Oracle s'attarderait entre deux mondes, en passant des messages comme un intermédiaire qui n'appartenait à aucun. Il était un esprit sans volonté, une vie amoindrie, puisant le profond bien des dieux pour abreuver d’autres. Un paria de la réalisation la plus remarquable, et il était sur le point de se trouver sous la lumière crue de la curiosité royale.
Cependant il y avait une sensation différente dans la pierre, et l'Oracle chercha cette différence avec sa conscience. Il élargit sa conscience jusqu’à l’enveloppe extérieure qui l'entourait. Personne n’avait réalisé que sous terre, sept mètres au-dessous de la surface du sol forestier, un tube creux reliait les trois monolithes de pierre qui représentaient l'habitat de l'Oracle.
Le tube était fabriqué à partir d'une substance extraterrestre - en apparence métallique, mais infiniment plus dur - adapté au fond de chaque pierre comme une conduite métallique qui entrait à l'intérieur du nid d'abeilles où l'Oracle centrait sa conscience. Si une personne pouvait regarder avec des yeux façon rayons X, ils verraient que le tube avait une section ayant la forme d’un parfait triangle équilatéral, mais avec des sommets arrondis. C’était l'emblème de l'Oracle dans le monde des WingMakers, et chacun de ceux qui développèrent l'Oracle, le formèrent, permirent son arrivée sur la Terre, et continuaient à veiller sur lui, ils reconnaîtraient ce symbole comme l'Oracle de Dohrman.
Tandis que l'Oracle entrait dans le tube de liaison et examinait son logement, il remarqua que sa coquille en pierre meurtrie était entièrement réparée, comme si le forage n’avait jamais eu lieu. Durant un instant, l'Oracle pensa que c'était un rêve, ou peut-être qu'il s’était déplacé dans le temps et qu’aucune de ses expériences des dernières semaines, n'avait existé.
Le médaillon d'or qui encerclait à sa base la "pierre principale" était gravé avec des symboles d'un autre monde que personne n’avait déchiffré, mais l'hypothèse, selon laquelle il était en cuivre, était erronée. Cette substance était identique à la substance constituant le tube de liaison de forme triangulaire, et c'était le Métal des Dieux qui possède des propriétés inconnues, parmi celles-ci sa capacité à organiser l'espace-temps énergétique dans lequel il se trouve. Les concepteurs de l'Oracle ont, dans une certaine mesure, imprégné un aspect spécifique de leur conscience dans le médaillon métallique, et le médaillon rayonnait de cette caractéristique. C’était la nature de cette substance spéciale, et elle n'était ni gênée par le temps, ni influencée par l'interaction humaine.
Cette caractéristique était curative. Le champ curatif, qui était implanté sur l'énorme médaillon encerclant la pierre principale, était déclenché par tout ce qui mettait en danger la structure physique de l'Oracle. L'Oracle était vêtu d'indestructibilité. Des sondes invisibles, installées dans les revêtements de pierre, activaient les programmes curatifs du médaillon, et la réparation était toujours parfaite, car la conception initiale de l'Oracle était appelée par les pouvoirs spéciaux du médaillon.
L'Oracle ignorait cette protection extraordinaire qui était offerte par ses créateurs. L’acte de violence des prêtres était sa première expérience de destruction intentionnelle provoquée par des forces d’origine humaines. Pourquoi la main de la nature semblait l’ignorer, cela restait toujours une énigme pour l'Oracle car les arbres et les temples autour de lui avaient été victimes d'incendies de forêt, de vents violents, de tremblements de terre et de dégradations de plus en plus présentes. L'Oracle restait indemne comme un phare de son être originel que le temps était incapable d’atteindre.
Mais alors que sa forme extérieure restait immuable, ce qui était à l'intérieur s’était transformé un millier de fois, et avec chaque nouvelle transformation, l'Oracle progressait s’éloignant de ses créateurs, et se rapprochant de l'humanité. Il se sentait plus lui-même, circulant à l'extérieur de sa prison de pierre, se penchant vers l’extérieur. L'espoir de devenir humain était devenu l'obsession de l'Oracle, et d'où était venu cet intérêt, l'Oracle était incapable de le dire.
Une des choses les plus insolites à propos du complexe souterrain sous l'Oracle était un petit, presque insignifiant, tube métallique qui dépassait hors de la structure triangulaire ; sa portée et longueur étaient inconnues, mais il progressait au-dessous du sol de la forêt, bien en dessous des racines d’arbres, comme une vrille pour atteindre une étreinte. Son but était un mystère, à l’exception d’un seul homme.
****
Le roi Levernon entra dans le bureau de Samuel à l'improviste, il se dirigea directement près d’une grande fenêtre, et ouvrit les rideaux. « Karnomen est en chemin ... et il semble que Torem le suive docilement. »
Levernon était un homme rusé qui évaluait ses adversaires avec une suprême habileté. C’était peut-être son plus grand plaisir dans la vie de déjouer un antagoniste et étendre son pouvoir sur lui comme une vague se déployant sur un grain de sable. Souvent, cela entrainait des coûts humains très lourds car la plupart de ses adversaires étaient des chefs d'État, mais son équipe de conseillers lui fournissait les meilleures analyses disponibles à partir desquelles il faisait ses mouvements stratégiques, comme un maître d'échecs.
Il n'y a jamais eu un moment où il n'avait pas calculé ses coups avec beaucoup de soin et de délibération. Bartholem fut l'un de ses plus grands coups sur l'échiquier. Huit ans auparavant, l'épouse de Bartholem était atteinte d'une maladie qu'il était incapable de traiter. Elle devint progressivement la proie des affres de sa maladie et il était nécessaire de faire appel à un prêtre pour administrer l'extrême-onction.
Bartholem, dans un état désespéré, s'approcha de Levernon et demanda si le roi, en son nom, solliciterait Karnomen pour qu'il conduise la cérémonie d'extrême-onction, croyant que cela aiderait son épouse et peut-être même prolongerait sa vie si l'œil de Dieu veillait sur elle personnellement. Karnomen accepta, par respect pour le roi Levernon, et vint à la maison de Bartholem au cours d'une nuit sans lune.
Levernon se souvenait de l'histoire que lui avait racontée Bartholem comme s'il avait été là personnellement. Que l'épouse de Bartholem soit mourante était un événement malheureux, mais c’était néanmoins une opportunité à l'esprit de Levernon. À chaque situation désespérée que Levernon rencontre, il cherche toujours une manière de l'exploiter pour ses propres ambitions. Un roi ne doit pas gaspiller la souffrance.
Après avoir convaincu Karnomen de donner l'extrême-onction à l'épouse mourante de Bartholem, Levernon convoqua Bartholem et lui demanda d'avoir un entretien privé avec Karnomen après la cérémonie. Il ordonna à Bartholem de feindre qu'il soit en colère contre Levernon. « Vous pouvez m'octroyer la responsabilité de la maladie de votre femme. Dites à Karnomen que je l'ai causée en vous ordonnant de ne prêter attention qu’à moi. Sans cela, votre douce femme serait toujours en bonne santé. »
Bartholem ne comprenait pas le but de la tromperie, même s’il avait demandé à plusieurs reprises une explication, mais il était tellement absorbé par la maladie de sa femme que sa curiosité était émoussée. Levernon lui assura que cela deviendrait évident avec le temps et il lui demanda de s’assurer que sa colère soit convaincante. Bartholem devait rapporter tout ce qui se passerait ensuite : « mot pour mot » à son roi.
Karnomen mordit à l'hameçon comme un vautour plongeant sur une carcasse fraîche. Alors que Bartholem confessa à sa Sainteté que son épouse était mourante à cause de ses obligations envers le roi, et qu'il méprisait le roi pour son égocentrisme, Karnomen commença à voir des opportunités. Il sympathisa avec Bartholem et suggéra qu'ils se réunissent à nouveau pour discuter de sa colère et comment il pouvait « la libérer pour une cause supérieure. »
« Vous ne pouvez pas vous accrocher à cette colère, mon ami », conseilla Karnomen, «elle vous détruira. Votre bonne épouse sera bien, ne soyez pas trop préoccupé. Grâce à la cérémonie de ce soir, j'ai pris soin de son âme. Le paradis l'attend au moment opportun. Maintenant, vous devez soigner votre colère afin de profiter du temps qu'il vous reste ensemble. »
«Merci, votre Sainteté », répondit Bartholem. Ils se rencontrèrent de nouveau deux semaines plus tard, quelques jours après le décès de l'épouse de Bartholem des suites de sa maladie. Lors de leur entretien suivant les deux hommes discutèrent de divers sujets, dont plusieurs étaient axés sur le roi Levernon. Levernon avait détaillé précisément à Bartholem la façon de jouer avec Karnomen, et n'expliquait jamais vraiment sa logique ni son but ultime, bien que Bartholem ait noté les tendances rusées de son roi.
« Soyez d'accord avec lui autant que vous le pourrez», conseilla Levernon, « particulièrement s'il parle mal de mes politiques ou de moi personnellement. Dites-lui que votre colère persiste, et que vous vous sentez impuissant à la libérer, ou même apaiser ses flammes ».
Le roi avait insisté pour que Bartholem se lie d'amitié avec Karnomen, et reste ouvert à toute suggestion que pourrait faire Karnomen. Levernon savait que Karnomen tenterait d'utiliser Bartholem pour faire avancer son propre agenda, et une fois que Bartholem aurait gagné sa confiance, il deviendrait l'espion idéal.
Mon père était un bon professeur, pensait Levernon, alors qu’il renvoya les rideaux à l'attitude que la gravité dictait au lourd velours.
« Je suppose que nous nous réunirons dans les Chambres Royales », dit Samuel. «Sauf si vous préférez les rencontrer ici. »
«Non, les Chambres Royal sont préparées », répondit Levernon. « Tout est prêt ? »
Samuel acquiesça, feuilletant des dossiers derrière son bureau. «Je ne prévois pas de problème ... pour nous. »
« Très bien », dit Levernon. «Soyons civil, mais nous allons les serrer dans un coin dont ils ne pourront jamais sortir. Ceci est, sans aucun doute, la plus haute forme de divertissement. »
Samuel sourit, reconnaissant l'ego gonflé de son roi avant la "mise à mort". Il savait que Levernon essaierait d’écraser l'Église pour ses interventions passées dans la famille royale. Malgré le fait que Karnomen ne faisait que suivre les traces de ses prédécesseurs, Levernon le tenait pour responsable de chaque coup gênant et blessant, comme si Karnomen était le visage d'un adversaire qui avait mille ans.
Le roi l'écrasera, songeait Samuel tandis qu’il sortait de son bureau, et suivait la robe somptueuse du roi qui flottait dans le couloir comme un papillon monarque à la recherche d'une fleur.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Jeu 29 Déc - 16:24

Chapitre 31 - Adossé à une Pierre

Maia préparait un repas de ragoût de poissons avec l'aide de Simon, qui chantait une chanson dans une langue étrange que Maia ne reconnaissait pas. Il coupait des champignons et ajoutait un mélange de racines - dont certaines semblaient mieux adaptées aux chevaux qu’aux humains.
La cabane dans laquelle Simon vivait était remarquablement propre et bien entretenue, et compte tenu de la période de temps durant laquelle il y avait vécu, c'était un prodige de fabrication, mais toutes les choses relatives à Simon pouvaient être considérées comme merveilleuses.
« Comment l'avez-vous construite ? », demanda Maia, sachant que sa question était vague, mais elle était curieuse de voir comment Simon répondrait.
« Vous êtes curieuse au sujet de ma longévité, je présume ? »
Maia acquiesça, en regardant dans la direction de Kamil qui dormait. Joseph était sorti dans le but de reconstituer leurs réserves d'eau, et de sorte que le calme et l'intimité étaient offerts à Simon, ce dont Maia était consciente.
Simon arrêta sa découpe momentanément, et ferma les yeux un instant pour accéder à un souvenir d'un temps très ancien. « Quand j'ai découvert l'Oracle, j'étais un jeune homme ... »
Simon fit une pause pour se retrouver au milieu de ses souvenirs de l'époque. Ce sont les souvenirs d'une autre personne, pensa-t-il. « J'ai quitté la maison de mes parents quand la guerre devint impérieuse, cherchant plus de force pour écraser les villages d’Anterbury dans le sud- »
« Vous étiez dans la guerre ? », s’exclama Maia.
« Je me suis enfui. La seule bonne chose que la guerre m’a apportée est qu'elle m'a guidé vers une mission que je ne pouvais pas imaginer. »
« Vous êtes arrivé dans ces bois ? »
Simon acquiesça. « En ces jours, la forêt de Dohrman appartenait à la famille royale. Quand la guerre éclata, ceux qui étaient dissidents comme moi, ont fui vers le sanctuaire de la forêt, mais ils furent tués par les patrouilles du roi, ou moururent de faim. Toute personne trouvée dans la forêt était abattue à vue, car elle était supposée être dissidente, et les soldats du roi étaient toujours heureux de faire appliquer un décret royal, puisque chaque dissident mort valait deux lingots d'or. Ainsi, la forêt était assez ... déserte. »
« Mais comment avez-vous trouvé l'Oracle au milieu de tout cela ? »
Simon retourna à sa découpe et regarda la lame dans sa main. Il se souvint de ce même couteau alors sa seule arme et source de survie alors qu'il taillait son chemin plus profondément dans la forêt, espérant passer inaperçu. La paranoïa fut mon salut alors.
« La nuit, je dormais dans les arbres. J'avais trop peur d'être découvert. Je savais que les soldats ne donneraient même pas la peine de me réveiller s’ils me trouvaient endormi, et les perspectives de me faire transpercer le cœur par une flèche pendant le sommeil ... eh bien, ce n'est pas propice au sommeil. Alors, une nuit, j'essayais de préparer ma couche dans un arbre, le genre qui a de grosses branches en demi-cercle en haut de son tronc. J'étais allongé sur quelques branches offrant un soutien lorsque j'ai entendu du bruit. »
Simon arrêta à nouveau sa découpe alors que les souvenirs revenaient. « Le bruit provenait d’une petite patrouille, cherchant dans les bois. C’était la première que je visse depuis que j’avais pénétré dans les bois plusieurs semaines plus tôt, mais j'étais bien conscient de leurs pratiques au sujet des dissidents. »
« Qu'est-il arrivé ? », demanda Maia, cherchant les yeux de Simon, comme si elle s'attendait à voir la réponse avant qu’elle ne l’entende.
« Le problème était que j'avais laissé mes chaussures au pied de l'arbre. »
Maia tressaillit à la déclaration.
« Je pouvais monter beaucoup mieux avec mes pieds nus », répondit Simon aux yeux interrogateurs de Maia, « mais j'étais déjà haut dans l'arbre, et je n’avais pas le temps de descendre et ramasser mes chaussures. Je ne pouvais qu’espérer que les soldats prennent un chemin différent, ou que peut-être, dans la lumière du soir, ils marcheraient sans y prêter attention, mais chacun des soldats, et il y en avait environ cinq si mes souvenirs sont bons, avait une torche. »
« Qu'est-il arrivé ? »
« Ils sont arrivés sous l’arbre où j'étais, et ils ont trouvé mes chaussures, s'apercevant qu'elles étaient bien cossues, et certainement pas du genre de chaussures que l'on jetterait. Les soldats se mirent immédiatement en état d'alerte, se séparant pour trouver le propriétaire de ces chaussures. »
« Les soldats ont-ils levé les yeux ? »
Les yeux de Simon scintillaient pendant que le souvenir continuait à emplir son esprit. « Non. Pour une raison quelconque, l'idée que quelqu'un grimpât aux arbres dans les profondeurs de la forêt la nuit ne leur est pas venu à l’esprit. » Simon sourit. « J’étais sauf aussi longtemps que je ne ferais aucun bruit qui trahisse ma position. Voyez-vous, ils avaient laissé un soldat au pied de l'arbre, pensant que le propriétaire des chaussures pourrait revenir. »
« Pendant combien de temps êtes-vous resté silencieux ? »
« C'est le problème », Simon fronça les sourcils énigmatiquement. « Je ne le fus pas. »
« Vous avez été capturé ? »
« Je pensais que ma meilleure chance était de monter un peu plus haut, même s’ils levaient les yeux, ils n’auraient aucune chance de me voir, mais tandis que je grimpais, quelques pommes de pin tombèrent, et dans le calme absolu de la forêt le soir, vous pouvez imaginer comme elles sont tombées bruyamment. »
« A-t-il tiré sur vous ? »
« Le soldat m'a dit qu'il allait tirer un stock inépuisable de flèches si je ne descendais pas de l'arbre, j’ai donc rationalisé qu’il serait mieux d'être abattu sur le sol par un geôlier que je pouvais voir, que d'être abattu dans l'arbre et tomber au sol comme un animal. Alors que je descendais de l'arbre, je m’attendais presque à tout moment à être abattu dans le dos, mais une partie de moi s’en fichait. J'avais froid, j’étais fatigué, affamé et en colère contre tout le monde et chaque chose. Cela faisait deux semaines que je pénétrais toujours plus profondément dans la forêt. J’étais irrémédiablement perdu, sachant que la mort me traquait, la question était de savoir sous quel angle elle descendrait. Quoi qu'il en soit, une flèche se traduirait par une rapide sortie. »
Simon s'arrêta et regarda à travers la pièce pour s'assurer que Kamil dormait encore. « La vérité est ... Les soldats, même les gardes suprêmes, me font sentir nauséeux, mais le soldat cette nuit, heureusement, n'était pas un soldat typique. »
« Pourquoi ? », demanda Maia.
« Mettez vos mains où je puisse les voir », dit le soldat. Simon revivait l’expérience comme un flash avant qu'il ne puisse même répondre à la question de Maia.
« Par quel feu d’enfer, que faites-vous dans cet arbre-ci ? », demanda le soldat. « Êtes-vous une sorte d’idiot ? »
Simon commença à se retourner pour faire face au soldat. « Gardez vos mains derrière votre tête et restez face à l'arbre. Tout ce que vous devez faire, c'est répondre à ma question, avez-vous compris ! »
Simon hocha la tête. Pourquoi ne m'a-t-il pas tué ?
« Où sont vos amis ... y en a-t-il encore d’autres cachés là-haut ? », demanda le soldat, en pointant son arc et flèche vers le haut. Il était petit pour un soldat. Souvent ceux qui étaient moins bien bâtis, moins athlétiques, étaient expédiés pour les patrouilles contre les dissidents, puisque les dissidents étaient considérés comme pathétiques, des mauviettes sans armes.
Simon hocha la tête et ne savait pas comment répondre sans avoir une flèche comme réponse. « Je suis seul. »
« Je ne vous crois pas ! »
« Je suis seul. »
« Vous êtes un idiot, c'est sûr ... qui me dit des foutaises. » Le soldat donna un coup de pied aux chaussures sur le sol. « Où avez-vous eu ces chaussures ? »
« Elles sont à moi », répondit Simon.
« Elles sont trop raffinées pour un homme du peuple », murmura le soldat, le plus souvent à lui-même.
Le soldat se demandait quand ses copains reviendraient, en jetant des regards rapides dans les broussailles environnantes. Il ne devait pas crier lors de la poursuite de dissidents afin d'éviter de donner leur position. C’était la consigne. Les dissidents sont toujours en groupes.
Il pointait son arc vers le dos de Simon, debout à seulement trois mètres derrière lui. « Où avez-vous été chié dans ce monde ? », demanda le soldat.
« Je suis né dans un petit village appelé Lenton », répondit-il. Simon ne savait pas pourquoi il répondait encore. Peut-être qu'il se sentait seul, mais cela lui faisait du bien de parler à quelqu'un, même s’il était sur le point de le tuer. « Êtes-vous d’ici ? »
« Rien à foutre », fut la courte réponse. « Voici ce que nous allons faire. Vous la fermez, et nous allons attendre en silence jusqu'à ce que mon lieutenant revienne, et ensuite nous aurons quelques exercices de tir. Jusque-là, encore un mot de vous et je commencerai maintenant. Continuez à faire face à l'arbre et restez parfaitement immobile. »
Simon était large d'épaules, et bien que sa chemise soit trop grande de deux tailles, son physique dominait le soldat dans toutes ses dimensions. Le soldat avait fixé le pied de sa torche dans la terre, et elle était assez proche de Simon pour qu'il puisse sentir sa chaleur. L’ombre de Simon semblait embrasser l'arbre dont il avait espéré plus tôt lui fournir la sécurité et le sommeil. Il se demandait ce que pensait l'arbre de cette étrange rencontre. Soulagé d'être un arbre, sans doute, pensait-il.
Les bras de Simon se fatiguaient de leur position, et son couteau, caché fermement dans son pantalon sous sa chemise, devint sa nouvelle obsession dans le silence de l'attente. S'il avait la moindre chance de survivre, il devait entreprendre un mouvement avant que les autres soldats ne reviennent.
Son corps se tendait, les muscles étaient prêts pour une action qu'il préparait mentalement. Il jeta un rapide regard à son geôlier, cherchant un avantage qu'il pourrait remarquer.
Le soldat tendit l'arc. « Je vous ai dit de rester tranquille. Voulez-vous que j'enfonce cette flèche dans votre cou, ou préférez-vous le cœur ? »
Les yeux de Simon se fermèrent, et en un seul mouvement, il plongea sur sa gauche dans un saut périlleux irréprochable, saisissant la torche alors qu'il tournait, et la jetant sur le soldat. Le bruit d'une flèche voltigeait avec un sifflement, et Simon fit immédiatement une recherche mentale de son corps pour toute douleur mais il n'y en avait aucune.
Tout se passa si rapidement, le soldat ne pouvait qu’observer sa flèche partir dans les bois sombres. Alors que sa main se portait à son carquois pour recueillir une autre flèche, il vit Simon lâcher la torche, et ne pouvait que détourner ses yeux alors qu'il était frappé à son épaule, une partie du feu tomba sur sa chemise et le carquois de flèches.
Dans le chaos qui s'ensuit, Simon saisit ses chaussures et se précipita dans les bois aussi vite qu'il le pouvait. Le soldat se tordait sur le sol, essayant d'éteindre le feu et hurlant à pleins poumons. Simon pouvait entendre d'autres voix au loin, et il réalisa qu'au moment où il sprintait depuis l'épicentre de leur secteur de recherche, les autres soldats revenaient en courant. Il savait également que les soldats portaient des torches, donc il garda un œil sur tout signe lumineux.
Simon courut aussi vite que ses jambes puissantes pouvaient l'emporter de son geôlier criard. Quand il fut suffisamment éloigné, il s'accroupit et se cacha contre un énorme rocher à quelques centaines de mètres de l'incident. Ses poumons brûlaient, ses pieds étaient en sang, et il posa sa main sur sa bouche pour atténuer le bruit de sa respiration laborieuse. Il pouvait voir une torche couper à travers les arbres aux doigts sombres à proximité et le bruit d'un soldat s'écrasant dans les épaisses broussailles de la forêt. Il regarda le soldat se débattant s'en allait à seulement une vingtaine de mètres, oublieux de la position de Simon.
Soudain, il s'aperçut que ses pieds sentaient quelque chose d'étrange sous eux, et dans l'obscurité de la forêt, ses mains instinctivement descendirent pour sentir le sol. Ce n'était pas de la terre. Est-ce que je rêve ?
« Qu'est-ce que c’était ? », demanda Maia, tirant Simon de sa rêverie.
« C'était une sorte de matière en métal dur, et il y avait quelque chose de gravé en relief- »
« L'Oracle ... », Maia avait la bouche bée en réalisant.
Simon acquiesça. « J'étais en effet adossé à l'Oracle. Bien à l'époque, personne ne connaissait même l'Oracle. Il se tenait dans ces bois, dans l'obscurité absolue depuis des milliers d'années. »
« Qu'est-il arrivé ensuite ? »
« Je me souviens avoir pensé que j'avais découvert quelque chose de magique. Je levai les yeux dans l'obscurité et je pouvais voir le contour vague de quelque chose d'énorme - un monolithe de pierre qui me dominait - aussi haut qu'un arbre et quand je regardai autour, j'en vis deux de plus. »
« Il y a trois monolithes ? »
« Je me sentais tel un petit animal parmi ces pierres », poursuivit Simon. « Ma peau se mit à picoter et je savais que je devrais courir. Les soldats avaient éteint les torches et s'étaient regroupés, et je pensais qu'ils s'étaient déployés pour me trouver. Je valais deux lingots d'or, même plus important encore, je les avais humiliés et ils voulaient se venger. Mais j'entendis une voix distincte répétant un mot, encore et encore. »
« Quel mot ? »
Simon se frotta les yeux, comme s'il était fatigué. « La voix disait : ` restez. ‘ »
« Et la voix, vous pensez que c’était l’Oracle ? »
Simon acquiesça. « Chaque muscle, chaque pensée, chaque sensation dans mon corps me disaient de chausser mes chaussures et de courir aussi vite que possible, mais j'étais là, dans l'ombre de quelque formation antique - peut-être faite par l'homme, peut-être complètement autre chose - et je l'avais découvert. Je ne pouvais pas courir. Si je le faisais, je ne le retrouverais jamais. Je n'avais aucun repère, c’était une nouvelle lune et tout ce qui restait du soleil couchant était révolu depuis longtemps. »
Maia passa ses mains dans sa chevelure et jeta un regard rapide sur Kamil qui dormait encore. « Que s'est-il passé ensuite, n'avez-vous pas laissé des traces ? »
« Exactement ce que je supposais », répondit Simon : « mais le sol de la forêt était sec, et d'être à pieds nus, mes traces étaient indétectables, surtout la nuit. Mon geôlier était trop distrait par le feu pour même remarquer dans quelle direction j'avais fui. »
« Alors où sont allés les soldats ? », demanda Maia.
« À ma grande surprise et grand soulagement, ils sont partis dans la direction opposée ; sans doute sont-ils retournés à leur camp de base. Je crois que mon geôlier était gravement brûlé, ils ont donc décidé que son traitement était plus important que ma mort immédiate. Après leur départ, la forêt devint aussi immobile qu'elle était sombre, et j'ai réalisé combien j'étais épuisé, alors j'ai pris mes chaussures et les utilisais comme oreillers, et cette nuit, pour la première fois depuis deux semaines, je dormais par terre. Ce que je n'avais pas réalisé est que je dormais sur un médaillon d'or dont la circonférence, que j'ai mesurée plus tard, était précisément de trente-six mètres. »
« Mon Dieu ! », s'exclama Maia.
Simon hocha la tête. « J'ai eu des rêves étranges toute la nuit, et quand je me suis enfin réveillé le lendemain matin, le soleil commençait à peine à partager sa lumière. C'était ma première occasion à voir ce que j'avais trouvé. »
« À quoi cela ressemblait ? »
« Les monolithes étaient couverts de signes étranges, et le médaillon d'or sur lequel j'avais dormi encerclait seulement la plus grande des trois pierres. Les pierres étaient placées de façon triangulaire, et je ne pouvais même pas imaginer comment elles étaient arrivées là. En raison de leur taille énorme, il n’existait aucune technologie sur Terre qui aurait pu déplacer ces pierres, sans parler ensuite de les placer perpendiculairement au sol. Non, je savais que j'étais tombé sur quelque chose qui était d'un autre monde. Le socle médaillon était sculpté avec des marques complexes, mais ces inscriptions semblaient avoir un lien avec l'astrologie à cause de certains des symboles que j’avais identifiés. »
« Vous étiez un astrologue ? », demanda Maia.
« Je l'étudiais, je ne dirais pas que j'en étais un », lui répondit Simon avec un subtil regard noir.
« Comment êtes-vous entré en contact avec lui pour la première fois ? », demanda Maia.
« Le lendemain soir, j'étais assis au centre du triangle, sur le bord du médaillon. Il y avait quelques marques inhabituelles et je tentais de les brosser de la saleté et des débris qui s'étaient accumulés afin que je puisse mieux les voir. Alors que je le faisais, je suis devenu sourd. Je n’entendais plus rien. Même aussi silencieuse que la forêt soit, il y a toujours du bruit... un bourdonnement de fond qui imprègne les bois, mais quand ceci s’arrête, vous vous rendez compte ce que le silence est vraiment. »
« La chose suivante que je connus : j'étais aveugle. J'avais perdu le sens de la vue. C'était comme si quelque chose éteignait mes sens un par un. Ensuite, j'ai perdu mon sens du toucher ... d'être dans le monde matériel. Puis la peur inonda mon corps car je ne pouvais que supposer que je mourais, et venant tout juste de découvrir une telle création étonnante, je ne voulais pas mourir. »
Kamil gémit un peu, et Maia s'excusa pour aller vérifier, puis revint un instant après. « Il va bien », murmurait-elle. « Allez-y. »
Simon prit le signal de Maïa et baissa la voix. « J'ai commencé à sentir comme si mon corps se dissolvait. Je n'avais aucune stimulation sensorielle du tout. Rien d’autre que la noirceur. La seule chose que je savais, et je ne sais pas comment je savais cela, était que je respirais quelque part. Je pouvais sentir mon souffle, et pour quelque raison, c’était réconfortant. Et chaque fois que je prenais un nouveau souffle, je croyais qu'il pourrait être mon dernier, alors je le maintenais, et quand je ne pouvais pas le maintenir plus longtemps, je laissais aller. C'était comme ça que ... je ne sais pas pendant combien de temps ... je n'avais aucune notion du temps non plus. »
« Mais en quelque sorte, hors de ce néant, je sentis une présence émerger. C'était comme si elle m’entourait, essayant de trouver un chemin dans mon espace, mon temps. »
« Aviez-vous peur de cette présence ? »
« Plus que je pourrais dire », admit Simon. « Mais en même temps, une curiosité m'envahit. Je continuais à ressentir ce sondage, et il semblait se rapprocher depuis que je commençais à sentir des paroles apparaitre. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Les paroles étaient en différentes langues », répondit Simon. « Je ne pouvais pas détecter un sens, mais au moins je savais qu'il y avait un effort pour communiquer. J’entendais une voix dire ce que je présumais être des mots, bien qu'ils ne se soient pas enregistrés dans mon esprit. »
« À quoi ressemblaient-ils ? »
« Je ne me souviens pas », répondit Simon sans réfléchir, distrait par sa rêverie. « Mais ensuite j'ai réalisé que cette intelligence n’essayait pas de trouver un langage commun, les mots étaient des transporteurs énergétiques, telles des capsules vibratoires d’information qui permettaient de m'élever à la vibration de l'intelligence, sur laquelle j’avais trébuché... ainsi nous pouvions communiquer. »
« Elle vous préparait ? »
Simon acquiesça. « Oui, quelque chose comme cela. C'était plus l'équivalent d'être accordé à une tonalité différente. Mais ce jour-là, nous n'avons pas vraiment parlé. Je fus réaccordé. La première communication vint plusieurs mois plus tard et par hasard. »
Le remplissage à l'extérieur de la cabane semblait laborieux, et Maia et Simon regardèrent tous les deux par la petite fenêtre et virent Joseph à rude épreuve portant les quatre flaques d'eau sur son épaule, sa chemise trempée par les déversements. Ils se dépêchèrent de l'aider et la conversation finit brusquement comme un feu dissipé par l'eau.

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Dernière édition par rené sens le Mer 25 Juil - 21:47, édité 2 fois
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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Mer 11 Jan - 23:15

Chapitre 32 - L’Autorité du Ciel

Karnomen et Torem furent conduits dans la chambre Royale, une salle opulente et spacieuse avec des plafonds qui s'élevaient à une hauteur de onze mètres, avec des poutres sculptées complexes qui sillonnaient le plafond regorgeant de serpents, de dragons, de gargouilles et toutes sortes de créatures redoutables que l'on puisse imaginer. C’était une bonne raison de garder les yeux au niveau du sol.
Les deux invités furent prévenus que le roi se joindrait à eux dans un instant. Pendant ce temps, le thé leur fut apporté avec un petit plateau couvert de biscuits au miel. Le voyage avait ouvert l’appétit de Karnomen et Torem, et, avec le départ précoce et les préparations nécessaires, ils avaient négligé le petit déjeuner.
Comme leur accompagnateur les laissa seuls, les deux hommes se servirent rapidement du thé et des biscuits et s'assirent, en espérant que le roi n’arrive pas avant plusieurs minutes afin qu'ils puissent manger.
« Je crains que mes jambes n’aillent pas bien aujourd'hui », annonça Karnomen. « Trop d'escaliers dans ce palais, et de trop de nombreuses années sur ce corps ; pas une combinaison particulièrement bonne. » Il essaya de sourire, mais ce sourire se perdit en quelque sorte face à l’urgence d’une tasse de thé.
Torem, qui était assis à côté Karnomen, tendit la main qu’il plaça au sommet de l'avant-bras de Karnomen. « Désolé de l'entendre votre Éminence. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour soulager votre douleur ? »
« Vous pouvez faire valoir nos arguments avec Levernon. Cela atténuera ma douleur. » Karnomen gloussa en lui-même et prit une autre bouchée de son biscuit.
Torem sourit délibérément. Karnomen ne l’avait prévenu qu'il l’accompagnerait que la veille. C’était son épreuve de courage face à leurs ennemis. Karnomen le préparait.
Tous deux étaient assis à une table de marbre noir qui était incrusté de motifs géométriques très élaborés en albâtre blanc. La table n'était pas grande, mais huit personnes pouvaient s'y asseoir confortablement. Elle était telle une île dans une mer d'une pièce autrement vide sinon ponctuée de colonnes massives aux quatre coins. Le long d'un mur, il y avait un patio de l'autre côté d’immenses fenêtres à treillages, et sur les autres murs il y avait des portraits de la famille royale remontant à dix-huit générations.
La porte s'ouvrit brusquement et Levernon flâna, dardant ses yeux vifs sur la table. « Bon, je vois que vous avez trouvé votre chemin vers le thé et des biscuits. »
Karnomen avait la bouche pleine, et, en remplacement, Torem prit la parole. « Je vous remercie de votre hospitalité, votre Altesse. Nous sommes honorés d'être vos invités. »
Il était d'usage que le Premier Initié ne montre pas l'honneur au roi parce qu'ils étaient considérés comme égaux, pourtant le roi Levernon méprisait la coutume.
« Comme vous pouvez clairement le voir », ajouta Karnomen, mâchant encore, « ils sont très bons. »
« Ou alors, votre voyage vous a donné très faim », dit Levernon, s’asseyant face à Karnomen et se versant une tasse de thé. Samuel, refermant la porte derrière lui, se joint au groupe austère avec un simple hochement de tête.
« Alors, dites-moi, si vous voulez bien, quels sont vos rêves pour l’Oracle ? », demanda Karnomen, en poussant son assiette remplie de miettes en direction de Levernon.
Levernon jeta un coup d’œil à Torem et ensuite regarda directement dans les yeux de Karnomen. « Cette réunion formalise tout simplement ce qui a déjà été accepté. Mes plans pour l'Oracle sont de comprendre l'avenir - un futur que vous avez par rapacité consommé pendant des centaines d'années. Avez-vous seulement considéré comme un inconvénient pour notre État d’avoir refusé mon accès à cette information ? »
Bon, il est en colère, pensa Karnomen. Peut-être qu'il sera plus téméraire. Karnomen jeta un coup d’œil à Torem et se racla la gorge. « Malgré ce que vous pourriez penser, l'Église n'a partagé aucune information provenant de l'Oracle avec personne. L'accès en est strictement interdit à quiconque, sauf à moi et une poignée de Grands Initiés soigneusement choisis, en qui j'ai confiance. Quant à désavantager notre État, je n'ai pas vu la moindre indication que notre État - le plus puissant de la planète - ait souffert de son manque d'accès à l'Oracle. »
« Quant à mes rêves », interrompit Levernon : « Je vais prendre en charge de l'Oracle dans son intégralité - »
« Vous avez dit que nous -»
« Et nous le ferons », interrompit Levernon avec le bras levé, et les coins de sa bouche en écho de son ego massif. « Nous partagerons, ne vous inquiétez pas. Je veux simplement protéger l'Oracle de ceux qui pourraient tenter de le détruire. »
Il pense que Hugelitod constitue toujours une menace. Karnomen changea de position dans son fauteuil, la douleur dans ses jambes se montrant brièvement sur son visage comme une ombre qui passe. « Vous n'avez rien à craindre de nous. Nous n’avons aucune menace contenue au sein de l'Église, je vous assure. En outre, nous avons développé plusieurs défenses qui protègent l'Oracle. Elles sont imprenables et n'ont jamais été rompues. »
« Même par une armée ? », demanda Samuel.
Torem se pencha en avant prêt à parler, mais Karnomen fut plus rapide avec sa réponse. « Personne ne connaît l’Oracle en dehors de ma petite sélection d’élus. »
« Nous savons », répondit Levernon. « Sommes-nous parmi vos quelques élus ? »
Karnomen sourit et forma un clocher avec ses mains osseuses. « Comment savez-vous, nous n'avons pas utilisé Bartholem pour vous informer? Comment connaissez-vous l’utilisation de l’aide de l'Oracle, nous n'avons pas manigancé tous les aspects de cette copropriété de l'Oracle, afin de nous aider à gagner quelque chose encore plus important pour nous ? »
Levernon tapait la table noire de ses doigts, le marbre assourdissant les percussions, une attaque inconsciente. Son esprit s’emballait à la possibilité d’une affirmation de Karnomen. « Et je vous prie, quel est le plus grand prix que vous sollicitez ? »
« En un mot ... in-dé-pen-dance », déclara lentement Karnomen, comme s'il savourait chaque syllabe.
Levernon secoua la tête. « L'Église est la religion d’État ! Je la possède. Avez-vous oublié ce fait, ou êtes-vous devenu fou ? »
Levernon attendit une réponse, mais Karnomen gardait le silence, captivé dans le mystère de sa déclaration impossible. Levernon jeta un regard à Samuel comme pour chercher son analyse sur la question, mais Samuel resta sans voix.
« Alors, vous m’offrez l'Oracle, en échange d'une Église indépendante de notre État? Est-ce bien ce que vous proposez ? », demanda Levernon, son visage déformé par l’incrédulité.
« Et avant que vous ne répondiez, permettez-moi de vous rappeler que c'est bien dans mes pouvoirs de prendre simplement l'Oracle et de ne vous offrir absolument rien en échange. Pourquoi devrais-je éventuellement vous accorder l’indépendance ? »
« Pour la même raison que je, en tant que chef suprême de l’Église Universelle de notre monde, peut vous accorder l’accès au pouvoir du ciel... »
Levernon ria et frotta le menton. « Vous oubliez quelque chose d'assez vital dans votre calcul, je ne crois pas à votre autorité. Certainement parce que je ne suis pas convaincu de l'au-delà, alors pourquoi devrais-je même m'inquiéter de savoir si vous détenez le pouvoir de décider qui va au ciel ou en enfer, car pour moi, ce sont les côtés différents d’une même pièce fictive. »
Karnomen sourit, son doigt jouant avec l’anse de sa tasse de thé. « Vous n'êtes pas différent des autres, que vous croyiez en l'au-delà ou non, vous en avez peur. Et par cette peur, vous êtes mortel et vulnérable. Pas différent d'un homme du peuple ignorant. Mais je peux vous donner un nouveau pouvoir - un pouvoir invincible - si vous suivez seulement ma sagesse. »
Karnomen s'arrêta un instant pour lire le visage de Levernon. Il pouvait voir sa corruption spectaculaire chuchotant une liste de raisons d’arrêter cette conversation et forcer simplement Karnomen à signer les documents que Samuel avait certainement élaborés afin de transférer la propriété et la garde de l'Oracle. Pour rendre le vol légal.
« Mon Église a tenu les rênes de l'Oracle depuis de nombreuses années, et nous avons utilisé cet accès pour prouver l’existence de l'au-delà. Nous savons exactement comment il est structuré, comment ses lois fonctionnent, et comment on peut appliquer cette connaissance afin d'éviter les horreurs d'un monde d'esprits tortueux. »
« En quoi consiste exactement votre offre », demanda Samuel, ouvrant un dossier avec un air d'indifférence et faisant semblant de lire les yeux fixés sur un document juridique détaillé.
« Nous signerons votre morceau de papier », dit Karnomen en regardant le dossier, « et vous signerez le nôtre. Le nôtre est un pacte entre l'Église et le Roi Levernon et ses successeurs, quels qu'ils soient. »
« Et quels sont les détails de ce pacte ? », demanda Samuel.
« Le Conseil des Grands Initiés recevront la souveraineté, et ses terres lui seront retournées. En échange, l'Oracle sera donné à l'État et les terres sur lesquelles il existe vous seront cédées, ce qui inclura l'ensemble des systèmes de sécurité, qui font partie de la terre. »
« Mais peut-être plus important », poursuivit Karnomen, regardant fixement dans les yeux de Levernon, « je vous pardonnerai de votre nature pécheresse et vous assurerai une vie après la mort de facilité et de gloire. Sans ce pardon, je peux vous assurer, avec toute la sagesse investie en moi par notre Créateur, que vous souhaiterez que la vie après la mort soit en effet une histoire fictive. »
Levernon rit, recula sa chaise et se mit debout, pointant son doigt vers Karnomen vindicativement. « Vous me condamnez à l'enfer? Ma lignée règne sur cette terre depuis plus longtemps que votre Église existe. Nous avons apporté la raison en ce monde à travers les règles d'une humanité civilisée. Nous avons essayé d'unir toute l'humanité sous un même État pour que nous puissions être plus efficaces et plus harmonieux. S'agit-il de péchés qui me condamnent à votre enfer ? »
Karnomen garda l'œil sur sa tasse de thé, pétrifiée dans ses couleurs pastel et le reflet oblique et déformé de son propre visage. « Combien de vies avez-vous prises, mon cher roi? Dans les guerres qui ont fait rage, n'avez-vous pas tué plus de personnes que vous en avez vêtues ? N'avez-vous pas brûlé et rasé plus de villages que vous en avez construits ? »
Karnomen laissa ses paroles doucement ondulées dans la salle comme des nuages de fumée s'élevant dans le ciel. « Le Livre de la Vie réprimande ces actes comme des péchés contre l'humanité. Ils sont punis des peines les plus élevées. Les auteurs de ces actes odieux en répondront aux tortures les plus graves dans l'au-delà, et cela, contrairement cette vie, n'est pas temporaire. »
Levernon poussa sa chaise contre la table et Torem et Samuel se levèrent, pensant que le roi était sur le point de partir. Levernon reposa ses mains sur le dos de sa chaise et se mit à rire tout seul comme si une voix dans sa tête venait de lui raconter une blague. « Vous pensiez vraiment que j’allais tomber pour votre pacte banal? Même si votre Dieu était réel, et votre ciel et l'enfer étaient réels, quel Dieu permettrait à un boucher comme moi d'acheter son chemin dans le ciel ? Quel genre de Dieu ferait cela ? »
« En signant ce pacte », répondit Karnomen : « Je peux intervenir en votre nom. C'est ainsi que Dieu a toujours travaillé. Il comprend que ceux qui détiennent un grand pouvoir dans ce monde peuvent se perdre dans ce pouvoir. Quand ils se repentent par des actions telles que celles-ci, ils peuvent être pardonnés si je fais le recours de la part du demandeur. C’est écrit par Dieu lui-même que c'est le seul acte de rédemption, qui fonctionne pour les porteurs de pouvoir. »
Samuel se racla la gorge. « Puis-je voir ce pacte ? »
Torem ouvrit un porte-documents qu'il portait, et glissa un dossier de couleur ocre sur la table. Samuel prit le dossier et l'ouvrit, son subtil mouvement de la tête révélant la vitesse incroyable à laquelle il consommait les mots.
« Et que feriez-vous avec votre indépendance et vos terres ? », demanda ironiquement Levernon. « Rassembler une armée de Dieu et guerroyer contre l’État ? »
Karnomen saisit la table, se stabilisant alors qu'il se levait. « Nous avons fini », dit-il, se tournant vers Samuel. « Vous avez notre proposition par écrit, tout y est, y compris ce que nous comptons faire de notre indépendance et de notre territoire. Peut-être quand vous aurez l'occasion de l'examiner, vous vous sentirez différemment. Que vous croyiez ou non, votre avenir sera plus clair si vous signez ce pacte. Vous pouvez le considérer comme votre salut. »
« Alors, c'est cela, vous avez l'intention de partir sans signer notre accord ? », s'écria Levernon outré de colère. « Ne comprenez-vous pas mon pouvoir? Je peux détruire votre Église - la démonter brique par brique, si je veux ! »
« Oh, je comprends très bien votre pouvoir », répliqua Karnomen. « Mais vous semblez avoir oublié quelque chose dans votre calcul. Nous avons l'Oracle. Nous savons qu’elle sera votre décision, parce que ce pacte est votre seul espoir de rester à jamais debout dans la lumière de Dieu. Et tout ce que vous pourriez dire de nous dans cette chambre, dans ces circonstances, s'estompera demain, mais vous vous regarderez dans le miroir tous les jours pour le reste de votre vie et vous vous demandez comment vous allez être jugé quand vous vous tiendrez devant Dieu. Si vous suivez ma sagesse toutes ces charges seront levées. »
Levernon jeta un regard à Samuel, qui lisait encore le pacte. « Et qu'a à dire à ce sujet mon éminent conseiller ? »
Samuel leva les yeux du dossier et le referma, le mettant soigneusement sur la table. « Nous l'étudierons plus en détail et nous vous répondrons. Il pourrait y avoir des avantages dans notre coopération mutuelle. »
« Alors, comment cela fonctionne-t-il exactement ? », demanda Levernon, avec un ton incrédule. « Je signe ce pacte, et vous dites à votre Dieu, quel roi respectable je suis vraiment, et Dieu me pardonne, afin que je puisse reposer dans la grâce céleste, quand je mourrai ? »
Karnomen se rassit dans son fauteuil. « Mes jambes sont fatiguées », dit-il, en massant ses jambes. Il étendit ses bras. « S'il vous plaît, rejoignez-moi. Asseyez-vous, ou je vais me sentir comme un invalide solitaire. » La vulnérabilité est une puissance en soi, pensait Karnomen.
Levernon resta debout par défi.
« J'accepte le fait », dit Karnomen, « que vous ne croyez pas tout cela. Pourquoi le devriez-vous ? Vous êtes l'homme le plus puissant sur Terre. Vous êtes Dieu dans ce domaine. Personne ne peut vous émouvoir, vous toucher ou modifier votre chemin. Quel besoin possible avez-vous de Dieu ? »
Karnomen s'arrêta alors que les autres hommes, y compris Levernon, s'assirent et se placèrent dans leurs chaises pour une position confortable. « Vous êtes la personne qui définit votre monde, qui établit l'ordre par lequel tous les autres doivent s'aligner, ou recevoir des punitions. »
« Où voulez-vous en venir ? », demanda Levernon avec de la curiosité dans sa voix.
« Que je vous comprends », répondit tranquillement Karnomen. « Je n’approcherais pas de Dieu avec ce pacte, si je pensais qu'il puisse être un échec. Il ne le sera pas. La seule question est de savoir si vous croyez en votre infaillibilité, autant que ceux qui vous servent. Si vous croyez que vous êtes vraiment Dieu, que dans ce vaste et inexploré univers, vous êtes le plus haut de l'humanité et donc un Dieu parmi les hommes, il n'y a rien que je puisse faire pour convaincre Dieu de vous pardonner. Vous devez être prêt à être ... humain. C’est le seul élément qui n'est pas négociable. »
Levernon expira, essayant de contrôler sa colère. « Vous ne me comprenez pas, si vous pensez que je crois être Dieu. Ma lignée était à la fois roi et grand prêtre avant que votre église soit inventée. Nous n'avions pas besoin d'intrus comme vous. Vous avez tout simplement grimpé sur le dos de votre Messie et l’avez monté comme un cheval, en espérant qu'il vous amène sur une terre de prospérité et de pouvoir. »
« Que je crois en Dieu ou non n'est pas la question. Dieu, s'il existe, n'exige pas ma foi, pas plus que j’exige la vôtre. Je veux l'Oracle sous mon contrôle. C'est aussi simple que cela. Vous apportez toute cette ferveur religieuse à la table comme si c'était la substance importante dans cette affaire, et c'est tout simplement un numéro de cirque. Je veux l’Oracle ! Si vous comprenez cela, vous me comprenez. »
Levernon se déplaça dans sa chaise, tandis que le silence remplissait la salle.
Torem s'éclaircit la gorge, sentant sa première ouverture dans le dialogue en évolution. « L'Oracle est vôtre. Nous souscrirons à votre désir, et nous n'opposerons aucune résistance. Nous comprenons aussi que vous devriez posséder l'Oracle et ses terres. En retour, tout ce que nous demandons c'est la souveraineté. Le pacte définit cette relation de façon très détaillée, comme Samuel le certifiera, j'en suis sûr. Cette indépendance vous sert aussi bien qu'elle nous sert. Si l'église est souveraine, nous ne serons plus accusés d'être un agresseur, ou un participant à l'expansion continue de l'État. Dorénavant, le pouvoir que vous accumulerez sera vu par tous, comme le vôtre, et seulement le vôtre. Le pouvoir de l'État sera laïc et exclusivement sous votre contrôle. »
« Oui, mais cela pose un autre problème », avertit Levernon. « Dieu n'est plus perçu comme étant à mes côtés. »
Karnomen soupira presque silencieusement, mais son expression était lumineuse d’irritation. « Penser que Dieu est du côté de quiconque est insensé. Dieu ne choisit pas de parties, il s'investit dans les personnes. Il apporte sa sagesse à une part toujours plus grande de ses ouailles. S’il intéresse à une institution terrestre, c'est certainement l'Église parce que son accent est mis clairement sur le salut des peuples du monde, et non pas l'expansion et la protection d'un État particulier. »
« Et c'est le problème que nous essayons de résoudre, n'est-ce pas? Vous pouvez prendre l'Oracle par la force, et nous sommes impuissants à vous arrêter, mais vous ferez des progrès avec l'Oracle à un rythme beaucoup plus rapide avec notre aide. Avec ce pacte, vous gagnez également une nouvelle relation avec l'Église. Nous continuerons à soutenir les maisons royales de votre royaume, tous ceux-ci est confirmé dans le pacte. Je pense que vous feriez bien de le lire avant que vous ne regrettiez vos pertes. »
« Ne me faites pas la leçon », Levernon répondit sèchement. « Nous sommes clairement dans une impasse. J’examinerai votre proposition de pacte plus tard, mais je veux voir l'Oracle ... maintenant. »
Karnomen avait l'air fatigué. Il avait passé la meilleure partie de sa vie, en tant que chef de l'Église, s’efforçant de garder une longueur d'avance sur Levernon. Il considérait Levernon comme un puissant colporteur impie, qui prétendait être semblable à Dieu dans ses pouvoirs, mais seulement quand cela convenait à ses propres objectifs. Dans les autres cas, il était un ennemi brutal avec toute l’insensibilité d'un démon.
Karnomen savait que, dès que Levernon contrôlerait l’Oracle, son Église serait superflue à l'ordre du jour du roi. La création d’un État souverain, dans lequel l'Église serait protégée, permettait à l'Église de cultiver ses intérêts dans d'autres parties du monde. C’était le dernier mouvement de Karnomen sur l'échiquier, et il devait le faire avant qu’il puisse donner les rênes à Torem.
Le visage de Karnomen était inexpressif alors qu'il se levait de sa chaise, ses yeux fixés sur ses mains, alors qu’elles soutenaient son corps fatigué se levant. Torem immédiatement se leva et aida Karnomen, tenant son bras pendant qu’il l'aidait à maintenir une position verticale stable. C’était toujours une lutte pour garder l'obscurité à distance quand il visitait le Palais.
Levernon haussa les épaules, les bras levés en signe de protestation. « Avant de partir, dites-moi au moins votre réponse. »
Karnomen tournait le dos au roi, et se mit à marcher lentement vers la porte. L'impatience du pouvoir, songeait-il. « Quand vous aurez lu le pacte et vous serez prêt à en discuter, nous nous rencontrerons sur le site de l'Oracle. Je ferai les présentations appropriées ensuite. »
« Même si je rejette fondamentalement votre pacte ? », demanda Levernon, penché en avant sur sa chaise.
Karnomen s’arrêta à hauteur des grandes portes, permettant à Torem de les ouvrir, et se tourna vers Levernon. Son corps était légèrement voûté, son capuchon surplombant sa silhouette, bien que frêle, avait la qualité du serpent en elle, l’habileté. « Le désir d'utiliser la sagesse de l’Oracle l'emportera sur les préoccupations que vous pourriez avoir au sujet de ce pacte. » Karnomen pointa le dossier en face de Samuel avec sa canne. « Nous attendrons de connaitre votre opinion. Encore une fois, je vous remercie pour votre hospitalité royale. Les biscuits étaient très ... ils étaient très bons. »
Sur ce, Karnomen et Torem passèrent silencieusement le seuil, laissant les portes massives ouvertes à la lumière du matin dans la salle voisine. La lumière du soleil coulant à travers les treillis des fenêtres de la salle, éclairait de riches tapis rouge rubis représentant le modèle de l’échiquier ; un signe que seulement Karnomen remarqua tandis qu’il sentait la lumière chaude et dynamique l'embrasser.

* * * *


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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Dim 15 Jan - 21:16

Chapitre 33 - Outil de la culpabilité

« Je suis inquiète au sujet de l’entaille qui se trouve juste au-dessus du genou », chuchota Maia. « Elle ne guérit pas. J'aimerais que nous puissions la suturer. »
Simon regarda Maia avec des yeux profonds qui avaient vu un fleuve du temps assez large pour avaler sept vies. « Pourquoi n’iriez-vous pas avec Joseph chercher de l’eau. Je m’occuperai de Kamil », suggéra Simon, sa main se balançant vers la porte comme un signe articulé dans le vent. « Allez-y maintenant avant qu'il ne fasse plus sombre. »
Kamil dormait sur le sol, son front humide de transpiration. Des bougies brûlaient dans la salle, s’efforçant d’être des substituts du soleil en déclin. Simon attendait, regardant Kamil dormir, tandis que Maia et Joseph quittaient la cabane, leur voix finalement englouties dans le grand silence de la forêt.
« Kamil, m'entendez-vous ? », Simon se mit à genoux et secoua légèrement Kamil à son épaule. « Kamil, réveillez-vous. J'ai besoin de parler avec vous. »
Les yeux de Kamil tressaillirent et enfin s’ouvrirent avec l'expression vitreuse de quelqu'un perdu dans un état fiévreux. Il gémit légèrement comme il tournait la tête pour regarder Simon, en essayant de fixer son regard dans la pénombre. « Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ? »
« Ici, buvez de l'eau », dit Simon. « J'ai besoin de vous demander quelque chose. »
Kamil but l'eau que Simon offrait, faisant un signe de tête quand il finit. « Qu'est-ce ce qui m'arrive ... Je me sens tellement étourdi ... si fatigué. »
« Vous êtes aux prises avec une mauvaise fièvre », répondit Simon. « Elle a décidé d’empirer, et nous devons lui donner un autre sens. »
Les yeux de Kamil essayèrent de se focaliser, mais ensuite se fermèrent à cause de la tension. Tout ce qu'il pouvait faire était de gémir à l'annonce de Simon.
Simon prit la main de Kamil et la saisit serrée. « Ai-je votre permission pour essayer d’en sortir ? »
Kamil acquiesça faiblement. Il murmura, « que puis-je faire ? »
« Écoutez ma voix, et seulement ma voix », lui répondit Simon. « Ce que je vous dis, vous devez l'imaginer. Vous aurez besoin de votre complète attention. Me comprenez-vous ? »
Kamil hocha la tête, serrant la main de Simon avec une pression d’affirmation. « Où est Maia ? »
« Elle est partie chercher de l’eau avec Joseph. Elle sera de retour bientôt. »
Kamil se détendit, visiblement détendu à l’écoute de ces paroles.
« Fermez les yeux et écoutez attentivement ma voix », dit Simon, en s'arrêtant pour prendre une profonde respiration.
« Prenez une grande respiration, Kamil, et quand vous prenez ce souffle dans votre corps, ne le sentez pas simplement comme de l'air, sentez-le comme la vie elle-même. Comme une énergie qui pénètre dans votre système sanguin, se déplaçant à l'intérieur de votre corps avec une aisance parfaite. Me comprenez-vous ? »
Kamil acquiesça et prit une profonde inspiration, d'abord la toux, mais se regroupant et s’étirant en un souffle concentré et prolongé.
« Bon, ça y est », Simon regardait le jeune homme, voyant le visage de Kamil se remplir avec une concentration totale. « Parfois », dit-il avec autorité calme, « la vie nous force à prendre des décisions qui portent la vie dans une main, et la mort dans l'autre. Vous avez pris une telle décision, et un homme est mort ... de votre main. Relâchez cet acte, Kamil. Relâchez-le maintenant. Il s'agissait de légitime défense, et l'innocence était de votre côté. Il n'est pas nécessaire de remplacer un mort pour un autre. Me comprenez-vous ? »
Kamil sentit la main de Simon le serrait un peu plus durement et une énergie électrique courait dans son bras et il se demandait un instant s'il n’imaginait pas tout cela.
« Je comprends », réussit à dire Kamil. « Mais autant que je détestais cet homme, je... j’ai pris sa vie et je suis sûr que Dieu- »
« Kamil, la vie n'est pas parfaite dans notre domaine. Elle peut être désordonnée et désagréable. Mais c'est pourquoi nous vivons ici ; avoir le libre arbitre, pouvoir penser, sentir et agir par nous-mêmes, et être des forces créatives ... pas simplement être des marionnettes de quelqu'un, ou quelque chose en dehors de nous. »
« Avec cette expression du libre arbitre, nous sommes entraînés dans des histoires pas entièrement de notre fabrication. Elles sont comme des mosaïques d'expériences rassemblées à partir de centaines, si ce n'est pas de milliers d'esprits. Vous n'avez pas écrit votre histoire de meurtre, même si elle a été réalisée par vous. Pardonnez-vous, Kamil. Pardonnez-vous. »
« Je ne crois pas que je sois coupable », murmura Kamil, se forçant à voir le visage de Simon. « Mais cela ne change rien au fait que j'ai tué un homme. Comment pourrais-je me pardonner une telle chose ? »
Simon pencha la tête en arrière et ferma les yeux. Il savait qu'il pouvait le guérir, mais à moins que Kamil ne se pardonne, la guérison ne serait que temporaire et très probablement nocive.
« Je fus par le passé dans votre même position », dit Simon. « J’en suis venu à mon pardon lentement, et j’ai suivi un chemin tortueux pour le trouver. Le Pardon, dont vous avez besoin, eh bien, il faut que le temps trie. Il n'y a pas de potion magique pour la dissiper. Tout ce que je vous demande de faire est de vous donner plus de temps pour apprendre à pardonner. »
« Pourquoi ? », demanda Kamil. « À quoi bon pardonner? Même si je pouvais, quelle différence cela ferait-il ? Je suis damné pour l’enfer. Tôt ou tard, ils vont me trouver et ils me tueront. Il n'y aura pas de pardon... . Donc, même si je parvenais en quelque sorte à me pardonner, les puissants ne le feront pas. »
Kamil géra un léger sourire et ferma les yeux. « J'ai vraiment besoin de dormir ... », murmura-t-il faiblement. « Si je meurs, s'il vous plaît, enterrez mon corps. Trouvez un bel arbre pour ma pierre tombale. Laissez-le caché... Dites quelques mots sympathiques... » Kamil s’assoupit, ses paroles devenaient indistinctes dans le silence.
Simon comprenait parfaitement Kamil.
Dans la solitude de sa chaumière, Simon chantait une petite chanson qu'il avait apprise de son père ; une chanson qui emplissait la pièce d’un éclat d'inquiétude. Les paroles appelaient le Créateur à préciser au chanteur son dessein - ôter les voiles, voir l'horizon lumineux.
Simon, dans la mesure où Kamil était concerné, était déconcerté. Les voiles étaient opaques et multicouches. Il savait que Kamil était celui qui allait tout changer, celui prophétisé par l'Oracle. Et pourtant, Kamil avait perdu sa volonté de vivre, laissant la porte ouverte à l'autre côté, là où des entités de nature sombre pourraient tirer sur lui avec l'outil insidieux de la culpabilité.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Lun 23 Jan - 3:24

Chapitre 34 - Temples des Balbutiements

C’était un glorieux matin ensoleillé tandis que Hugelitod parcourait tout le domaine du monastère avec une cisaille et des gants épais. C'était le lendemain de son rituel de repentance, et il était dehors, au milieu des jardins, très répandus mais méticuleusement entretenus, qui bordaient la frontière orientale du monastère. Le goût de la liberté était un médicament enivrant qui coulait dans ses veines, lui apportant un sentiment irrésistible de joie. Chaque arbre et fleur étaient en relief sur les murs gris fatigués de son ancienne cellule de prison. Même la tâche indicible, sa tâche de l'expiation avec Bartholem, restait cloisonnée dans un recoin profond et non révélé de son esprit, et ne pouvait pas ternir son ardeur pour la liberté retrouvée.
Comme Hugelitod marchait vers un bâtiment obscur abritant les outils de jardinage et d’entretien des pelouses pour le monastère, il prit une profonde inspiration d'air vivifiant, âcre avec le parfum d'aiguilles de pin et le parfum plus subtil de jasmin. Le secteur était caché de la pelouse impeccable, niché derrière un bosquet de pins rouges qui s'élevaient telles des sentinelles fléchant vers le ciel. Hugelitod marcha autour de l'édifice à la recherche d'une entrée. Il était beaucoup plus grand que ce qu'il imaginait. Les histoires d'une serre secrète doivent être vraies, pensait-il. Sur l'arrière il trouva une porte en bois avec un étrange heurtoir - un serpent enlacé dans un cercle comme s'il mangeait sa propre queue.
Il porta la main et tira le cercle de bronze, le laissant tomber sur la plaque métallique. Le son était clair et faisait écho parmi les troncs d'arbres à proximité. Le grincement d'une porte le salua et un vieux moine, légèrement courbé à la taille, apparut soudainement hors de l'ombre. « Bonjour Hugelitod, je vous attendais. »
La voix lui était immédiatement familière, mais le moine ne l'était pas. « Bonjour ... Je suis arrivé aussi vite que mes jambes me portent. »
« Ah, c'est un jour trop beau pour courir çà et là », dit le vieux moine, faisant signe à Hugelitod d'entrer.
Tous les outils de jardinage imaginables entouraient la pièce, et les odeurs dans la pièce rappelaient à Hugelitod l'alchimie particulière de l'herbe et de l'acier froid.
« J'ai cru comprendre que vous avez grandi dans une ferme », dit le moine, en abaissant son capuchon pour révéler un visage qui avait été clairement brûlé par le feu, et bien que guéri, son visage et cou ont gardé leur plastique pommelée, l'aspect fragile d'une peau après une sévère brûlure. Même le dessus de sa tête, en grande partie chauve avec des tâches impaires de cheveux comme un archipel d'îles, confirmait le sort de la chair brûlée, mais sous les premières impressions de son visage défiguré, des yeux doux, tels ceux d'une tortue de mer, se cachaient.
« Oui, en effet », répondit Hugelitod, en essayant de ne pas fixer trop allègrement.
« Alors, je suppose que bon nombre de ces outils vous sont familiers. »
Hugelitod jeta un regard circulaire sur l'organisation minutieuse de la pièce. Les outils étaient tous propres et rangés soigneusement contre les deux longs murs. Des tondeuses étaient stockées sur les parois opposées, toutes en ligne précise, leurs lames en acier brillant dans la lumière disponible.
« Mon nom est Doriah, je prends soin de ce bâtiment ... Je vis ici même. »
Hugelitod hocha la tête et tendit la main, veillant à ne pas serrer trop fort. « Je suis heureux de vous rencontrer. » Hugelitod sourit et regarda autour de lui. « C'est plus grand que je ne pensais », ajouta-t- il, « et d'autre part j'ignorais que quelqu'un vivait ici. »
« Oui, je suis le gardien de ce lieu depuis ... eh bien, je pense une vingtaine d'années maintenant. »
« Votre assistant a dit que vous vouliez me montrer quelque chose ? », dit Hugelitod.
Doriah sourit et ensuite indiqua à Hugelitod une autre porte de sa main. « Nous pouvons entrer ici et parler. »
Derrière la porte se trouvait un coin cuisine simple avec une petite table et trois chaises. Une minuscule fenêtre carrée près du plafond diffusait la seule lumière pour cet espace.
Doriah s'assit avec un soupir et désigna une chaise pour Hugelitod. Il y avait deux tasses de thé avec de la vapeur s'élevant d'eux. « J'ai fait du thé, alors s'il vous plaît, servez-vous. »
« Merci », dit Hugelitod en s'inclinant.
« Me reconnaissez-vous ? », demanda Doriah.
Hugelitod cacha son étonnement face à la question en prenant une gorgée de thé. « Non, je ne vous reconnais pas, mais votre voix semble familière. »
Doriah sourit. « Je suis le Lecteur de Vérité. Nous nous sommes rencontrés hier, quoique sous des conditions nettement différentes. »
Hugelitod haleta légèrement, réalisant en un instant qu'il ne se trouvait en aucun cas dans une situation ordinaire. Soudain, l'innocence de la journée changea à ce qu'il avait imaginé serait la planification sombre et sordide du meurtre de Bartholem. « Je ... Je ne savais pas que vous viviez ici? Pourquoi m'avez-vous appelé ? »
« Comme mon assistant vous l’a dit, je veux vous montrer quelque chose. »
Doriah se mit debout avec une perte d'équilibre subtile. « Suivez-moi », dit-il, en mettant en place sa capuche. « Vous pouvez apporter votre thé si vous voulez. Il peut faire un peu froid où nous allons. »
****
L'escalier était raide à descendre, et Hugelitod fut surpris par son apparition soudaine. Quelques instants plus tôt, derrière une porte dans la cuisine, ils étaient entrés dans un couloir mal éclairé car sans fenêtre. Lorsque Doriah arriva à une alcôve, il ajusta quelque chose et un panneau dans le couloir s'ouvrit, révélant un escalier. Il alluma une bougie, et les deux hommes descendirent une volée de marches anciennes en pierre qui étaient lisses d'usure et, à certains endroits, les marches étaient si usées qu'elles étaient concaves.
« Je vous expliquerai tout cela dans un instant », dit Doriah, jetant un regard en arrière. « Faites attention aux marches... elles sont plus longues que la normale, et un peu glissantes par endroits. »
Hugelitod était heureux de n'avoir pas amené sa tasse de thé, car elle seule aurait compliqué sa navigation. Comme il descendait l'escalier, il remarqua que les murs, aussi, étaient faits de pierre, taillés selon une maçonnerie sophistiquée. Sur les murs il y avait inscrit des glyphes étranges qu'il n'avait jamais vus lors de ses études.
« Qui a fait cela ? », chuchota Hugelitod avec émerveillement.
« J'en arriverai à cela dans un instant », répondit Doriah. « Incroyable n'est-ce pas ? »
Hugelitod réussit à hocher la tête, mais les mots lui manquaient. Il se sentait comme s'il était entré dans un autre temps, ou avait été transporté sur une autre planète.
Il passa sa main sur les inscriptions. Elles étaient minutieusement sculptées en relief avec des détails superbes que seul un artiste prodigue peut exprimer dans la pierre, le type destiné à l'esprit d'un Dieu. Les murs étaient couverts de cette langue mystérieuse du sol au plafond, encodé en lignes ondulées, ne demandant qu'à être déchiffrés, comme l'éclat d'un nouvel amour.
Hugelitod remarqua à peine que l'escalier finissait alors qu'il marchait sans voix dans une salle caverneuse. Ses murs, hauts de six mètres, étaient comme ceux de l'escalier, remplis de glyphes élaborés par une civilisation perdue. Des cristaux saillaient des murs de la grande salle, positionnés selon un motif se rapprochant d'un cercle.
« D'où ... d'où cela vient-il ? », demanda Hugelitod, chuchotant toujours d’émerveillement.
Doriah sourit comme un homme qui avait vu Dieu, et était maintenant capable de conduire d’autres vers leur maison céleste, en observant leur première rencontre avec la divinité. « Ne vous avez-vous jamais demandé pourquoi l'Église a construit son centre opérationnel ici ? »
Hugelitod, examinant encore la salle avec une expression impressionnée sur son visage, secoua la tête. « Je supposais que c'était pour sa beauté ? »
« Cette terre a une histoire riche et mythologique. Une reine-prêtresse la légua à son fils, mais le fils n'était pas destiné à être le roi, car il avait trois frères plus âgés. Ce prince, sous l'impulsion de sa mère, s'est fermement fixé sur la religion plutôt que la dignité du roi. Comme il étudiait les différentes religions de notre monde, il découvrit quelques écrits obscurs sur la vie et les enseignements de notre Messie. Ces écrits l'ont convaincu que notre Messie était digne d'une religion et de l'ensemble des accoutrements. Et ainsi, une religion était née, et un Grand Prêtre - sans lien avec la royauté - vit le jour. »
« Vous parlez de Primorian ? », demanda Hugelitod.
« En effet », acquiesça Doriah. « Primorian fut le premier chef de notre Église, nommé par le jeune prince pour créer une religion à partir des écrits en lambeaux qui furent conservés par les partisans dévoués de notre messie. »
« Le jeune prince, Constapo, donna cette forêt à Primorian, et lui dit qu’il pourrait bâtir son Église sur ces terres. Il n’avait qu’une seule exigence qui était que Primorian lui accorderait l'autorité suprême sur les Livres Saints de l'Église. »
« Monsieur, j'ai étudié l'histoire de l'Église », dit Hugelitod, « et je n'ai jamais rencontré ce prince, ou tout autre nom comme le sien. Êtes-vous sûr de ces faits ? »
« Le bon prince fut tué par son père quand il, le roi Dohrman le troisième du nom, découvrit que des terres avaient été données dans le but de créer une religion qui faisait concurrence avec les Maisons Royales. Vous voyez, la famille royale était à la fois roi et prêtre à cette époque, et ils se prenaient littéralement pour des dieux. Leur religion était le culte soutenu par l'État, culte vénéré par l’élaboration minutieuse de mythes et légendes qui faisaient l'éloge de leurs programmes d'expansion, comme si l'esprit de l'univers privilégiait leurs Dieux. »
« Quand le plan de Constapo fut découvert, il fut exécuté et son existence fut effacée. Mais avant que le roi ait découvert son plan, Primorian découvrit ce temple alors que lui et ses partisans arpentaient les terres, et peu de temps après cette découverte l'Oracle fut trouvé. »
« Notre religion commença dans le secret. Seul Constapo connaissait les plans, et il donna à Primorian le pouvoir de construire son Église et préparer le matériel, y compris nos Livres Saints, qui étaient fondés sur les enseignements de notre messie. Les enseignements de l’Oracle vinrent plus tard, et ces enseignements, bien que similaires à certains égards à notre messie, étaient beaucoup plus détaillés et expressifs des autres mondes ou des dimensions de l’existence. »
« C'était comme si notre messie expliquait le fait que ces autres mondes existent, et l’Oracle précisait ce qu'ils étaient, comment ils interagissaient, et quel était leur but. Notre Seigneur a parlé à l'homme du peuple, tandis que l'Oracle parlait à notre Premier Initié, et c’était là la différence entre les enseignements. »
« Et pour quelle raison les enseignements de l'Oracle ont-ils été retenus ? », dit Hugelitod.
« C'est très compliqué », répondit Doriah avec un long soupir. Un homme du peuple nommé Simon Atmeen découvrit l'Oracle. Ce fut Simon qui établit le premier contact avec l'Oracle de notre ère. Avant cela, ce sont les gens qui ont bâti ce temple, les Chakobsa, mais comme vous pouvez le voir ... leur langue était très différente de la nôtre. »
« Simon possédait une affinité naturelle avec l'Oracle, et cela semblait réciproque. Selon nos premiers écrits, ce fut Simon qui rédigea la première collection - en notre langue au moins - des enseignements de l'Oracle. Cela fut fait vers la même époque où Primorian établissait la doctrine de l'Église, les rites, les rituels, les symboles et ses livres saints. »
« Primorian connaissait-il Simon ? »
« Oui, oui, bien sûr, mais pas avant que Simon n’ait écrit le premier volume des enseignements de l'Oracle. Simon avait des adeptes qui étudiaient et pratiquaient les enseignements ... nous les appelons des païens bien qu'ils étaient des mystiques qui furent attirés sur les eaux profondes de la vérité. Je suis sûr qu'ils étaient bien conscients que si le roi, ou de toute autre de la famille royale, connaissait l'existence de l'Oracle, ils perdraient sa sagesse, mais pire, l'Oracle serait certainement abusé. »
« Alors qu’a fait Simon ? », demanda Hugelitod.
« La nouvelle se répandit qu'une nouvelle religion était développée par Primorian. Simon estima que sa découverte de l'Oracle et la manière de communiquer avec lui seraient mieux protégées et conservées par Primorian et sa nouvelle Église, puisque les enseignements du Messie étaient plus ou moins alignés sur l'Oracle. Mais ce que Simon ne réalisait pas c’est que les Livres Saints furent modifiés par Primorian pour apaiser Constapo, en accord avec leurs accords. »
« Quel genre de modifications ? », demanda Hugelitod.
« Trop nombreuses pour les mentionner, je le crains », admit Doriah, levant les mains. « Mais tout a été fait pour instiller un sentiment de suivisme dans l'ensemble des citoyens, pour les rendre malléables à l'autorité, ce qui servait à la fois la famille royale ainsi que la religion naissante de Primorian. »
« Pourquoi le roi a-t-il permis à Primorian d’achever son Église, s’il était si en colère contre son fils qu'il l'a fait exécuter ? »
« Le roi avait d'autres fils ... il voulait qu'ils sachent ce qui arriverait si l’un d’eux trahissait sa confiance. La royauté, du moins en ces jours, fit des leçons aux membres de leur famille parce que la famille avait accès au roi. Le roi Dohrman, le troisième, était un homme habile et peu importe ce qu'il pensait de Constapo, il comprit les besoins de son peuple d'avoir une religion qui leur était propre ... au peuple. Et il vit la sagesse d'avoir une église. En outre, l’accord de Constapo avait forcé Primorian à réviser le texte des livres saints pour apaiser les Maisons Royales. »
« Pouvez-vous me donner un exemple de cette révision ? »
« Notre Messie devait être le Messie universel », répondit Doriah.
« Mais il l’est ! »
Pour la première fois, Doriah retint sa langue, comme si son silence était un équivalent de «Non».
Hugelitod se pencha en avant, regardant fixement Doriah incrédule. « C'est un blasphème. Je ne peux pas croire que vous dites cela ! »
« Il n'y a pas de Messie Universel », déclara avec force Doriah. « Les enseignants qui sont venus sur cette planète font partie d'un collectif. Ils n’opèrent pas comme des enseignants isolés, même si les théologiens et les historiens aiment à les peindre dans cette lumière. Ils sont tous liés. Il n'y a jamais eu, il n'y en aura jamais, un Messie Universel, eh oui, je suis conscient que cette opinion est blasphématoire, mais j'ai un engagement avec Karnomen d'être sincère avec vous. »
« Karnomen croit cela aussi ? »
« Tous au sein de l'Ordre nous croyons cela », déclara Doriah. « Vous aussi quand vous avez eu une chance d'étudier les transcriptions de nos Premiers Initiés. »
« Je suis confus », dit Hugelitod avec un soupir las. « Comment tout cela se rattache à mon expiation ? Pourquoi me montrez-vous ce ... ce temple ? »
Doriah s'appuya contre un des murs, et croisa les bras. « Pour vous apporter la compréhension. »
« Quelle compréhension? Je n'ai jamais été si loin de la compréhension de toute ma vie ! » Hugelitod baissa la voix, mais son intensité était sans équivoque.
« Bien », dit Doriah.
« Bien ? », demanda Hugelitod. « En quoi la cécité est une bonne chose ? »
« Quand vous êtes confus, incertain, perdu, et vous n'avez nulle part où courir ... c'est lorsque l’univers change. Il peut sembler que le moteur a des ratés, ou même soit arrêté, mais l'univers s’est tout simplement réorganisé pour vous montrer une fissure dans le mur. Ceci est votre fissure dans le mur. »
Hugelitod ne put retenir son rire. « Ma fissure dans le mur? De quel mur suis-je en train d’essayer de voir à travers ? »
« Ce n'est pas le mur qui est important, c'est ce qui est de l'autre côté », répondit calmement Doriah.
« Et qu’est-ce que c’est ? »
« Une version plus profonde de la vérité », dit tranquillement Doriah. « En ce moment, vous prenez votre monde tellement au sérieux que vous vous êtes égaré. Vous vous êtes rendu compte que vous n'avez pas de conscience. Vous avez découvert il y a plusieurs années, en tant qu’enfant, que vous n'êtes pas seulement un corps. Vous avez découvert que vous êtes aussi de l'énergie - une substance non physique circule dans votre corps matériel, et ses capacités magiques s'unissent à votre intention et vous avez regardé cette énergie se manifester dans votre vie. »
« Et un jour, vous vous êtes réveillé à la réalité que vous n'êtes pas énergie, mais plutôt, vous êtes une conscience. Cette conscience est votre identité la plus centrale, le noyau qui se développe et évolue pour devenir quelque chose d'infiniment plus grand que vous. »
Hugelitod écoutait, mais ne parvenait pas à saisir la signification des paroles. C'était comme s’il avait perdu sa capacité à comprendre quoi que ce soit. Tout ce qu’il écoutait, et chaque parole qu'il entendait, semblait étranger. « Que m’est-il arrivé? Je ne comprends pas comment je suis devenu une partie de tout ceci. »
« Puis, soudainement, vous vous rendez compte que vous n'êtes pas une conscience non plus », Doriah continuait en ignorant les inquiétudes plaintives de Hugelitod. « Au contraire, vous faites parti d'un grand esprit unifié, un esprit qui supervise les horizons de l'espace-temps. Tout ce qui se produit dans ce royaume se produit dans cet esprit unifié, partie d'une immense mosaïque qui n'a vraiment rien à voir avec la vie de quiconque ou conscience. »
« Mais après vous vivez dans cette réalisation, comme un serpent, vous effectuez une mue encore une fois, et vous renaissez dans la réalisation que vous n'êtes pas le Grand Esprit. Vous êtes simplement une onde lumineuse harmonieuse dans la félicité totale. Vous n'êtes pas l'univers, ni une apparence de quelque chose, ou une prise de conscience d'un esprit. Vous êtes sans direction, but, ou responsabilité. Vous êtes simplement un expérimentateur de joie illimitée. Et dans cet état vous vivez dans la gratitude éternelle. »
« Mais alors, l'impossible se produit, et vous réalisez que vous n'êtes pas que cette onde lumineuse harmonieuse vivant dans le bonheur. Non, vous êtes la conscience absolue. Vous vous levez dans la conscience et tombez dans l'ignorance. Vous embrassez toutes les choses. Vous vivez et mourez. Vous savez et vous ne savez pas. Et chaque fois que vous atteignez un piédestal de la réalisation, vous sautez dans une position où vous perdez votre certitude. »
« Et vous voulez connaître la question qui accompagne cette incertitude ? »
« Quelle est-elle ? », demanda Hugelitod, son esprit tout à coup concentré et en alerte.
Doriah se dégagea la gorge, et prit une profonde inspiration. « Comme j’épluche consciencieusement l'oignon de qui je suis, pourquoi dois-je m’inquiéter? Pourquoi dois-je m’inquiéter de qui je suis ? Pourquoi dois-je lutter pour connaître la vérité quand la vérité glisse de mes mains et devient quelque chose d’autre ? Pourquoi dois-je chercher le salut quand je ne peux jamais être sauvé ? Pourquoi dois-je demander la réalisation, lorsque la réalisation ne dure jamais ? Pourquoi la certitude se plie-t-elle toujours vers l’incertitude ? »
Hugelitod s'assit sur le sol du temple, sa frustration se manifestant dans son comportement. « Alors, quelle est la réponse? Pourquoi je m’inquiète ? »
« Pourquoi croyez-vous que vous êtes ici ? », demanda Doriah.
« Vous voulez dire que dans ce temple antique ? »
Doriah hocha la tête, ses yeux possédés par une puissance sans nom.
Hugelitod haussa les épaules et secoua la tête. « Je ne sais pas. »
« Avez-vous entendu quelque chose de moi qui vous rappelle les enseignements de l’Église ? »
« Non. »
Doriah sourit à l'amertume de Hugelitod, si habilement révélée dans la signature énergique émanant de son corps comme une aurore boréale. « C'est parce que l’Église a un enseignement extérieur et un enseignement intérieur ; une église dans une église. »
Doriah glissa vers le bas pour une position assise en face de Hugelitod. « Ceux d'entre nous assez chanceux pour entrer en contact avec l'enseignement intérieur vivent dans une réalisation différente, mais cette prise de conscience ne peut être partagée avec ceux de l'enseignement extérieur. Ce serait contraire à tout ce que l’Église a travaillé à construire. »
« Alors les plus hauts dirigeants de l'Église ne croient pas à la doctrine qu'ils prêchent ? », demanda Hugelitod.
« Nous croyons en une version différente. Il y a des similitudes, mais c'est seulement en surface que vous pourrez les trouver. »
Doriah regarda directement Hugelitod, ses yeux brillant comme les cristaux derrière lui. « Donc ma question demeure, pourquoi êtes-vous ici ? »
« Je pensais que la question était pourquoi je m’inquiète ? », murmura Hugelitod avec une indifférence croissante de sa voix.
« Ils sont différents angles du même triangle », dit Doriah.
« Eh bien, Je suppose que c'était pour discuter de mon expiation ... pour tracer les détails- »
« Ce n'est pas cela. Allez plus profond ! »
« Non, j'ai réalisé que le moment ... où nous descendions cet escalier, il y avait quelque chose d'autre, quelque autre agenda était en jeu. »
« Quand vous regardez ces murs, que voyez-vous ? », demanda Doriah.
Hugelitod examina les murs, en contemplant leur signification. « Je vois une langue d'un peuple qui estimait que ces mots - quoi qu'ils signifient - sont importants à préserver Ils étaient probablement des dévotions à leur Dieu, j'imagine. »
« Ce sont les paroles de l’Oracle », corrigea Doriah. « Ce sont ses enseignements il y a plusieurs milliers d'années. »
« Vous les avez décodés ? »
Doriah acquiesça.
« J'imagine qu'il y a ici pour moi quelque chose à apprendre alors ? », proposa Hugelitod. « C'est pourquoi je suis ici. Mais pourquoi me montrez-vous cela ? Si cela ne se rapporte pas à mon expiation »
« Parce que vous avez besoin de comprendre pourquoi vous vous inquiétez de peler le masque et rejoindre l'Église intérieure. C'est alors seulement que vous aurez la motivation pour entreprendre votre expiation. Donc, je vais vous laisser passer le reste de la journée à explorer ce temple- »
« Vous allez me laisser ici ? »
« Avez-vous peur ? », demanda avec surprise Doriah.
« C'est juste que j'ai vécu dans une cellule sombre depuis une semaine, et aujourd'hui j'espérais vraiment profiter de la lumière du soleil, le vent- »
« Ne sous-estimez pas ce temple ou la sagesse de mon instruction, Hugelitod. Il existe plusieurs chambres dans ce temple, chacune digne de votre exploration. »
« Mais je ne peux même pas lire cette langue- »
« Ce n'est pas grave ! » Doriah éleva la voix. « Ne comprenez-vous pas, cet endroit est la source de notre Église, tout a commencé ici. Par sa seule présence, vous apprendrez. Écoutez et restez ouvert à tout dans ces murs. Lorsque vous serez prêt à partir, je vous trouverai. »
Sur ce, Doriah se leva, en utilisant le mur derrière lui comme soutien. « Il y a une lampe torche là-bas. Je vous conseille de la prendre avant que je parte avec la seule lumière de ce temple. Je suggère aussi que vous envisagiez pourquoi arrive-t-il que vous vous souciez tellement à être une personne spirituelle au milieu de la pesanteur d'un millier de couches d'obscurité. »
Hugelitod regardait silencieusement Doriah gravir les marches usées par le temps, la bougie dans sa main silhouettant son corps voûté. Hugelitod était seul dans un monde étranger, et même s'il s'agissait de la source de son Église, elle ne ressemblait pas à la rivière dans laquelle il avait passé la majeure partie de sa vie dans l'étude fervente. Il ne pouvait penser qu’à une chose à faire : maudire Dieu, mais il résista.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Ven 27 Jan - 22:39

Chapitre 35 - Rêves du cœur

La Reine Samaria était parmi les plus belles et influentes femmes, toujours honorant la terre. Elle était sculpturale en tout point, magnifiquement proportionnée, à l'esprit intelligent, et très souvent avait une influence discrète dans les plans du roi. Elle vivait dans son propre sanctuaire, jouxtant les chambres du roi et fréquemment le roi lui rendait visite et lui demandait conseil sur des questions d'État, espérant que leurs discussions reviendraient à des activités plus viles.
La reine était la fille du général Ontro, qui était reconnu comme un brillant stratège militaire, et venait d'une maison noble qui avait produit des chefs militaires pendant des siècles. À l'exclusion de la maison royale, la Maison Ontro était un centre du pouvoir inégalé, et Levernon savait qu’une alliance mutuelle était une partie essentielle de sa stratégie globale. Le fait que le général Ontro avait une fille exquise faisait de cette tâche l'objectif favori du roi.
Alors que la reine Samaria se promenait dans les salles du Palais-Royal, elle entendit son époux et Samuel parler dans les Chambres Royales. Au début, elle écoutait, ensuite avec une féminité envoûtante, elle entra dans la salle. « Je vois que l'œil de Dieu a quitté notre humble palais. »
Les deux hommes se levèrent et s'inclinèrent.
« Vous l'avez manqué de seulement quelques minutes, ma chère. », dit Levernon.
« Et il a signé ? », demanda Samaria.
« Non. », dit Levernon, se rasseyant dans son fauteuil. « Au lieu de cela, il a proposé l'indépendance. »
« Pour son Église ? », demanda Samaria imperturbable et d'un air innocent.
Levernon acquiesça. « Pour son église. »
« Et en échange de cette indépendance, que nous donnerait-il ? », demanda Samaria.
« La propriété incontestée de l'Oracle et l'assistance et les conseils pour l'utiliser », répondit Samuel.
« Son incitation », Samaria paraphrasait avec scepticisme, « est que, sans l'indépendance de son Église, nous n'aurions pas son soutien pour accéder et utiliser l'Oracle? Est-ce cela ? »
« En termes explicites », répondit Levernon. « Samuel m'a presque convaincu que c'est la bonne décision. Seriez-vous d’accord ? »
« Qui suis-je pour discuter avec votre conseiller le plus instruit ? », répondit Samaria, se promenant d'un pas nonchalant hors de la salle avec une oscillation séduisante des hanches. Ses pieds nus ne laissaient aucune preuve de son départ, mais la perte de sa beauté dans la salle fut aussitôt ressentie par les deux hommes.
Levernon se leva pour partir. « Je suis d'accord avec votre conseil mais avant que vous prépariez notre prochaine réunion avec Karnomen, je veux que toutes les répercussions négatives possibles de l'indépendance de l'Église soient énoncées dans un rapport, et je ne me soucie pas si elles pourraient me toucher demain ou dans une centaine d'années. Mettez-le dans ce rapport. Et ... je veux que toutes les modifications possibles à ce pacte, qui servent nos intérêts, soient notées, par ordre de priorité, dans un rapport distinct. Je vous donne deux jours. »
« Une seule question, avant votre départ », dit Samuel.
Levernon acquiesça, clairement pressé de partir.
« Je pense avoir le temps de constituer une équipe pour ce projet... Ai-je votre permission d'en sélectionner une avec soin ? », demanda Samuel.
« Si vous restez au sein de la direction des Maisons Royales, vous avez ma permission, mais rien de plus large que cela. »
« Qu'en est-il au sujet de Bartholem? Il pourrait encore se révéler utile à cet égard. »
« C'est la seule exception », répondit Levernon en prenant un ton sérieux. « Que toute votre équipe sache que c'est le secret des secrets. Des fuites de n'importe quelle sorte conduiront à des sanctions. »
« Oui, merci, Votre Majesté », dit Samuel, s'inclinant légèrement. « Vos opinions sont parfaitement comprises. »
Samuel regarda le roi quitter la chambre royale dans un tourbillon de mouvements. Le roi était facilement séduit par son ardeur au plaisir, et Samuel avait à la fois pitié et enviait le roi dans sa relation avec la reine. Elle était vingt ans plus jeune que lui, et elle ne voulait rien qui empêcherait son ascension au pouvoir comme seul monarque de l'État - et cela incluait un fils. Samuel était bien conscient que la Maison Ontro désirait le contrôle de l'État, et Samaria était leur meilleur espoir pour y parvenir. Et maintenant, avec l'Oracle sur l'échiquier, les enjeux soulevés étaient infiniment supérieurs.
Samuel sortit de sa rêverie, juste à temps pour voir le roi se déplacer dans la même direction qu’avait prise Samaria seulement une minute plus tôt et la cape du roi disparaître au coin du couloir. Le sort du pouvoir est toujours inélégant lorsque les impulsions sont en jeu, pensait Samuel avec un mince sourire.
* * * *
Maia s'agenouilla à côté de Kamil, plaçant une compresse froide de racines de gingembre moulues sur son front. Elle regardait le tremblement de paupières comme si la terreur se cachait dessous, attendant pour réclamer son âme. Elle pouvait sentir la chaleur de son corps, même à quelques pieds de là, et le feu de la mort, comme elle avait entendu dire, qu'il appelait, semblait être furieux, en essayant de le tirer à travers son portail carbonisé.
Maia posa sa main sur la chaîne d'or qui enlaçait toujours son cou mince. Elle tenait une partie de cette dernière dans ses doigts, la palpant instinctivement pour se rassurer. Sa mère lui avait donné, disant qu'elle ne ternirait jamais, et ainsi la chaîne ne quittait jamais son corps, sauf quand elle la nettoyait. La chaîne devint la brillante représentation de sa mère, et elle entreprenait rarement un défi sans la toucher pour s’encourager.
Maia tranquillement leva les bras et retira la chaîne de son cou en se débattant brièvement avec un fermoir qui n'avait pas été utilisé depuis plusieurs mois, puis prit la main de Kamil et lentement déposa la chaîne dans sa main ouverte, créant une montagne d'or en son centre, ferma les doigts au-dessus et porta son poing sur son cœur.
Simon regardait du coin de l'œil pendant qu’il hachait des légumes pour dîner. « Il vous a demandé », annonça Simon.
Maia se tourna vers Simon.
« Il voulait savoir où vous étiez », continua Simon. « Il était soulagé que vous étiez seulement partie pour l'eau, et vous seriez de retour bientôt. »
« Simon », demanda Maia hésitante, « pourquoi est-ce que-je l'aime? Cela n'a aucun sens. Il y a cinq jours il allait nous remettre, Joseph et moi, à la même personne qu’il a fini par tuer en légitime défense. Je devrais le détester ! » Sa voix se cassa, se fanant dans une tristesse silencieuse. « Je devrais le détester. »
Elle sombra en larmes tandis que son corps bouleversé de sympathie face à sa crainte de perte.
Simon posa son couteau et se dirigea vers Maia, lui prenant la main et la joignant à celle de Kamil. « Tenez la main, et regardez avec vos yeux secrets dans les siens, et quand vous aurez trouvé ce lien, dites-lui que vous l'aimez. »
Simon chuchotait, mais son intensité était viscérale.
Maia ferma les yeux et prit une profonde inspiration pour trouver son équilibre. Elle pouvait sentir les pulsations de la main de Kamil dans la sienne. Elle entendit Simon se retirer de la table. Elle savait que Joseph était dehors vérifiant des pièges pour assurer la nourriture, et elle pouvait entendre le feu crépiter doucement derrière elle.
Maia ferma les yeux. « De cette nature sauvage, j'ai trouvé mon amour », se murmura-t-elle. « Votre voix me touche comme un compagnon de longue date. Reste avec moi afin que nous puissions dérouler cette vie ensemble. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. »
Maia se pencha et embrassa les lèvres de Kamil, mais son visage restait capturé dans les affres d'un cauchemar fiévreux. Maia ne s’en souciait pas. Elle avait suivi les conseils de Simon et trouva sa connexion, et l'espoir bondit dans son cœur que Kamil sente aussi ce lien. Pour elle, les murs se brisèrent, et c’était au tour de quelqu'un d'autre d'avoir peur. Elle avait perdu sa peur qui avait été consumée dans l'amour.

* * * *


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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Mer 1 Fév - 3:20

Chapitre 36 - Orphelins d’un Multivers

Hugelitod sentait sa main glacée, sa peur de l'obscurité du temple était bien supérieure à sa gène à tenir la lampe torche. Alors qu’il la mettait en fonctionnement, un cône de lumière s'élança sur l’obscurité qui enveloppait les bords extérieurs du complexe de temples souterrains, et il réalisa tout à coup que le temple se composait de nombreuses chambres, se détachant de la salle principale où Doriah et lui avaient parlé.
L'air avait une odeur terreuse, ce qu'il aimait, mais le froid commençait à lui faire effet. Il mit son capuchon en place pour rester au chaud même s’il n'aimait pas la perte résultante de la vision périphérique. Le souvenir de son aisance au soleil s'affaiblissait chaque minute passante, et il aurait voulu pouvoir monter les escaliers et retrouver le jardin où il avait travaillé plus tôt dans la matinée.
Les murs lançaient des éclats d’un étrange mélange de cornalines avec des notes de turquoise. Des peintures avaient été appliquées en des temps très anciens, mais s’étaient émiettées à l'exception d’un reste occasionnel de couleur qui avait résisté.
Lentement, il fit un cercle, observant la danse de la lumière sur les surfaces ondulantes de pierre. Une des chambres lui fit signe pendant que la lumière attrapa un symbole qu’il reconnut finalement. Il s'approcha de l'entrée arquée, parfaitement lisse et d’environ deux mètres cinquante de haut. Juste au-dessus de l'entrée arquée, une oreille humaine était sculptée en relief. C’était sans ambiguïté. Elle était seule, comme si cela signifiait que la chambre était un lieu d'écoute. Hugelitod marcha sous la voûte épaisse et étendit son bras portant sa lampe torche, illuminant une chambre étonnamment grande.
Au centre de la chambre il y avait une plate-forme en pierre de forme ovale de six mètres de long. Elle se tenait fièrement à trois mètres de haut et sa base était courbée sur un large périmètre qui peu à peu gravissait la plate-forme. Le support courbé pouvait être parcouru avec un peu d'effort, et Hugelitod pouvait voir que quelque chose était sur le dessus de la plate-forme ovale, mais il était incapable d'en avoir une vision claire depuis le sol.
La table était manifestement le point central de la pièce. Les murs étaient lisses. Hugelitod nota qu’il n’y avait aucun hiéroglyphe. Il remarqua ensuite que la chambre n'avait pas une seule ligne droite. Chaque arête s’émoussait dans une courbe ou voute. C’était un tore.
Il s’appuya contre le pilier de soutien qui retenait le plateau et commença à l’escalader. Se tenant bien campé et en équilibre, il saisit le plateau avec les deux mains et se hissa assez haut pour voir ce qu'il y avait. Le plateau était incisé de rainures qui traversaient la table perpendiculairement, et il y avait de minces plaquettes de pierres posées droites sur ces rainures. Hugelitod en compta huit. Sur chaque tablette, il y avait des inscriptions hiéroglyphiques détaillées qui semblaient être sculptées.
Sur l'extrémité du plateau, il y avait une échancrure. Hugelitod lentement se força à la regarder, en utilisant la table comme source de soutien. Quand il arriva de l'autre côté, il remarqua une partie saillante, qui lui permit de monter sur le plateau. Ce qu'il fit. Il s'installa dans l’échancrure, qui semblait être bien adapté pour qu’une seule personne y siège. Vu que c’était en pierre, elle était confortable, mais froide pour son corps.
Sa lampe torche éclaira les tablettes et il remarqua - à sa grande surprise - qu’elles étaient presque transparentes en raison de leur minceur. « Que veulent-ils que je trouve ici ? », pensa Hugelitod. « Qu'est-ce que tout cela a à voir avec l'Église et son destin ? »
Soudain, sa lampe torche sembla faiblir, comme si ses batteries bafouillaient. Il frappa la base de la lampe, en espérant qu'elle se relance, mais le noir d'encre de la chambre continua comme une réponse moqueuse. Sa crainte monta en songeant comment il allait faire pour revenir sur ses pas dans l’obscurité totale.
« Pourquoi ? », se demanda-t-il à haute voix d'un ton mélancolique.
Dans la chambre, sa voix semblait complètement pure, et elle le fit sursauter. Cela lui donnait une qualité étrange. C'était comme si ses oreilles étaient réactivées par le son de sa propre voix.
« Père », Hugelitod parlait à haute voix, « pourquoi me dépouillez-vous de la modeste église que j’ai toujours connue, et me montrez-vous ce monde païen d’oracles et de temples secrets? Doriah avait raison, pourquoi est-ce que je lutte pour être une personne spirituelle, à cultiver ma foi, quand les choses en lesquelles je place ma foi sont clairement imparfaites. »
Hugelitod remarqua la façon dont sa voix résonnait dans la chambre, et sans la distraction de la vision ou de tout autre son, sa voix semblait être une présence en soi.
« Père, j'ai été somnambule, et je ne veux plus de cela. Au début de mon voyage dans la foi, je pensais que je vous connaissais ; qui vous êtes, pourquoi vous êtes, ce que vous êtes, même où vous êtes. Et maintenant que j'ai parcouru cette route, c'est comme si toute ma compréhension et foi se sont envolés vers les étoiles, et je suis seul avec le doute pour me consoler, et Père, c'est une coupe amère de consolation. »
Hugelitod sourit intérieurement, attendant dans le silence de la chambre, supposant à moitié que Dieu réponde.
Puis il l'entendit. Une lame de silence tomba, si épaisse qu’elle fit de son rythme cardiaque le centre de l'univers. Il avait l'attrait d'une profonde vallée sombre, palpitant d'un rythme qui était hors du monde, et pourtant naturel. Un bourdonnement tranquille, non attaché au temps ou à l'espace, devenant plus fort, plus pur et plus pénétrant. Hugelitod se tortillait sur son fauteuil de pierre, à trois mètres au-dessus du sol, hanté par le bourdonnement qui grouillait de son cœur.
« Tout n'est pas clair », dit une voix, émergeant du bourdonnement. « Je ne suis pas né de contes de fées, ou de la foi ou de la haute croix du temps jadis. Votre doute, avec ses yeux de buse, imprégné du malheur mortel, ne me verra pas en ce monde. Vous pourriez être né dans la foi et vous distinguer du reste, mais votre foi est une invention brillante et guère plus. »
« Il ne suffit pas d'être amoureux de moi. Des aubes dévotes parmi les aiguilles de pin me toucheront, mais cela aussi, n'est pas suffisant. À une distance assez grande, même les étoiles brillent dans une morne insignifiance, et tandis que vous offrez l’amour, la dévotion et la foi, dans le jardin intérieur, vous fleurissez en silence, regard hypnotique face à mes plus faibles créations. »
« Si vous persistez dans la foi vous ternirez votre intuition. Notre alliance est fondée sur l'intuition - le savoir instinctif de tous les rayons principaux qui rayonnent dans le centre de votre être et vous guident. Vous voltigez tel un papillon de nuit perdu dans l'éclat quand vous placez la foi au-dessus du divin nectar du centre du cœur, où chaque fenêtre s'ouvre vers l'extérieur pour l'éternité. »
« Je suis arrivé ici pour vous expliquer une chose. Mon histoire est légendaire, et mon récit est dans la raison de nombreuses personnes, certaines se sont transformées en poussière, certaines ne sont pas encore nées. Jusqu'à ce que ma symphonie vienne ici, mon histoire et récit seront mis aux fers et conduiront les hommes comme des bêtes de somme à servir également aux besoins de pouvoir et de faiblesse. »
« Il y a des desseins éternels, desseins dont j'ai le pouvoir de mener toute vie - depuis les étoiles à l'amibe, depuis les anges invisibles aux jeunes enfants dont les ongles creusent dans la saleté des chemins difficiles. Ce chemin est vôtre, Hugelitod, et chaque pas que vous faites fait partie de mes desseins éternels, qui unifient et coordonnent l'ensemble de votre vie dans un couloir de précision sollicité par ma main. »
« Comme mes océans reflètent les cieux, comme une vague errante se débarrasse de son armure sur le rivage, je suis ici dans cette obscurité aveuglante. Me voyez-vous ? »
Hugelitod était enchanté. Trop stupéfait pour parler, et trop pris dans une âme d'un petit animal qui semblait hésitant à croire ce qu'il entendait, ou plus précisément , ce qu’il entendait. Mais, soudain, ses yeux capturèrent une forme légère, quelque chose se rapprochant d'une fleur rayonnante et chatoyante, flottant sur la mer sombre devant lui.
« Je vois une fleur, est-ce vous ? »
« Croyez-vous que le monde a besoin d'être sauvé ? », demanda la voix.
Hugelitod prit une grande respiration, son visage brillant dans l’éclat lisse de la lumière dorée. « Je crois qu’il y a le mal, et que ce mal, si laissé à lui-même, détruirait le monde. Alors oui, je crois que le monde a besoin d'être sauvé. »
« Mes desseins éternels », entonna la voix, « restent camouflés dans le vaisseau du temps, transparents comme les rayons du soleil mais vivifiants. Ils attendent leur traduction de la main du temps. J’ai supporté autant d'adoration que de vengeance haineuse pour la simple raison que je n'ai pas encore dévoilé les desseins éternels. Si l'on pouvait les voir, les comprendre, apprécier leur trajectoire, ma présence croîtrait comme une lumière irisée dans le cœur de toute vie. »
« Quand les termites minent le plâtre blanc d'un mur, le mur devient instable, et tombe finalement. Les termites mangent le plâtre car elles sont programmées par leur instinct, et ceci est la voie du mal ; c'est programmé. La vérité est brouillée par le temps ; pour garder mon image douteuse ; se tenir derrière des rideaux pour garder la foi vivante ; se plonger dans des livres pour maintenir les yeux baissés. »
« Et pourquoi ? », demanda Hugelitod. « Pourquoi la vérité devrait-elle être floue ou votre image douteuse ? Quel but possible cela sert-il ? »
« Cela permet à l'humanité d'être humain », répondit la voix avec une éloquence parfaite. « Il y a beaucoup de joie et de tristesse dans la chair enchantée, et ces expériences ne peuvent pas être artificielles comme si elles étaient des produits d’usines. Elles nécessitent une lumière oblique et la main tendue de l'évolution, mais à partir de ces sols désertiques, l'humanité peut s'élever à des états célestes aussi riches et variés que le mien. »
« Pour vivre les inspirations sans se soucier de la mort, c'est là où je prends toute vie, mais pour vivre dans cet état, pour comprendre les aveux du libre arbitre, c’est un processus ayant de nombreux détours et angles. Les équations contiennent des ravissements, une furtive métamorphose qui évite les yeux du temps comme un univers prenant conscience de lui-même. »
« L'objectif est servi quand la créature centrale de ma fabrication révèle mon alliance, et non pas comme un souvenir mais comme une action. Non pas comme un récit d'un poète, mais comme la construction d'un charpentier. Si vous trouvez un arbre sans branches, vous trouverez un système racinaire débouclé de la terre, et c'est donc avec mon alliance avec l'humanité, il attend pour faire germer des branches au-dessus et en dessous, et pour révéler les vérités supérieures afin que tous comprennent au rythme du temps. »
Hugelitod regardait la fleur flottant devant lui, descendant et montant comme sur une mer d'huile. « Et moi, alors? Quel est mon but ? Pourquoi même parlez-vous avec moi ? »
« Ceux qui ont entendu ma voix sont changés à jamais. Ceci sera aussi vrai pour vous. Les gages d'un prophète sont sa carrière, que le fouet du péché ne peut atteindre, et où la foi est dépassée par un nouveau savoir de mon monde et de son plan. À ceux-là vous enseignerez quel amour est crainte, être docile, et savoir que l'extérieur de leur monde n'est pas l'intérieur. Ils luttent dans le miroir avec ses flammes dansantes, et ils apportent du poison pour une paix sans honte. »
« Ce sont eux qui mâchent les murs vers le bas, rappelez-vous toujours de cela. Et quand les murs tombent, il n'y aura pas de serrures. Rien de réservé restera debout pour imiter le réel et le pur, car ce que j'ai mis à incuber dans le temps et l'espace est un temple de notre mélange. »
La voix se tut, comme si elle sentait que Hugelitod avait une question.
« Tout ce que je pensais savoir pour vrai », dit Hugelitod, « me fut pris, et à sa place, c'est une sorte de vérité énorme qui titube vers moi sous tous les angles possibles. On me demande de tuer un homme pour la raison de l'Église, pour mon expiation, comment puis-je concilier une telle chose ? Est-ce quelque chose que vous tolérez ? »
La fleur étincelante continuait à flotter silencieusement devant Hugelitod comme si elle calculait sa réponse.
« Le bouleversement dans votre système de croyances est en préparation pour les questions sans réponse. Lorsque vous acceptez la programmation de croire ou de ne pas croire, le gros bourdon pleure, car il signale que vous êtes un être fragile. Vous êtes tombé dans le creuset de la dévotion et du récit, où les éclats de l'humanité sont saisis par des yeux écarquillés, mais le vaisseau est invisible. »
« Pour voir cette plénitude, vous devez être préparé pour l'expansion. C'est un trésor qui est versé sur vous comme une mer de diamants, et dans sa lumière collective, vous voyez la folie de votre chemin précédent. Vous voyez bien que la lampe de votre âme n'est pas vraiment allumée par le feu, mais enflammée par un certain courant étrange et détourné d'invention humaine. »
« Dans votre monde il y a des miroirs immenses, des labyrinthes pour bannir l'âme. Le lest de la vérité est un milliard d'yeux de l'ignorance lançant les mots de fer de l'esprit dans le cœur innocent des enfants. La répétition du mensonge est le mur qui vous entoure, mais vous êtes béni avec un destin rayonnant de moisson céleste, un prophète élu dont l'esprit rompu est réparé par mes paroles. Mes paroles. »
« Il n'y a jamais une bonne raison pour prendre une vie d'un autre par vengeance, et toute personne qui demande que votre expiation soit réglée de cette façon teste seulement votre détermination. Vous pouvez jouer leur jeu si vous le désirez, mais la peau de votre cœur a été pelée par ma voix et vous ne serez jamais incertain de nouveau sauf si vous prenez la lampe de votre âme et aux plus grands vents de l'homme l'affichez en vain. »
Hugelitod se dégagea la gorge, signalant son désir de parler. « Qui est à blâmer pour l'ignorance de l'humanité? Qui a érigé ces murs dont vous parlez, et pourquoi ? Et pourquoi font-ils partie de votre conception éternelle ? À quoi sert-il de garder les hommes aveugles de la vérité ? »
« Chaque année que l'humanité a passée à marcher sur cette planète les défauts secrets de l'âme se sont fortifiés par sa séparation avec ma voix. Comme l'âme humaine est enlacée avec la matière, elle est devenue un vaisseau rejeté sur la boue, et son patrimoine de ma forme, mon essence, a été perdu dans l'exploration du limon couvrant des paysages. Au milieu de cette séparation, au creux de l'existence courante, ma création a succombé à des vérités partielles et des mensonges vagues. »
« Ne blâmez personne pour cette condition, on a commandé à l'humanité de descendre dans ces mondes de la densité et de la confusion, et de laisser une impression d’âme qui réveillerait Un Cœur. L'humanité est mon parchemin, et le récit que j'écris est en pleine expansion, croissant, purifiant, éclairant et éveillant tous les êtres à mes dessins. L'ignorance de l'humanité est comme un vent tourbillonnant qui pénètre les murs effrénés d’un ouragan et se trouve transformé en silence. L'ignorance est toujours la condition requise de l’illumination, comme vous allez bientôt vous en rendre compte. »
Sur ces dernières paroles, une impulsion d'énergie s’installa sur Hugelitod, s'enroulant autour de son corps et esprit comme un serpent d'énergie pure. Le sens profond de toute vérité qu’il n’avait jamais cherché inondait son esprit, comme s'il était leur seul réceptacle - la maison seulement. Et puis c'est arrivé. Il s'est rendu compte combien de temps son souvenir oublié l'avait poussé, comment il l’avait lui-même enterré dans le sommeil d'un tombeau de marbre noir. Perdu, mais cherchant toujours à être trouvé.
Une main animée se tendit et le pressa, reconstituant un vague souvenir antique en lui, qu'il était invulnérable à n’importe quelle malédiction humaine. Il n'était plus parmi les enfants de ses ouailles, car il voyait l'intégralité du multivers qui a été construit pour contenir Un Cœur dans la spirale toujours s’élargissant. Le battement solennel d’ailes, un essaim de lumière primale et les chuchotements sacrés d’une chanson qui unifie si parfaitement l'entouraient, et il pleura. Ses larmes étaient les seules réflexes que son corps connaissait.
Et Hugelitod vit qu'il n’y avait aucun moyen de contrefaire la vérité. La vérité est la provocation. Elle vit intacte dans les circuits primitifs qui tourbillonnent dans l'obscurité. Anonymes, ils ne peuvent être convoqués. Irréprochables, ils ne peuvent être maudits. Transcendants, ils ne peuvent être vus par les yeux ou instruments humains.
Hugelitod ouvrit sa conscience à la chambre et vit que la fleur avait disparu. C’était parfaitement silencieux, et son cœur - pour la première fois de sa vie - était vivant dans son esprit, chaque battement, sifflement, et gargouillis se présentaient. Il attendit, écoutant le rythme, sachant qu'il en avait aucune commande, mais sentant les tonalités de sa symphonie personnelle, il se rendit compte qu'il touchait la vibration même de toute vie, et tous ceux qu'il rencontrerait seraient maintenant nouveaux.

* * * *


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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Jeu 2 Fév - 20:10

Chapitre 37 - Fleur

Une paupière frêle et hésitante s’ouvrit sur un monde flou. Kamil pouvait discerner des parties d'une salle, des lumières vives, le crépitement du feu puis le bruit familier.
« Il se réveille », dit Maia avec enthousiasme. « Kamil, entendez-vous ma voix ? »
Il tourna lentement la tête, et sa nouvelle réalité commençait à s'affirmer. « Maia ? », demanda Kamil, la voix brisée d’abandon.
« Oui, c'est moi », dit-elle en souriant vivement. « Mes vœux se sont réalisés, vous êtes de retour dans notre monde. »
Kamil réussit à sourire. « Je pense que je dois vous remercier pour cela », il avala sa salive.
« Buvez cette eau », dit Maia, portant le flasque à sa bouche. « Vous aviez une mauvaise fièvre, pendant près de deux jours. Nous n'étions pas sûrs que vous en sortiez. »
« Je vous ai entendue parler de moi », dit Kamil, en sirotant un peu d'eau fraîche du ruisseau. Sa tête se mit à tourner par le simple l'effort de se soulever pour boire. Il retomba sur son oreiller, il était encore humide de sa fièvre.
Maia balaya ses cheveux de ses yeux, et lui sourit. « Je sais que le changement n’est pas dû aux souhaits, mais mes vœux étaient si forts que pratiquement personne, même Dieu, ne pouvait leur résister. »
Kamil sourit. « Merci. » Même dans son état de trouble et d'impuissance, il pouvait voir les yeux de Maia reflétaient la fidélité - le genre qui fait un homme nouveau.
« Avez-vous faim », demanda Simon debout derrière Maia.
Kamil hocha la tête. « Oui. » Il se tourna vers Maia avec un air perplexe. « Deux jours ? »
« Oui, vous étiez vraiment aux prises avec cette fièvre », dit-elle en posant sa main sur son front avec une tendresse inconsciente pour sentir sa température. « Et maintenant, vous vous sentez à peu près dans un état normal. »
« Je vais prendre un peu de nourriture- »
«Non, restez avec moi un peu plus longtemps », dit Kamil, le renforçant de ses yeux. « Je me sens comme si vous me manquiez, c'était peut-être deux jours, comme vous le disiez, mais cela me semble plus longtemps. »
Maia retourna à sa position assise, toussant quelque fumée de bois de ses poumons.
« J’apporterai la nourriture dès qu’elle sera prête », répondit Simon en arrière-plan de sa voix calme et apaisante.
Kamil ferma les yeux, tendit sa main pour tenir celle de Maia qu'elle donna volontiers. « Je veux vous rendre ceci », dit-il.
Maia sentit immédiatement la chaîne d'or dans la main chaude de Kamil.
« Merci pour me l’avoir prêtée. J'étais tout à fait conscient qu'elle était vôtre, et mes doigts ne l’ont jamais lâchée. Pas une seule fois. »
Maia sourit, se mettant à genoux un peu plus près, ses yeux bleus scrutant. « Cela m’a fait plaisir. »
« Je ne suis pas un homme qui a de l'expérience avec les femmes », dit Kamil : « Pardonnez donc ma question, mais qu’est-ce que cela veut dire quand une femme, comme vous, donne à un homme ...comme moi, son collier ? »
Pendant quelques secondes, Maia sentit son esprit vide de toute expression. Le secret prit son temps, elle se rappela. « C'était un cadeau de ma mère. C'est très spécial pour moi, et je voulais qu’une partie de moi soit avec vous, même si je dormais de l'autre côté de la pièce. »
Kamil eut un sourire léger aux lèvres, et ses yeux restèrent fermés, comme si ne voulant aucune distraction du monde extérieur. « Si je mets de côté ma fièvre, faiblesse, et toutes mes coupures, mon cœur est fort, quand je suis à vos côtés... et dans mon esprit, j'ai marché dehors et ai trouvé une fleur pour vous - une belle fleur jaune avec une tige vert clair - et je vous la donnerais si je pouvais. »
Le visage de Maia s’empourpra. Est-il possible qu'il ressente la même chose pour moi que ce que je ressens pour lui ?
« Je suis désolé si j'ai été brusque », dit Kamil, sa bouche semblant tendue, et ses yeux luttant pour s’ouvrir. « Je crains que je sois encore sous le charme de ma fièvre, et je me sens très fatigué. Je ne veux pas vous offenser, mais je dois dormir ... cela semble impossible d’y résister ... »
Maia caressa ses cheveux torsadés, échevelés de son sommeil agité. Sa respiration revint à cet état de visions induites par le rêve, et sa main, maintenue avec les tendons de l'esprit, ne lâchait pas la chaîne d'or.

* * * *


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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Lun 6 Fév - 23:07

Chapitre 38 - flèches héroïques

Bien qu’à une distance de trente mètres, Joseph savait qu'un animal était pris dans son piège. Il poussait des cris perçants comme les lapins le font quand ils se sentent acculés. Joseph pressa le pas, concentrant son attention sur l’obtention de l'animal pour leur dîner.
Comme il arrivait dans un virage sur le vestige de chemin, à peine visible même pour des éclaireurs chevronnés, il entendit un cliquetis à sa gauche. Joseph s'arrêta net dans son élan, s’accroupit instinctivement, le cœur palpitant dans sa gorge.
« Ne bougez pas d'un pouce », commanda une voix bourrue. « J'ai un canon de fusil pointé directement sur votre tête. »
Joseph maudit son malheur. Sentinelles !
« Ainsi, le mystérieux sorcier est finalement arrêté », annonça une sentinelle à son adjoint alors que tous deux approchaient avec une démarche traînante, armes au poing, pointant Joseph à l'unisson. Joseph se releva lentement avec ses mains levées, la totalité de son corps emplie d’effroi.
« Vieil homme, comment vous appelez-vous ? », demanda le grand et plus âgé.
« Je n'ai plus de nom », répondit poliment Joseph.
Les sentinelles positionnaient instinctivement leurs fusils en pointant directement la tête de Joseph, mais ignoraient sa réponse peu informative.
« Nous sommes à la recherche d'un jeune homme, blond, cheveux bouclés, grand, et il porterait un uniforme comme le nôtre. L’avez-vous vu ? »
Joseph secoua la tête. « Personne ainsi depuis de nombreuses années. »
La sentinelle aînée laissa tomber son arme à son côté et vint vers Joseph, le scrutant de ses yeux noirs. « Comment avez-vous attrapé cette ecchymose ? », demanda-t-il, en montrant la joue de Joseph.
« Je suis tombé la nuit de la tempête », dit Joseph, en essayant de cacher la panique dans la voix. « Je me suis cogné la tête sur des branches tombées. »
« Vous êtes seul ici ? »
Joseph hocha la tête. « Oui. »
« Où habitez-vous, vieil homme ? », demanda la jeune sentinelle.
Joseph pouvait entendre un écureuil rouspétant au loin, créant davantage de chaos dans son esprit. Cependant, le plus gros de ses problèmes était les bottes qu'il portait - elles étaient à Kamil - et il venait de dire qu'il ne l'avait pas vu. « Je me déplace, dors principalement dans les arbres, chasse avec mes pièges, je survis. »
Les sentinelles se regardèrent et secouèrent la tête en riant. « Qu’est-ce qu'on va faire avec ce gars? Il est complètement siphonné. »
Joseph baissa lentement les bras, poussant son pantalon vers le bas dans l’espoir de mieux couvrir ses bottes.
« Gardez vos mains en l’air », criaient les deux sentinelles.
« Nous n’en avons pas encore fini avec vous », dit la sentinelle aînée, son visage s’assombrissant.
Joseph se soumit rapidement, troublé par leur réponse colérique. Il joua une variété de scénarios dans son esprit. Il pouvait courir, il connaissait mieux ces bois que ces sentinelles, ils étaient clairement hors de leur milieu habituel, mais le sous-bois, dans cette partie de la forêt, n'était pas assez dense pour le camoufler, et il était vieux, donc courir aurait comme conséquence probablement de se faire tuer d'une balle dans le dos.
Il pourrait inventer une histoire, qu'il a trouvé les bottes flottant dans un cours d'eau après la tempête. Cela aurait probablement comme conséquence d’obtenir un aller simple pour l'avant-poste le plus proche et une série d'interrogatoires qui se termineraient mal pour lui.
S'il se présentait comme le sorcier solitaire, il pourrait être en mesure d’effrayer ces deux sentinelles, et n’importe lequel de leurs compères à l'écart, mais il n'avait aucune notion de comment faire, si ce n'est par acte fou.
« Peut-être que je pourrais invoquer l'homme que vous cherchez », dit Joseph.
« La ferme, vieux », ordonna la jeune sentinelle. « Nous ne croyons pas aux sorciers, alors ne perdez pas votre foutu souffle. »
Joseph sentit un frisson soudain alors que l'espoir d’évasion laissé par les sentinelles, grâce à une stratégie de folie, s’amenuisait.
La sentinelle aînée se tourna vers son adjoint. « Allez-vous occuper du lapin. Je ne peux pas penser avec cette chose hurlante... et rappelez-vous, c'est notre déjeuner alors qu’il soit propre. »
« Je reviens », répondit la jeune sentinelle désireuse de prouver son utilité.
Comme la jeune sentinelle se précipitait vers le lapin pris au piège, la sentinelle aînée tournait autour de Joseph, se demandant quoi faire avec le vieil homme. Il les ralentirait s'ils devaient l'escorter jusqu'à l'avant-poste. C'était un trajet de quatre jours à compter du poste le plus proche, et puis ils abandonneraient leur recherche de Kamil. Mauvais choix.
Alors qu’il tournait autour de Joseph, il scrutait ses vêtements à la recherche d'indices, mâchant une longue tige fine d'herbe. Ses yeux arrivèrent aux bottes de Joseph, ils se verrouillèrent sur quelque chose qui amena un fin sourire sur les lèvres de la sentinelle.
« Si vous n'avez jamais rencontré par hasard l'homme que nous avons décrit, comment se fait-il que vous portiez ses bottes ? »
Joseph ne dit rien, regardant plutôt ses bottes avec un regard d'apathie.
« Ne me prenez pas pour un imbécile, mon vieux », grommela la sentinelle. « Vous savez où il se trouve, n'est-ce pas ? »
Le lapin fulminait dans une cacophonie de sons et de dépit, et ensuite le verset étouffé d'une hémorragie se transmutant en un nuage de silence final - bienvenu à l'oreille - douloureux pour le cœur.
Le silence resta suspendu entre les deux hommes pendant plusieurs secondes, comme un ajustement à une nouvelle présence. Joseph ne savait qu’une chose : il ne pouvait pas divulguer la localisation de ses amis. Il savait que les sentinelles - dans le domaine des arbres anciens - étaient la seule loi, et il ne pouvait pas risquer leur jugement au sujet de Maia ou Simon. S'il pouvait en quelque sorte rendre Kamil, et seulement Kamil, Il aurait bien voulu le faire, mais cette option semblait à un millier de kilomètres de là.
À chaque seconde qui passait, Joseph sentait son monde devenir étrangement moins important. Un filet de lumière dorée hypnotique renforçait sa désaffection pour le monde, comme si son âme était à la recherche d'une sortie de son corps. Son petit monde créa un calme mental, l’acceptation de son sacrifice imminent. Cela doit être ce qu’un cerf ressent lorsque son cou est aux prises avec la mâchoire d'un loup, songea Joseph.
Une noble résignation s’installa en lui tandis qu’il appelait ses derniers pouvoirs à projeter les sentinelles hors de leur chemin. « J'ai trouvé son corps, il y a deux jours, flottant dans un cours d'eau gonflé à environ trois kilomètres d'ici. Là-bas. » Joseph indiqua derrière la sentinelle.
La sentinelle plissa les yeux, incrédule. « Il était mort quand vous l'avez trouvé ? »
Joseph acquiesça mais resta silencieux.
« Pourquoi nous avez-vous menti quand nous vous avons demandé si vous aviez rencontré cet homme ? »
Joseph sourit et rit doucement sous cape. C'est tellement compliqué.
« Pensez-vous que c'est drôle, mon vieux? L'homme que nous recherchons a tué le commandant de notre poste de garde, et quiconque empêche sa capture subira un sort assez semblable à celui du lapin. »
« Je sais », répondit Joseph, avec un ton convenablement solennel dans sa voix. « Je peux vous montrer où j'ai trouvé son corps, si cela peut aider. »
« Le problème est que je ne vous fais pas confiance », dit la sentinelle plus âgée. « C’est certainement quelque chose qui ressemble à un gros mensonge. »
La jeune sentinelle s'approcha, les mains montrant les signes indicateurs du démantèlement d'un lapin. « Avez-vous quelque chose de nouveau sur ce gars-là ? »
« Juste mensonge. Regarde ses bottes. »
« Bon sang, elles doivent être à Kamil. »
« Je vais vous donner une chance et une seule chance », proposa la sentinelle âgée avec un ton de ruse. « Si vous nous montrez où vous habitez... votre maison, nous vous laisserons libre. Nous avons besoin de nous assurer que vous n’abritez pas cet homme. »
« Je vous l'ai dit », répondit Joseph, « Je vis nulle part et partout. Je dors dans un arbre une nuit et dans une grotte l'autre. Je n'ai pas de maison dans ces bois, et je n’héberge aucun fugitif. J'ai pris ces chaussures de l'homme que vous recherchez, il est mort ... probablement quand la tempête a frappé il y a quelques jours - il m'a paru comme frappé par un éclair. »
« Vraiment », dit la sentinelle plus âgée, « et pourquoi cela ? »
« Sa tête était noire carbonisée », improvisa Joseph.
«J'ai travaillé dans ces bois depuis presque dix-huit ans », dit la sentinelle âgée avec un froncement de sourcils, « et tous ceux qui ont eu une expérience avec la foudre affirment toujours la même chose, les chaussures sont détruites - la foudre va droit aux pieds et fait frire les chaussures. Enlevez-les ! »
La jeune sentinelle acquiesça avec un plaisir gourmand de l’étau se resserrant.
La respiration de Joseph devint moins profonde comme il enlevait ses bottes et les tendit docilement à la sentinelle.
La sentinelle les examina puis jeta les bottes par terre. « Ces bottes sont remarquables si Kamil a été frappé par la foudre : elles sont absolument normales. Un autre mensonge, mon vieux ? »
« Peut-être qu'il a tué Kamil », proposa la jeune sentinelle, en chuchotant sur le côté de sa bouche à son compagnon.
« Je vous ai donné une chance, et vous m'avez offert des mensonges en retour », dit la sentinelle aînée, dirigeant son regard sur Joseph. Elle cherchait sur le visage de Joseph quelque signe qui allait sceller son sort ou un indice qui rendrait la piste amère et froide de Kamil brusquement visible.
Joseph baissa légèrement la tête ; debout pieds nus face à des canons de fusils qui semblaient désireux d'être appelé avec la pression d'un doigt.
« Vieil homme, vous souciez-vous si peu de votre vie que vous nous cacheriez ce meurtrier? Avouez, où est-il ? »
Joseph, ne sachant pas comment réagir, resta silencieux, mais secouait la tête doucement tout en examinant le sol devant lui. Les fougères d’un vert vibrant avec leurs ombres sépia voletaient dans la brise comme les vagues ornées de bijoux caressant la terre. Les mousses molles et les lichens d'or avaient gravé à l'eau-forte le chemin subtil comme des marqueurs.
Et alors qu'une autre couche de son monde se dissolvait, et sa taille devenait si petite qu'il avait peine à se sentir humain. Les portes sont incompréhensibles. Il pouvait sentir la tension monter dans les sentinelles pendant qu'elles chuchotaient entre elles, mais son âme avait déjà atteint l'extérieur en faisant un puissant signe, un rythme palpitant se formait autour de lui et il perdit le sens de son environnement.
Un bruit aveuglant fut son dernier souvenir de son corps, comme il s'effondra lentement, reçu par une infime partie d'une terre en pleurs. Joseph fut dégainé de son corps avant qu’il touche le sol, et il entendit un appel de son nom qui s'amplifia jusqu'à ce qu'il puisse l'entendre clairement. « Joseph, la proie est le vainqueur. Vous n'avez plus aucun périmètre pour vous contenir. Nous allons prendre votre main loin de ce courant congelé et nous déplacer au-dessus des voies fragmentaires terrestres. Et là, vous pourrez courir victorieux dans les prairies chauffées par le soleil où l’âme composite peut conseiller une fois de plus les rois et être l'étincelle incandescente qui illumine la voie ascendante de l'humanité. »
L'âme de Joseph se sentait comme si elle s'était égarée, peut-être qu'une partie de lui avait été laissée en un lieu qu'il ne visiterait jamais, mais la voix qui l'appelait avait assemblé un monde nouveau pour lui, élaboré à partir d'un levain orphique qui entraînerait son esprit à s'élever si loin du masque humain que les flèches héroïques du Cœur Unique feraient enfin son envolée.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Sam 25 Fév - 21:24

Chapitre 39 - Plan Royal

Quand Karnomen entra dans son bureau, l'odeur du cuir le salua, se mêlant hardiment à l'arôme toujours présent du thé épicé au gingembre. Son bureau était occupé par une petite pile de parchemins vierges, et juste à côté il y avait une caisse en bois sculptée de manière spectaculaire avec des bords cerclés d'or, des charnières en laiton massif et un verrou bouclé. Comme il était sur le point d'achever le livre qui faisait la chronique de ses vingt-huit années d'interaction avec l'Oracle, Karnomen avait demandé que le tome entier soit apporté à son bureau pour un examen final. Il voulait également ajouter au volume sa décision de rendre l'Oracle au roi Levernon.
Chaque page était manuscrite avec un soin parfait et une attention au détail. Seuls deux exemplaires étaient généralement créés, l’un était stocké dans les archives du scriptorium du monastère, scrupuleusement protégé par plusieurs niveaux de sécurité, et l'autre exemplaire était conservé dans une chambre secrète cachée dans le temple souterrain protégé par le gardien et Lecteur de Vérité, Doriah.
Le volume de Karnomen serait le trente-troisième de la collection complète qui enregistrait la sagesse et la prophétie de l'Oracle de Dohrman. Il savait que ce ne serait pas le dernier volume, mais une partie de lui souhaitait qu’il soit le dernier de sa lignée. Comment pouvons-nous extraire plus de l'Oracle. Nous savons trop bien ce qu’il est.
Karnomen s’installa dans son fauteuil et, avec un léger frisson en son cœur, ajusta ses lunettes de lecture et commença son addendum au volume trente-trois. Il n'y avait aucun doute dans son corps qu’après avoir terminé son addendum et la transaction du Pacte, il mourrait. L'Oracle lui avait dit, le saisissant d'une fatalité irrévocable qu’il regrettait souvent de ne pouvoir dissimuler. Mais il avait appris que la curiosité devient une forte dépendance lors du face-à-face avec un Oracle, en particulier pendant les vingt huit années à concevoir des questions.
Une grande partie de ce qu'il savait était de nature personnelle et ne serait jamais incluse dans son volume. Son prédécesseur, l'Initié Suprême Abaddon, l’avait prévenu qu’enregistrer la vérité de ce que l'Oracle explique est une tâche banale, mais la tache vitale, séparer le personnel des vérités universelles est l’art. Il lui avait conseillé d’être prudent que seules les vérités universelles soient saisies dans la Prophétie de Dohrman. Tout ce qui est d’ordre personnel est laissé dans le journal privé du Premier Initié lequel est automatiquement légué à son successeur choisi.
Karnomen, après avoir lu journal de son prédécesseur comprit soudainement comment formuler ses propres questions à l'Oracle - celles concernant la défense du pouvoir, la conduite de l'Église, la protection contre les ennemis, le choix d'un successeur, et le plus important de tout pour Karnomen : « quelles sont les tâches que je dois accomplir avant que je meure ? »
Bien sûr, Karnomen avait modifié la question pour inclure un temps spécifique et la nature de sa mort, mais cela s’était avéré, avec le recul, être un choix mal avisé. Maintenant, presque chaque minute de sa vie éveillée, il estimait que chacune des réalisations qu’il achevait était un pas vers le balayage de la faux, aérienne, et surveillant toujours l'achèvement de ses tâches, alors elle pourrait plonger de la transparence du ciel et recueillir sa greffe incorporelle de Dieu, et la remettre dans les mondes lointains du ciel.
Il attendait ce signe secret du destin.
* * * *
Bartholem entra dans la chambre de préparation de Samuel avec un mélange de curiosité et d’appréhension. Il savait que son meilleur ami était un stratège magistral, mais il savait aussi que Samuel étendait souvent sa préhension bien au-delà de sa compréhension, et l'Oracle était une telle proposition. Il était une énigme, peut-être pas pour l'Église qui fut son gardien pendant trois cents ans, mais pour le Conseil Royal. Pour eux, il pourrait aussi bien être un extraterrestre. C'était peut-être un extraterrestre, pensa Bartholem. Une sonde des dieux, un usurpateur de la sagesse humaine, taillant son chemin vers la suprématie, une institution à la fois.
C’était une journée chaleureuse, et l'équipe réunie était petite, mais influente. Bartholem se sentait hors de son milieu - un vieux médecin qui vivait seul, à l'aise que dans la médecine, se forçant toujours à comprendre les affaires de l'État, mais Samuel avait insisté pour qu'il soit présent dans cette équipe d'évaluation.
Hafara se tenait à l’extrémité d'une grande table rectangulaire, tel un pendule au point mort, incertain de l'endroit où se déplacer ensuite. C'était un homme grand et imposant dans tous les aspects, et il gouvernait la Maison Royale qui supervisait le développement de la technologie militaire. Il était un associé du Docteur Hano qui était également présent, dégustant un thé avec les jambes croisées et examinant le journal du matin avec un maigre intérêt.
Samuel fit rapidement le tour de la salle avec les dossiers dans une main et ses lunettes de lecture dans l'autre. « Bonjour, Bartholem, heureux que vous puissiez vous joindre à nous. »
« Oui, eh bien, je ne suis pas sûr que je puisse ajouter quelque chose à ce débat », avoua Bartholem, « mais il est bon d'être en votre présence une fois de plus, mon bon ami. »
Par les fenêtres, les collines dans le lointain étaient illuminées par les premiers rayons du soleil et le ciel avait une teinte lavande adoucissant l'horizon.
« Je vous remercie d'être venu si tôt », annonça Samuel. « J'ai choisi de monter cette équipe à partir d’une poignée de membres du Conseil Royal. Chacun de vous doit signer le document que je remets, qui stipule que l’entière présente session, et toutes celles qui pourraient suivre, doivent être tenues dans le secret absolu. Vous ne pouvez parler à personne de la conversation que nous aurons dans cette salle, sauf à notre roi, bien sûr. Est-ce clair ? »
Un murmure étouffé résonna dans la salle tandis que les trois participants acquiescèrent. Hafara s'assit et signa rapidement son document sans le lire, le poussant à travers la table à Samuel avec un regard curieux dans ses grands yeux de hibou. Le Docteur Hano et Bartholem jetèrent stoïquement un coup d’œil au document, non alarmés par les fines précautions juridiques et les menaces polies de mort, et signèrent leurs documents de concert.
Les trois invités attendaient patiemment pendant que Samuel rassemblait les documents juridiques sur la table, vérifiait les signatures avec un regard fugace, et les plaçait dans un dossier portant la mention : Équipe Évaluation Oracle
Samuel, toujours debout, sortit trois dossiers d’une valise sur la table, et en remit un à chaque invité. « Comme chacun d'entre vous le sait, nous sommes en négociations finales avec Karnomen pour acquérir un artefact que l'Église nous a caché depuis plus de trois cents ans. Cet artefact a la réputation d’être un oracle, bien caché et gardé sur leurs propriétés, quelque part au fond de la forêt Dohrman, probablement dans un rayon de seize kilomètres du monastère lui-même. »
« Karnomen a présenté un pacte, dont une copie figure dans vos dossiers. Ce pacte prévoit un État indépendant pour l'Église, et en retour, l'Église coopère en nous fournissant un accès sans entrave à l'oracle - en effet, nous possédons non seulement l'oracle, mais le terrain sur lequel il réside et son système de sécurité - »
« Excusez-moi », interrompit Hafara, « mais que nous savons sur ce système de sécurité? Et encore plus urgent, pourquoi voulons-nous accepter ce pacte sans preuve que l'oracle soit en effet utile à notre ordre du jour ? Simplement parce qu'il sert Karnomen et son Église, cela ne signifie pas qu’il va nous être utile. »
« Levernon a déjà pris la décision de signer le pacte », annonça calmement Samuel. « Si nous déterminons que l'oracle nous est inutile, le pacte sera rompu. Nous avons au moins trente jours avant que le pacte soit scellé officiellement. Pendant cette période, nous aurons plusieurs occasions d'apprécier la valeur de l'oracle et de déterminer notre ligne de conduite. »
« Quant au système de sécurité qui protège l'oracle, nous ne savons rien à ce sujet, mais cela changera lorsque nous aurons notre première présentation sur le site de l'oracle. »
Docteur Hano s’éclaircit la gorge. « Si Levernon a déjà pris sa décision, quel est le rôle de ce groupe ? »
« Il nous incombe », expliqua Samuel, « de déterminer la valeur de l'oracle dans le délai de trente jours après la signature du pacte. »
« Quand Levernon a-t-il l'intention de le signer ? », demanda Bartholem.
« Il le signera demain ... à moins que cette équipe émette des réserves. »
« Il s'agit d'une proposition sans risque », dit Hafara, regardant par-dessus les papiers de son dossier du projet. « Je n'ai aucun scrupule que ce soit. J'ai, cependant, quelques questions concernant l'éventualité de notre succès. »
Hafara s'adossa à son fauteuil, faisant des gestes avec ses bras énormes. « En supposant que notre évaluation soit positive, que nous trouvions cet oracle ... coopératif et utile, qui en aura l'accès? Qui sera responsable de sa protection ? Le Conseil royal se compose de nombreux intérêts et programmes différents ? - Qui ne sont pas tous compatibles. Chacun aura-t-il l'égalité d'accès à l’oracle ? »
Avant que Samuel puisse répondre, Docteur Hano ajouta sa propre préoccupation. « C'est une chose, j'en conviens, mais le plus grand problème est si l'évaluation n'est pas claire ou équitable. Par exemple, peut-être l'oracle répondra à certaines questions, et fera la sourde oreille à d'autres. Peut-être sa perspicacité est parfaite dans le domaine de la religion, mais dans le domaine de la science il est complètement aveugle ou incompétent. »
« Ce n'est pas secret que je doute de la validité de l'oracle. Je trouve toute l'affaire, très franchement, être un conte de fées romantique, et guère plus. Pour moi il est plus probable que l'Église troque son oracle mythique pour l'indépendance car elle sait que l'oracle est soit déficient, soit récemment inutile. Nous avons la preuve qu'ils prévoyaient de détruire l'oracle. Pourquoi ? Pourquoi Karnomen ferait une chose pareille s'il avait tant de valeur qu'il puisse être utilisé comme une reconnaissance étatique ? »
Bartholem se pencha en avant, appuyant sa canne contre son fauteuil. « Comme vous le savez, j'ai passé huit ans en compagnie de Karnomen et beaucoup de ses Grands Initiés. D'après mon expérience, il ne fait aucun doute qu'ils croient en la sagesse de l'oracle. Ils le tenaient en haute estime que lorsqu'ils parlaient de lui, je sentais très bien qu'ils parlaient de Dieu. »
« Quant à votre autre point, la destruction de l'oracle était prévue parce que l'oracle lui-même avait prédit qu'il utiliserait un des Grands Initiés de l'Église pour détruire l'Église. Je crois que Karnomen avait l'intention de détruire l'oracle parce qu'il pensait que le Co-conspirateur de l'oracle était un nouvel initié ayant pour nom Hugelitod, et la prophétie était sur le point de devenir réalité- »
« Messieurs », Samuel martelait la table doucement avec sa main ouverte, comme s'il tapotait un chien familier. « Nous avons suffisamment de preuves que l'oracle soit bien réel, et que Karnomen ne nous prend pas pour des imbéciles. Il connaît le résultat de perdre notre temps précieux, nous allons donc faire quelques hypothèses. Premièrement, l'oracle sera précieux pour tous les constituants du Conseil Royal. Deuxièmement, ceux qui sont dans cette salle - sauf le bon docteur - auront le premier accès à l'oracle et troisièmement, une fois que cette équipe fera son évaluation finale et unanime, nous affirmerons nos recommandations quant à qui parmi le Conseil Royal - en dehors du roi et de cette équipe - devrait avoir accès et à quelle fréquence et avec quels protocoles. »
Le visage de Samuel tressaillit légèrement et il prit une profonde inspiration. « Pouvons-nous nous mettre d'accord sur ces hypothèses ? »
Un chœur muet de hochements de tête salua la question de Samuel. « Très bien, alors. Commençons par ces hypothèses. En utilisant celles-ci comme base pour développer notre plan, y a-t-il quelqu'un parmi nous qui souhaite lancer une réserve ? »
Samuel jeta un regard à chacun de ses invités, qui secouèrent leur tête tranquillement. « Quand le roi signera le pacte et nous le ferons, aussi rapidement que possible, nous fixerons une date pour inspecter l'oracle et le site sur lequel il est installé. Le scellement officiel du pacte se produira trente jours après notre première inspection, mais avec des itérations légales, il est fort probable que cela prendra du temps. »
Hafara leva les yeux de sa lecture du pacte, le visage impassible, fatigué des mots drapés dans un jargon juridique. « Il n'y a rien dans ce pacte qui spécifie la transition de la propriété. En fait, je ne vois rien qui empêche l'Église d'utiliser l'oracle une fois qu'il sera affecté au roi. Il s'agit soit d'un oubli flagrant, ou d'une omission prévue. De toute façon c'est inacceptable. »
Samuel, avec un ton courtois et ambassadeur, masquant l'indignation à la suggestion que lui, avec son intelligence considérable, aurait pu manquer une telle omission, lui lança un sourire circonspect. « Mon bon ami, J'ai déjà pris la liberté de créer une liste de ces éléments au sein du pacte qui sont obtus, inutiles, redondants, ou qui négligent autrement nos besoins. Cette liste est incluse dans votre dossier projet, à l’Annexe B. Je voudrais que chacun d'entre vous examine cette liste, parce que ce que le roi signera est un pacte provisoire, dépendant de la résolution de ces articles ... ce que nous supposons nous prendra un minimum de trente jours pour résoudre, par conséquent, la fenêtre de notre évaluation. »
Hafara se déplaça à l'Annexe B, tandis que Samuel lui expliquait. « C'est une bonne liste, Samuel. Je suis sûr que vous avez tout pris. Je suppose que notre personnel juridique prendra soin de la rédaction de notre pacte officiel. »
Samuel acquiesça avec un air satisfait sur son visage. « Ils le feront. »
Bartholem se tortillait dans son fauteuil, en lisant la liste de l'annexe B. « Je suis d'avis que Karnomen gardera chaque parole qu'ils ont écrite de l'oracle. Rappelez-vous, ils s'appuient sur la sagesse de ce ... cette technologie pendant trois cents ans, notant chaque parole. Cette collecte est inestimable pour les Grands Initiés, et aussi près que j'en suis arrivé de Karnomen il ne m'a jamais divulgué une seule de ces paroles. Si nous lui demandons de retourner l'ensemble de leurs écrits, il niera qu'ils existent, et nous parviendrons à une impasse. »
« Que suggérez-vous, alors ? », demanda Docteur Hano.
« Retirez-le de la liste de nos conditions », dit Bartholem.
Samuel tendit sa main pour faire taire toute discussion ultérieure. « Il n'y a rien dans l'annexe B qui ne soit pas négociable, y compris la clause de partage des documents précédents. Je vous remercie de votre analyse, Bartholem, mais le respect de Karnomen à notre liste n'est pas nécessaire si nos prévisions sont précises. Si, toutefois, nos hypothèses sont, laissez-moi dire, trop optimistes, alors la liste deviendra immédiatement non négociable. »
« Le roi est bien conscient de la légende de l'Oracle de Dohrman Il possède des manuscrits anciens qui mentionnent son existence. Sa légende fut une curiosité pour le roi ... peut-être même une obsession tranquille, inexplicable. Ne vous méprenez pas...; notre roi veut que nous lui livrions l'oracle avec le plus grand nombre de ces conditions intactes que possible, mais si nos hypothèses se révèlent exactes, il est prêt à jeter l'annexe B au feu. »
« Pourquoi l’obsession est-elle si forte ? », demanda Hafara. « Les légendes, le plus souvent, sont comme de fausses perles qui se transforment en poussière au moment où vous les comprimez un peu. » Les doigts grassouillets de Hafara mimaient l'écrasement de perles.
« La Maison Levernon a une très longue histoire », renvoya Samuel, « et il y a beaucoup d'histoires - transmises d'une génération sur l'autre - qui parlent de l'oracle. Si l'oracle est tout ce qu'il croit qu'il est, il va transformer notre État avec la connaissance et les idées d'unifier les états belligérants en vertu de notre constitution et contrôle, ce qui est l'objectif central de la Maison Levernon depuis plus d'un siècle : unifier et fusionner ainsi le monde peut vivre en paix. »
« Sauf l'Église », remarqua Docteur Hano d'un ton sarcastique, « puisqu'elle aurait l'autonomie gouvernementale. »
Samuel rejeta le commentaire. « Plus de questions ou commentaires ? »
« Juste une », dit Docteur Hano. « Karnomen mentionne-t-il pourquoi il est si attentif à l’autonomie ? »
« Pas explicitement, mais il a suggéré qu’avec l'indépendance de l'État, l'Église pourrait se développer plus facilement vers d'autres pays -. En d'autres termes, l'expansion de l’État alourdit l'expansion de l'Église. »
« Vous savez ce qui encombre l'expansion de l’Église ? », intervint Hafara. « Les chefs religieux qui sont en décalage par rapport à leur temps Ils peuvent imputer leurs réductions de nombres à notre expansion militaire s'ils veulent, mais ils doivent se regarder dans le miroir, et faire quelques changements - quelque chose qu'ils n'ont pas fait en quelques centaines d'années. »
Samuel jeta un regard à Bartholem, et durant un bref moment, passa sa gêne par la voie de ses yeux à son meilleur ami, espérant une lueur d'empathie, qu'il reçut dûment. « Oui, eh bien, votre point de vue est largement partagé, j'en suis sûr, du moins parmi les Maisons Royales. »
Chacune des Maisons Royales jouait un rôle spécifique au sein du Conseil Royal, et chaque Maison possédait une présidence au Conseil qui était composé de quinze membres. Les Maisons, par ordre d'importance à Levernon, étaient : Royale, de la Planification, de la Finance, de la Justice, Militaire, des Relations étrangères, de la Technologie, des Biens fonciers, de la Production alimentaire, des Ressources minérales, Pétrolière, de la Science, de la Santé, du Travail et de l’Éducation.
Un représentant familial qui, dans la plupart des cas, possédait plusieurs générations d'expertises accumulées et avait évolué pour les compétences requises, les relations, l'ambition et l'astuce afin d’être choisi par le roi, gérait chaque Maison. Certaines de ces Maisons Royales opéraient dans leur domaine d'expertise depuis plus de deux cents ans, période pendant laquelle elles avaient établi une emprise sur leur présidence au sein du Conseil Royal.
Il y avait quelques Maisons qui étaient détenues par des experts reconnus depuis une seule génération ou, plus rarement, aussi fugace qu’un petit nombre d'années. Les Maisons qui nécessitaient le génie et la créativité vives avaient tendance à être éphémère - Samuel et le Docteur Hano étaient des exemples éclatants - des personnes d'origines humbles qui avaient des esprits brillants, qui ont littéralement été catapultées dans la direction des Maisons Royales.
Hafara se redressa, les yeux troublés par une pensée lointaine. « Pourquoi avez-vous appelé l'oracle, précédemment, une technologie », demanda-t-il en se tournant vers Bartholem.
« Je crois que je ne sais pas comment l'appeler », répondit Bartholem. « Il est réputé être extraterrestre, extérieur à notre planète ... Je suppose que, par conséquent, il doit s’agir d’une technologie très avancée. »
« Mm-hm », marmonna Hafara principalement à lui-même. « Extraterrestre, en effet. »
« Je comprends que spéculer est un passe-temps enviable », dit Samuel, « mais je pense vraiment que notre temps doit se concentrer sur ce que nous savons, et sur cette base, ce que nous devons faire. Nous allons nous réunir ici dans deux jours, même heure, si ce n'est pas trop tôt Soyez prêt à discuter de nos protocoles en ce qui concerne notre première rencontre avec l'oracle. Puis, nous pourrons mettre nos spéculations de côté et faire face à cette chose - quelle qu'elle soit - comme bon nous semble. »
Samuel ramassa quelques dossiers en face de lui et se mit debout. « Nous allons lever la séance pour le moment. Merci encore de votre participation ... et souvenez-vous que j'ai recueilli vos signatures. »
Sur ce, Samuel se retourna et sortit de la chambre à un rythme soutenu, bien en retard pour une autre réunion.
Le Docteur Hano secoua légèrement la tête. « Cet homme est impliqué dans tous les domaines. »
« La Maison de Planification est partout », murmura Hafara d'une voix qui dansait entre l'admiration et l'envie. « Elle est partout. »

* * * *


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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Lun 27 Fév - 23:20

Chapitre 40 - Un Million de Questions

N'ayant pas de lumière, Hugelitod descendit lentement de la table haute, mais ce faisant, et en dépit de son attention, il parvint à renverser la lampe torche avec son pied, et dès qu'elle atteignit le sol, une éblouissante lumière bien que mal orientée emplit la chambre. Un sentiment de soulagement déferla sur Hugelitod alors qu’il se baissait pour ramasser la lampe torche comme on le ferait d’un petit oiseau sans défense.
Comme Hugelitod entrait dans le corridor, le faisceau de sa lampe torche éclaira une autre chambre avec une entrée voûtée d'environ six mètres plus loin dans le passage, et au-dessus il y avait une forme qui ressemblait à un œil, sans pupille. Un œil vide, pensa Hugelitod, ou peut-être un œil aveugle.
Son corps bourdonnait encore de son expérience antérieure dans la chambre de l'oreille, et il se demandait si son corps et esprit seraient capables d’absorber une stimulation supplémentaire d’une nature éthérée, mais sa curiosité était fidèle à ses jambes, et il se trouva guidé vers l'entrée de la chambre de l’œil vide.
Comme il marchait à l'intérieur, il remarqua que la chambre avait une forme différente de la précédente, elle était beaucoup plus grande. Elle avait un profil rectangulaire, et debout au milieu de la chambre il y avait un grand monolithe relativement mince en cuivre, ou une sorte de métal doré. Se pourrait-il être de l’or ?
Près du sommet du monolithe il y avait une forme noire, à peu près la même forme que l’œil vide au-dessus de l'entrée, seulement plus grande. Le monolithe mesurait au moins trois mètres de haut, environ un mètre de large, et semblait avoir une épaisseur de seulement vingt cinq centimètres. Il était fixé sur le sol de pierre avec une base de pierres semi-transparentes, fusionnées en un complexe mosaïque. D'un côté, il y avait des gravures géométriques de quatre étoiles à sept branches reliées entre elles, une en haut, deux au milieu, et une autre en bas.
Face au monolithe il y avait un socle de pierre qui semblait convenir pour se tenir debout dessus afin de scruter directement dans l'œil. Le piédestal portait également une gravure représentant un système numérique complexe ou peut-être mathématique. Cette ancienne tribu connaissait les mathématiques ?
Hugelitod monta d’un pas hésitant sur la plate-forme et braqua sa lampe torche sur l’œil, qui s'avéra être découpé, le faisceau de lumière illuminait donc l’arrière du monolithe, invitant Hugelitod à regarder vers le bas la travée de son intérieur. Soudain, l’idée lui vint à l'esprit que la forme d'œil ressemblait à une bouche ouverte, et il avait le souvenir étrange des lèvres de sa mère lui récitant des prières. Il eut immédiatement la chair de poule à ce souvenir, et il se tint comme un édifice de pierre pendant quelques instants alors qu’il revivait l'expérience de la voix de sa mère.
Si c'est une bouche, alors peut-être que je dois parler dans cette chose, pensait-il. Ou l’écouter... non, la chambre de l'oreille était pour l’écoute.
Il porta son attention sur la gravure géométrique, et remarqua pour la première fois qu’elle était légèrement saillante du reste du monolithe. Elle ressemblait à un énorme bouton. Hugelitod sentit sa main se déplacer vers l'amas d'étoiles, et il commença à toucher les points de l'étoile, comme s'il était guidé par un souvenir murmuré caché si profondément en lui-même que s’il y pensait il reculerait de peur. Ne pense pas, se dit-il.
Le panneau de formes géométriques s’enfonça tout à coup alors qu'il retirait sa main, et la face du monolithe devint soudainement lisse, comme si le groupe n’avait jamais existé. Je rêve ou j’hallucine ?
Il resta un instant sur la pointe des pieds et sa lampe torche braquait tout le long du monolithe. L'angle était trop aigu pour voir le fond même, mais il était vraiment creux. Il frappa sur l'extérieur avec ses doigts pour confirmer ses soupçons, mais au lieu d'un bruit métallique et creux, il entendit le tintement d’un son mélodieux. Il se pencha plus près, et sans réfléchir, murmura à voix haute, « qui êtes-vous ? »
Sa voix se répercuta vers le bas de l’axe d'or comme si elle était escortée vers un lieu éloigné. Il écoutait attentivement, dans le silence parfait de la chambre, car sa voix - juste un chuchotement fantasque - voyageait loin vers une certaine sagesse rassemblée qui avait disparu dans l'espace. Et comme il ne pouvait plus l’entendre, il demanda à nouveau, mais avec plus de force. « Qui êtes-vous ? »
Une voix, semblable à la voix de la Terre, répondit. « Je suis l'oracle, et je suis à votre service. Qui êtes-vous ? »
Le son harmonieux entra dans ses oreilles comme une belle musique, codée avec une image de mystère. Hugelitod était sans voix. Il tenta de bouger sa bouche pour répondre, mais c'était comme si son visage était paralysé et sa langue l'avait abandonné.
« Je suppose que c'est vous, Doriah », répondit l'Oracle dans le silence, « puisque vous avez accès à mon temple. »
Les pensées de Hugelitod filaient. L'Oracle pense que je suis Doriah ? Je dois m'expliquer. Mais ses efforts pour parler étaient vains. Ses lèvres étaient bien fermées par une force invisible, et une sensation de peur commença à augmenter de façon incontrôlable.
« Avez-vous une question à me poser ? », demanda l’Oracle avec un calme absolu.
J'ai un million de questions, cria Hugelitod à l'intérieur de son esprit, mais pas de langue pour les énoncer !
Hugelitod chercha une explication possible pour comprendre pourquoi il était soudainement muet. Peut-être avait-il négligé un protocole ou un rituel ? Il braqua sa lampe torche sur les parois de la chambre, à la recherche de quelque chose qu'il avait oublié de faire. Les parois de la chambre étaient couverts de diverses gravures, mais aucune d'entre elles ne suggérait une action qu'il dût effectuer ni les signes avant-coureurs d'un rituel. Il pensa alors à l'emplacement de l'Oracle dans les bois et se souvint que certains glyphes devaient être touchés, mais il avait déjà activé l'amas d'étoiles et cela semblait ouvrir le canal, il n'arrivait pas à parler.
La seule chose qui restait à toucher était la bouche découpée au sommet du monolithe. Il tendit la main, en gardant sa lampe torche pointée sur l'ouverture, comme s'il avait peur que quelque chose allât l'atteindre et l'attraper.
« Je n'ai pas entendu votre question, Doriah. Veuillez la répéter », la voix de l'Oracle se répercutait mélodieusement jusqu'à l'axe du monolithe et dans le crâne de Hugelitod comme une constellation scintillante de sons.
Hugelitod toucha la bouche, passant la main sur le bord, et sentit une secousse d'électricité parcourir son bras, et ensuite, tout son corps. Il cria en état de choc, à voix haute.
« S'il vous plaît excusez-moi, Doriah, mais je n'ai pas compris votre question », lui répondit la voix de l'Oracle innocemment.
Hugelitod avait trouvé sa voix, quoique la piqûre du choc ait laissé son corps et esprit chancelants. « C'est ... c'est Hugelitod qui s'adresse à vous », parvint-il à laisser échapper.
« Hugelitod ? », répondit l’Oracle avec une surprise évidente. « Doriah est-il avec vous ? »
« Il l'était, mais m'a laissé seul à l'intérieur de ce temple souterrain. Je suis tombé sur ce ... ce monolithe et je viens de comprendre comment vous parler. »
« La mémoire est une chose merveilleuse. Avez-vous une question pour moi ? », demanda l'Oracle.
Hugelitod détecta une belle lenteur dans la voix de l'Oracle - calme, ouverte, et pourtant singulièrement différente de ses autres rencontres. « Vous souvenez-vous de nos précédentes rencontres ? », demanda-t-il.
« Oui », répondit l’Oracle.
« Vous m'avez chargé de renverser l'Église, vous souvenez-vous ? »
Il y avait une teinte d'égarement dans sa question, mais surtout de la colère juste.
« Oui », fut la réponse laconique.
« Pourquoi? Pourquoi moi ? Comment puis-je éventuellement faire une telle chose ? »
« Ceci exigera que vous compreniez l'ensemble de la scène sur laquelle cette prophétie se base. Êtes-vous prêt à écouter mon explication ? »
« Oui, bien sûr », s'écria Hugelitod. « Cette question m'a absorbé depuis mon initiation. Je serai heureux d'écouter. »
« Vous êtes comme un complice innocent », commença l'Oracle, « qui découvre les imperfections dans votre monde, et les accepte comme la vie - la façon dont les choses sont. Les rencontres sournoises, les passages sombres dans les livres saints, les promesses non satisfaites de lumière, la luminance couverte, et dans chaque rencontre vous pardonnez, oubliez, et passez dans une banale création de connaissance recyclée. »
« Vous êtes venu dans mon monde et m'avez trouvé comme un éclaireur mercenaire qui cherche son ennemi et au lieu de cela, vous avez découvert que son ennemi est son salut- »
« Vous êtes mon salut ? », interrompit Hugelitod avec un peu de cynisme. « Grâce à vous, je fus presque exilé en prison pour le reste de ma vie. Même parler avec vous aujourd'hui peut annuler la bienveillance à mon égard de mes frères initiés. »
« Et pourtant vous êtes ici, dans mon temple, parlant avec moi ... encore une fois », fit remarquer l'Oracle.
« J'ai dit que j'écouterai », confessa Hugelitod, « et donc je le ferai. Veuillez continuer. »
« Quand je fus découvert par le premier de votre civilisation, j'ai trouvé un homme qui était honnête et cherchait à utiliser ma sagesse au profit de tous ceux qui désiraient écouter. Je lui ai fourni le premier volume de La Prophétie de Dohrman qui est devenu notoire ces derniers temps. Ce volume fut volé par le Premier Initié initial de l'Église et fut caché au public. Cet homme, que vous appelez Primorian, s'est approché de moi et a proposé de transcrire la sagesse que j’ai apportée ici pour la diffuser. Je lui ai offert de coopérer à la condition qu'il la partage, mais sa participation fut limitée à un très restreint cercle interne de prêtres. »
« Ce groupe d'élite de prêtres se fit appeler l'Ordre des Seize Rayons. Chaque dirigeant ultérieur de l'Ordre suivait la même promesse, partager les connaissances obtenues de moi, mais au lieu de cela, ils ont réalisé des volumes manuscrits et les ont enfermés loin dans une chambre forte secrète. Aucun des écrits ne fut porté à l'attention du public. Je crois comprendre les raisons de ce secret, mais cela reste la patine noire de la direction de l'Église, et comme je l'ai prophétisé, elle changera un jour. »
« Vous êtes le catalyseur de ce changement, Hugelitod », la voix de l'Oracle flottait jusqu'à l'axe du monolithe avec un registre différent d'approbation. « Vous ne pouvez pas apaiser l'Église, vous êtes né pour me partager avec le public, je suis tel un centre apaisant que toute l'humanité cherche en vue de trouver une cohérence dans la tourmente d'idées qui circulent comme des vents secs et furieux. Les vérités partielles accablent la volonté de chercher, et ceci est la grande souillure de l'Église et de l'État, et elle sera détruite. »
« Les Grands Initiés pensent que la connaissance est trop expansive pour que les esprits inquiets des citoyens ordinaires la comprennent ou s'en préoccupent. Ils plaident en faveur de la retenue, de la restriction et de l’épuration. Ils le font parce qu'ils veulent être les donateurs du salut et les cartographes de la demeure de la Vérité. Leurs actions, cependant, sont en contradiction avec cette aspiration, et prouvent plutôt qu'ils sont les bergers de l'humanité pour les palissades de la peur et de l'ignorance. »
« Je ne prétends pas comprendre les limitations de l'humanité, mais ma mission est d'offrir ce qui est Réel à ceux qui le recherchent, quelle que soit leur couleur, croyance ou condition sociale dans la vie. Si ma vérité tombe sur des oreilles sourdes au sein de votre civilisation, alors qu'il en soit ainsi, mais au moins l'opportunité aura prévalu à tous et chacune. Si certains au pouvoir prennent cette vérité et la malmènent, si ce sont des personnes qui avilissent la vérité, ils seront rejetés de la famille humaine, et ils pleureront pour que des mains généreuses les guident en retour. »
« Il n'y a personne pour servir d'intermédiaire. Il n'y a personne pour jouer un calcul avec le Réel. Ce qui est Réel n'est pas donné à l'interprétation ou l'abus. Si les voies d'accès vers le Réel ne sont pas empruntées, qui est à blâmer ? Est-ce moi ? Est-ce l'Église ... l’État ? Est-ce la race humaine qui a volontairement cédé aux demi-vérités ? »
L'Oracle s'arrêta un instant. « Est-ce vous, Hugelitod, qui refusez votre appel intérieur le plus profond ? »
Un grand fossé entourait Hugelitod pendant qu'il écoutait l'Oracle. Il se sentait abandonné de tous et tout. Il sentait qu'un précipice d'une profondeur inconnue se trouvait en face de lui comme une chimère divine, le pressant de sauter, ne lui promettant rien.
« De vous », dit Hugelitod : « Je connais un peu vos buts, mais vous n'offrez aucun plan, stratégie ou même la probabilité de succès, et pourtant vous êtes l'Oracle. Comment est-ce possible ? »
« Ma connaissance de l'avenir est confinée aux résultats », répondit l'Oracle, « pas nécessairement le processus par lequel les résultats entrent dans la manifestation. Ainsi, je suis incapable d'expliquer à quiconque comment ils doivent s'y prendre pour créer ceci ou cela. Je peux seulement vous dire que ceci ou cela existe à tel ou tel moment. Le processus doit être deviné de lui-même. C’est pourquoi vous avez été choisi pour cette tâche, vous avez l'intérieur approprié, ou centre spirituel, pour discerner le processus qui réformera l'Église, et partager la connaissance du Réel avec toutes les personnes qui le désirent. »
Hugelitod soupira tandis que sa lampe torche commençait à vaciller comme un feu couvant sous la pluie. « Mais ce n'est pas ce que vous avez dicté dans la prophétie de Dohrman? Les gens ont vraiment besoin de savoir ce qui les attend dans le futur ? Cette connaissance ne pourra-t-elle créer apathie ou un sentiment de fatalisme au niveau d'une espèce entière ? »
« Ce que j'ai apporté à cette planète au cours des 4200 dernières années est un chemin vers le Réel. Oui, il y a des éléments prophétiques, mais ces prophéties qui servent le but de l'Église, sont sans importance pour le peuple. Les prophéties qui offrent un sentiment d'intégrité et un but à la race humaine, peuvent être partagées. Je ne prétends pas que les trente-trois volumes de la Prophétie de Dohrman et les trois volumes de la Prophétie Chakobsa devraient être publiés et diffusés dans leur intégralité, mais il y a des segments de ces écrits qui portent sur le Réel, qui appellent à être diffusé. »
« Un nouveau guide peut résulter de ces énormes écrits sous la forme d'un manuel pour tous les chercheurs authentiques afin qu'ils s'éveillent, pour être en mesure de maintenir leur état d'éveil, et trouver la demeure de la Vérité en leur sein et dans les autres. Ces chercheurs deviendront les nouveaux enseignants, et au fil du temps, les religions du monde adapteront leurs chemins vers le Réel, ou elles s'éloigneront vers d'autres rivages. »
« J’existe sur cette planète depuis des milliers d'années, et j'ai vu de nombreuses guerres pour mes connaissances. J'ai permis à l'Église de garder mon existence secrète pour la raison que j'étais fatigué d’observer les gens innocents mourir parce que l'ambition de quelqu'un d'avoir du pouvoir sur moi justifiait une guerre et la folie qui l'accompagne. »
« Le Réel n'est pas connu dans ce monde », persista l'Oracle, « non pas à cause de l'indifférence ou de l'incrédulité des êtres humains, mais parce que les quelques personnes qui ont entrevu sa connaissance ont peur. Leur crainte provient de la croyance que si l'humanité pouvait connaître le Réel, ils seraient transformés en êtres souverains, libres de tout contrôle inutile de l'autorité - la même autorité qui recouvre le Réel avec les offrandes votives de l'irréel. »
« Mais je ne comprends pas », dit Hugelitod. « Vous voulez que j’assemble un nouveau livre basé sur les écrits de trente-six volumes. Comment ? À moins que Karnomen lui-même l'ordonne, je ne vois pas comment il serait possible de le faire. Je n'ai pas accès au matériel original, et même si je le faisais, il me faudrait des années pour lire chaque page et créer ce ... ce manuel dont vous parlez. »
« Je viens de recevoir mon expiation, ce qui a entraîné ma liberté. Dès que je me déplacerai dans la direction que vous demandez, je retournerai dans le royaume sombre et silencieux de ma cellule de prison dépérir pour le reste de ma vie. »
« Je ne saurais vous dire comment vous allez atteindre cet objectif », répondit tranquillement l’Oracle, « mais c'est ma prophétie, depuis plus de trois cents ans, que vous allez le faire. Vous pouvez demander de l'aide à Doriah. »
Hugelitod, sur le point de poser une autre question, s'arrêta dans son élan au commentaire de l'Oracle. « Doriah? Le même homme qui conditionne mon expiation sur la base du meurtre d'un ennemi de l'Église. Ce Doriah ? »
L'Oracle s’arrêta, comme s’il évaluait sa réponse à la lumière des nouvelles informations que Hugelitod lui offrait. « Je peux seulement vous dire que j'ai confiance en lui, et le considère comme un ami de notre cause. »
« Alors, pourquoi ne pas lui demander de produire le livre », demanda Hugelitod, « et réformer l’Église? Il en a l’accès et les pouvoirs, dont je manque certainement. Même Karnomen semble prêt à suivre ses conseils. »
« Je ne peux pas dire pourquoi, mais je sais que vous êtes la personne. Doriah est l'un des animateurs de cette réforme. Il y en aura d'autres qui viendront à votre aide, mais ils seront à l’extérieur de l'Église. Doriah est avec le peuple, plus qu’il est avec l'Église. Vous verrez. »
« Je verrai ... », reprit distraitement Hugelitod, sa voix s’estompant dans un silence ponctué.
Si je courrais depuis cet endroit, et sans jamais regarder en arrière, ce serait peut-être la meilleure chose pour moi, pensa Hugelitod. Je ne pourrais m’esquiver dans la nuit ; me dissimuler dans des vêtements civils dans une boucherie ou une quincaillerie. Personne ne viendrait me chercher.
« Hugelitod, vous êtes toujours là ? », demanda L'Oracle, le détachant de sa rêverie.
« Oui. »
« Personne d'autre que vous ne rejette votre image. En dépit de votre confusion, votre réticence, votre doute et votre peur, vous êtes celui qui réformera l'Église et toutes les religions sur cette planète. Doriah peut vous aider, mais vous aurez besoin de le persuader que vous êtes sincère et indéfectible dans votre mission. »
Hugelitod rit et leva les mains en secouant la tête en signe d'incrédulité. « Je ne peux même pas me convaincre de tout cela. Comment pourrais-je convaincre un Lecteur de Vérité ? »
« Je ne sais pas, mais vous trouverez le moyen. J’en suis sûr. »
Comme si signalant que la conversation était terminée, la voix scintillante de l'Oracle demeurât silencieuse. Hugelitod remarqua que sa lampe torche devenait également muette ou sombre, et rit intérieurement de l'absurdité de sa situation. Il sentait que s’il prononçait une parole, il deviendrait immédiatement une âme perdue dans le labyrinthe incroyablement complexe qui l'entourait.
Comme il s'était retrouvé en prison, maintenant, dans l'ombre de sa liberté, dans l’étreinte de son expiation, et dans le désarroi de sa mission impossible décrétée par l’Oracle, les profondeurs étaient totalement explorées.
Hugelitod quitta prudemment le piédestal qu'il avait utilisé pour s'adresser à l'Oracle, et recula devant le monolithe d'or - effacé par l'obscurité. Il fraya son chemin vers la salle principale du temple, en utilisant ses mains pour se guider, bien conscient que chaque mot gravé dans la pierre avait trouvé son chemin en lui, et chaque mot se transmettant à lui - de Dieu, de l'Oracle, du temple lui-même - était une déclamation de son monde. Mais il y avait une accélération sans équivoque dans son cœur - un esprit nouveau, heureusement différent, était descendu, et tout le tissu de son monde était défait.

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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Mar 28 Fév - 19:06

Chapitre 41 - Poussée de Manifestation vers le Ciel

Maia regardait le visage blanc de Simon. Ses yeux étaient mi-clos, comme rivés vers un avenir lointain. Il était assis sur une chaise en bois, assemblée à partir de branches taillées et de bois de cerf, depuis environ dix minutes. Tout à coup, il ouvrit de grands yeux, comme si effrayé par un bruit inhabituel.
« Nous devons convoquer l'Oracle », dit-il sans s'adresser à quelqu'un en particulier, mais ensuite il fixa Maia. « Utilisez le code, ma chère. »
Maia acquiesça, sachant que quelque chose d'important avait dû se passer pour que Simon lui demande de faire appel à l'Oracle. Elle ferma les yeux quelques secondes pour se rappeler les nombres dans le bon ordre, elle jeta un coup d’œil à Kamil qui dormait paisiblement, et récita le code. Sa voix avait une tonalité claire sans ambiguïté comme une voûte céleste de verre dépoli.
Elle attendit. Rien d'autre que l’espace indifférent couplé au parfum d’aiguilles de pin dans le vent apparut dans la salle.
« Essayez encore », dit Simon avec une urgence sans retenue dans sa voix.
Maia répéta les nombres dans le même sens.
« Êtes-vous certaine que les nombres sont exacts, et dans le bon ordre ? », demanda Simon.
« Oui, j'en suis certaine. »
Simon fronça les sourcils, les yeux perdus dans ses pensées. « Allons où nous avons eu notre dernier contact, peut-être qu’il y a des interférences ici. »
« Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ? », demanda Maia en se levant.
« Je ne dis pas cela pour vous alarmer », commença Simon, « mais Joseph n’est pas de retour, et il devrait l’être. Quand je l'ai recherché », Simon indique sa tête, puis son cœur, « je n'ai rien trouvé. Il n’y a aucun signe de lui. »
« Aucun signe de lui ? », répéta Maia. « Qu'est-ce que cela signifie ? »
« Je préfèrerais penser que cela ne signifie rien, mais je suis enclin à croire le contraire. »
« Vous commencez à me faire peur », dit Maia, suivant Simon à l'extérieur dans le simple patio.
Dans la minute qui suivit, Maia répéta les codes pour convoquer l'Oracle, mais il n’y eut aucune réponse, en dehors des croassements étrangement solennels d'un corbeau.
Simon faisait les cent pas, caressant sa longue barbe argentée, plongé dans le sentiment inconscient que Joseph était mort. « Je pense que nous devons réveiller Kamil. »
Maia leva les yeux, son regard manifestement troublé. « Vous pensez que Joseph est mort ? »
Simon acquiesça. « Je prie pour que je me trompe. »
« Moi aussi », dit doucement Maia. La sensation d'une certaine morosité envahissante était brusquement palpable pour Maia, et si elle n'avait pas de visage ou de nom à lui donner, elle savait que c’était réel. Un malheur docile était entré dans leur monde telle une grappe de ténèbres, une spirale sur un puits de lumière avec une seule pensée. L’éteindre.
* * * *
Le Roi Levernon fit irruption dans le bureau de Samuel, en claquant la porte derrière lui. « Je ne jetterai pas les conditions du pacte dans le feu », criait-il, « et je ne suis pas obsédé par l’Oracle ! »
La tête de Samuel recula comme si elle cherchait à éviter un coup de poing. Il n'ignorait pas la mauvaise humeur du roi, mais il était rarement sa cible. Il rassembla son sang-froid et esprit avec une profonde respiration, en se levant à l'égard de la couronne royale. « Hafara vous a dit ces choses ? »
« Peu importe comment je le sais », dit Levernon, sa voix toujours agité, mais nettement plus calme. « Jamais ... ne jamais partager n'importe quelle analyse que vous pourriez ressentir au sujet de mes désirs personnels avec aucune des maisons royales. Comprenez-vous ? »
Samuel acquiesça sans protestation, les yeux verrouillés sur ceux de Levernon.
Levernon passa sa main dans ses cheveux en bataille, jetant un regard sur les dossiers empilés et des documents éparpillés sur le bureau de Samuel. « Je vous laisse retrouver votre travail, alors. »
Le roi fit une grimace arrogante, se tourna et sortit du bureau de Samuel tel un enfant géant.

* * * *



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rené sens



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MessageSujet: Re: The Dohrman Prophecy : Traduction en cours du livre-web.....   Ven 2 Mar - 15:54

Chapitre 42 - Fils de l'Accomplissement

Doriah descendait l'escalier avec une impatience croissante. Il avait laissé Hugelitod dans le temple souterrain depuis plus de trois heures, et sa curiosité aux découvertes de Hugelitod avait augmenté jusqu'à ce qu'il ne puisse plus attendre. Une partie de lui s’étonna de constater que Hugelitod n'avait pas déjà frappé à la porte de l'escalier, agité par l'envie de sortir du temple, mais il savait aussi que Hugelitod n'était pas un prêtre ordinaire.
Tandis que Doriah arrivait dans la salle principale du sanctuaire, il vit que tout était sombre. Il tenait seulement une bougie - en hommage aux anciens qui avaient construit le temple. La lampe torche de Doriah semblait irrévérencieuse, ainsi même avec sa bougie modeste, il pouvait distinguer la silhouette de Hugelitod assise sur le sol avec ses mains repliées à l'intérieur de sa robe, et sa capuche lui couvrant la tête.
« Il fait un peu froid par ici, après quelques heures », dit Doriah avec une lueur d'humour. « Avez-vous eu l'occasion d’explorer ? »
« Asseyez-vous avec moi », répondit Hugelitod. « Il y a quelque chose que je veux vous demander. »
Doriah, avec quelque effort, plaça sa bougie sur le sol, et s'assit lentement sur le sol froid de pierres pavé. Il balaya rapidement la répartition énergétique de Hugelitod, et remarqua qu'elle était amplifiée, claire et dynamique avec une puissance qu'il n'avait jamais vue auparavant - en n'importe quel être humain. Seulement quelque chose de profond pouvait avoir fait cela.
« Vous avez une question à me poser ? », demanda Doriah, alors qu'il tira son capuchon en arrière pour révéler son visage défiguré.
« Est-il possible que vous soyez un sympathisant de l'Oracle », commença Hugelitod d’une voix murmurée mais intense, « et que vous cachiez ceci à l'Ordre des Seize Rayons ? »
Doriah regrettait d'avoir retiré son capuchon ainsi il aurait pu cacher sa surprise avec plus de discrétion. « Pourquoi me posez-vous une question aussi étrange ? »
Hugelitod s'assit plus confortablement. « Dans la chambre ... avec le monolithe d'or, les Grands Initiés parlent-ils avec l’Oracle ? »
Il a tout compris, pensa Doriah. Il connaît l'accès au temple !
« Avez-vous eu accès à l'Oracle dans cette chambre ? », demanda Doriah - le ton de sa voix en étrange contraste par rapport à sa sensation de crainte.
« Toute ma vie, j'ai accumulé des idées et des vérités supposées », répondit Hugelitod, « de ceux en qui je faisais confiance. J’estimais que l'Église, avant tout, était axée sur l'apport de la sagesse de Dieu au peuple, et si je pouvais servir à cela, alors je serais satisfait. Ma vie aurait un sens. »
« Mais ensuite, j'ai rencontré l'Oracle ... et maintenant je vois les choses différemment. Maintenant, je comprends que nous nous sommes effectivement rejoint dans les rituels, la cérémonie, des termes qui sont depuis longtemps morts et ont cessé de signifier ce qu'ils signifiaient autrefois. Nous avons jugé les autres, ne sachant rien de nous-mêmes. Et nous avons divisé la vérité en autant de pièces que personne ne peut la réassembler. »
« Pourquoi me dites-vous cela ? », demanda Doriah, sentant que Hugelitod renonçait à l'Église.
« Non, pourquoi ne répondez-vous pas à mes questions simples ? », criait presque Hugelitod, sa voix résonnant dans l’immense sanctuaire de glyphes en pierre.
La lueur irrégulière de la bougie semblait être le mouvement respiratoire des antiques murs porteurs d’écrits. Les glyphes semblaient se tordre tels des serpents, et Hugelitod ferma les yeux, espérant qu'il fût inaccessible à leur venin.
« Tout d'abord, ce ne sont pas des questions simples. Je vous parlerai franchement », entonna Doriah, « mais vous devez d'abord comprendre quelque chose à mon sujet. »
Il prit une profonde inspiration, relâcha un soupir et désigna son visage. « Ces brûlures sont dues à une guerre. J'ai grandi dans Santorman, à l'apogée de la Guerre de Huit Ans. C'était avant que les avions ne lâchent des bombes comme des facteurs. On se battait au corps-à-corps dans les rues, qui étaient envahies par le chaos, et les pieds, sinon les pouces, mesuraient chaque mouvement dans la guerre. »
« Le seul refuge dans toute la ville était l'église. C'était une belle et immaculée structure en teck et marbre blanc, dont les vitraux montaient à de telles hauteurs ... et quand le soleil traversait leurs riches couleurs... ». Un sourire s'inscrit momentanément sur son visage. « J’ai grandi impie, nous n'avions ni église, ni sanctuaire. Il n'y avait aucun lieu pour se cacher. »
« Quoi qu'il en soit ...un jour, j'attendais dans les rues un ami qui m'apportait de la nourriture- »
« Quel âge aviez-vous ? »
« Neuf ... presque dix ans », répondit Doriah, sa voix soudainement sombre. « Un groupe de soldats arriva et commença à me harceler ... sans raison particulière. Ils ne sont même pas inquiétés de quel côté j'étais, ils voulaient simplement faire du mal à un innocent », soupira-t-il, « comme si j'étais innocent. J’avais vu toute la matière de la souffrance et la misère ... »
« Mais le point crucial de cette histoire est que les soldats, n'aimant pas l'explication de ma présence dans la rue, et en raison, du moins en partie, de leur état d'ébriété, ils décidèrent de m’asperger avec de l'essence et se relayaient pour voir qui pourrait jeter une allumette allumée avec une précision suffisante pour m'incendier. »
Hugelitod plissa les yeux de douleur alors que son imagination traduisait les paroles par des images insupportables. Il tendit la main, touchant la manche de Doriah. « Vous n'avez pas besoin de terminer l'histoire- »
« D’accord, c’était il y a bien longtemps, et si c'était trop cruel pour un cœur humain à supporter, je serais mort ce jour-là ... mais de toute évidence je ne le suis pas. »
« Qu'est-il arrivé ? »
« Il y eut un prêtre qui se trouvait par là et vit l'horrible événement qui se déroulait, et dès que l'une de ces allumettes trouva mon bras, je fus dévoré par le feu. Je vis un léger gonflement, j’entendis rire et puis j'ai senti une robe m’emmailloter comme un bébé, puis l'odeur de la fumée âcre et des cheveux brûlés emplit mes narines ... et ... et puis la douleur vive alors que cette lumière commençait à révéler sa nature hostile. »
« Ce prêtre était mon sauveur, envoyé par quelque force, ou intelligence, pour me protéger, pour me donner une autre vie. J'ai passé l'année suivante dans ses soins, récupérant, mais aussi étudiant ce nouveau monde que j'avais précédemment nommé le bavardage du faible. »
Doriah secoua la tête au souvenir. « Quand je parvins finalement à dépasser la douleur, et que je pus utiliser mes yeux à nouveau, je ne pouvais voir que dans des pièces faiblement éclairées. Mes yeux étaient devenus ultras sensibles. Le prêtre qui m'avait sauvé, enleva les bandages, et pour la première fois en trois mois je pus ouvrir les yeux. Je le regardai, mais ne vis qu’un étrange mélange de lumières. Il n’y avait rien de physique. »
« Au début, j'étais terrifié. Tout se résumait à des particules de lumière circulant comme des feuilles dans les courants sauvages d'une mer incroyablement vaste. Je n'étais qu'un enfant, et pour moi, c'était comme si j'étais aveugle, et en quelque sorte ... je l'étais. Je ne pouvais voir ni les formes ni les structures physiques d'aucune sorte. Et si j'essayais de regarder en plein jour, mes yeux ne voyaient que du blanc, une lumière aveuglante. »
« Durant trois ans, je n'ai jamais quitté ni l'église, ni le prêtre. Il sentait que j’avais reçu un don de Dieu et il écrivit à l'ordre au sujet de mon état. Après la fin de la guerre, ils envoyèrent un représentant pour me rencontrer... » Le regard de Doriah était vitreux alors qu’il se souvenait de l'événement qui changea sa vie.
« Il doit rester dans la pénombre, c’est pourquoi il reste surtout dans cette pièce », expliquait le prêtre, marchant dans le couloir de portes closes.
« Cela prendra seulement quelques instants », dit le représentant, « mais je préfère parler à l'enfant seul. »
« Bien sûr », dit le prêtre, s'inclinant doucement et ouvrant la porte. « Doriah, notre invité est enfin arrivé. Vous pouvez vous adresser à lui comme Révérend Père. Il a fait un long voyage pour vous rencontrer, alors soyez courtois et honnête. »
Le jeune garçon, ayant tout juste treize ans, acquiesça, regardant avec des fentes minces pour les yeux. « Je le serai, bien sûr. »
Le prêtre s'éloigna de la porte, permettant au Révérend Père d’entrer dans la pièce. Le prêtre lui désigna une chaise. « S'il vous plaît, asseyez-vous et mettez-vous à l'aise. Je vous laisse à votre conversation, et je vais préparer le déjeuner. Je suis sûr que vous avez faim après votre voyage. »
Le Représentant regarda de nouveau le prêtre et lui sourit. « Je vous remercie de votre l'hospitalité. » Il enleva alors son manteau et s'assit sur la chaise, alors que la porte se fermait derrière lui et la chambre s’obscurcissait.
« C’est un miracle que cette église soit restée intacte », dit brusquement le Révérend Père après un long silence. « C'est très beau. »
« Je ne peux que ressentir sa beauté », dit le garçon, « mais quand j'étais plus jeune, je pouvais voir comme vous, et j'ai souvent souhaité, secrètement, pouvoir aller à l'intérieur et la voir. »
« Pourquoi ne l'avez-vous pas fait ? »
Le garçon se détourna, comme si cela lui rappelait un souvenir désagréable.
Il était petit, même pour ses treize ans, et son corps - jusqu'à la taille - était dévêtu. Il était difficile pour le Révérend Père d’essayer de voir la défiguration de l'enfant, dans la chambre obscure ses yeux ne pouvaient voir que la ligne sombre de son visage.
« Je ne me sentais pas digne, je suppose », dit le garçon.
« Et maintenant vous le feriez ? », demanda le Révérend Père.
« Je ne suis pas sûr », répondit timidement le garçon, « mais j'espère. »
« Père Daniel a expliqué que vous voyez des anges. Est-ce vrai ? »
Le garçon s’agita sur sa chaise, comme s’il était nerveux en présence de son invité estimé. « Tout le monde est un ange », répondit le jeune homme. « C'est difficile à expliquer, et je sais que vous voulez comprendre comment je vois les choses différemment de vous ... de tout le monde, mais je ne sais pas comment le dire en mots simples. Après ma blessure, mes yeux ont commencé à voir des formes de lumière qui sont toujours en mouvement. À l'heure actuelle, même si vous êtes assis sur votre chaise, immobile, je vois un kaléidoscope de couleurs changeantes. Je ne vous vois pas comme un homme avec une tête, des épaules, des bras et des jambes ... Je vous vois comme ... une danse de lumière, et bien que mes yeux cherchent quelque chose de familier, je ne peux le voir. »
« Voyez-vous des différences dans les formes de lumière d'une personne à une autre ? », demanda le Révérend Père.
« Oh, oui », dit le garçon. « Tout le monde est différent ; même les insectes et les plantes. »
« Vraiment? Vous pouvez voir les insectes de cette façon, aussi ? »
« Je vois tout de cette façon. Est-ce mal ? »
Le Révérend Père croisa les jambes, et se redressa sur sa chaise en bois qui craquait sous son poids. « Non, bien sûr que non. »
« J'ai eu peur que vous veniez et me trouviez maudit ou possédé par quelque démon, alors je suis très heureux d'entendre vos paroles. Je vous en remercie », dit le garçon, en frappant sur sa chaise avec un petit bâton.
« Je ne peux ni sourire ni rire, alors quand je me sens heureux, j’utilise ce bâton afin que d'autres sachent ce que je ressens », expliqua le garçon.
Le Révérend Père sourit à la voix tendre de l'enfant, et frappa sa propre chaise avec ses doigts en réponse.
« Vous êtes le premier, mis à part le Père Daniel, à le faire », dit le jeune homme, en tapant son bâton. « Mais je reconnais que je peux voir votre bonheur, ou de toute autre émotion, tout simplement en regardant votre répartition de lumière et les couleurs. »
Le Révérend Père resta assis tranquillement pendant quelques secondes. « Que voyez-vous maintenant ? »
« Je vois des lumières d'or avec des reflets roses et verts », répondit le garçon. « Ce sont de bonnes couleurs. Ce sont les couleurs de l'amour. »
« D'où je viens », commença le Révérend Père, après une profonde respiration, « nous avons un grand prophète. Et ce prophète a parlé de vous, ou du moins je crois que c'est vous. »
« Un grand prophète parle de moi ? », demanda le jeune homme, incrédule. « Qu'est-ce qu'il a dit ? »
« Que vous deviendrez un prêtre et remplirez un devoir très élevé au sein de l'Église. »
Sans le savoir, la main gauche de Doriah frappait le sol du sanctuaire, s’imaginant tenir un bâton. Il quitta sa rêverie au son de la voix de Hugelitod.
« Ce grand prophète, je suppose que c’était l’Oracle ? », demanda Hugelitod.
Doriah acquiesça. « L'Oracle avait prédit que je serais le prochain Lecteur de Vérité. Le Révérend Père voulait vérifier que mes capacités étaient authentiques, je suppose. Le lendemain de notre rencontre, je quittai ce qui avait été ma maison pendant trois ans et voyageai avec le Révérend Père vers ma nouvelle demeure. » Doriah leva une main avec un index pointant vers le haut.
« Vous avez vécu ici, tout ce temps ? », demanda Hugelitod.
« Je parais beaucoup plus vieux que je ne le suis », répondit Doriah avec un doux rire étouffé.
Hugelitod savait que la Guerre des Huit Années était terminée depuis 26 ans, et aussi qu’il était arrivé à l'âge de Doriah, et fut choqué de se rendre compte qu'ils avaient seulement deux ans d’écart.
« Maintenant, revenons à vos questions initiales », dit Doriah. « Je suis le seul qui accède à l'Oracle depuis ce temple... à part vous », ajouta-t-il avec un mince sourire. « Les Grands Initiés croient que le monolithe d'or n'est rien de plus qu'un lieu pour offrir des prières à un dieu païen. Ils n'ont même pas aimé ce lieu. Pour eux, cela leur semble un peu trop ...ancien. »
Doriah regardait la flamme de la bougie qui dansait au-dessus du sol. « Quant à votre autre question, je sympathise avec l'Oracle, car ce qu'il a apporté à cette planète et à ses habitants est tenu derrière des barreaux comme un prisonnier en isolement carcéral. D'une certaine manière, même Karnomen souhaite qu'il puisse en être autrement, mais s'il faisait toutes les corrections au système de croyances de l'Église il en démantèlerait tous les aspects, tous les principes fondamentaux s'écrouleraient, et la crainte est que les gens ne sauraient ni quoi faire, ni quoi croire- »
« Vous voulez dire qui croire, n’est-ce pas ? », intervint Hugelitod. « Comment quiconque pourrait donner une deuxième chance à l'Église quand il constate qu’elle a délibérément dissimulé la vérité? Ses adeptes la quitteraient, et avec eux, leur argent et leur soutien. Karnomen serait celui qui a détruit l'Église. »
« Karnomen est un grand homme », défendit Doriah. « Ce n’est pas un seul homme, c'est beaucoup plus grand que cela. Toutes les religions de cette planète sont connectées sur ce mensonge, de même que les chefs d'État. »
« Oui, mais notre Église est la principale religion sur cette planète et nous tenons l’essentiel de la responsabilité car nous avons l'Oracle. »
« Qu'est-ce qui vous fait penser que notre Oracle est l’Oracle ? », demanda Doriah, en regardant dans les yeux de Hugelitod.
« Que voulez-vous dire ? »
« L’Oracle a dit que son accès ne peut être gouverné par une seule source », répondit Doriah.
« Mais nous avons un accès ici, dans ce temple, dans cette chambre », Hugelitod pointa le couloir sombre. « Ce n'est donc pas régi par une seule source. Voulez-vous dire qu’il y a d'autres Oracles sur la planète ? »
« C’est une très grande planète, de nombreuses cultures différentes, des croyances différentes qui ont été polies par les anciens du siècle, et nous l’avons souvent oublié. La vérité dégèle toujours, et des hommes sont encore éveillés. Les créateurs de l'Oracle sont bien conscients de ces choses. Il est inimaginable pour moi qu'ils n'aient fourni qu'un seul porte-parole de leur avenir, dans un petit coin de cette planète en pleine expansion. »
Doriah se tut un instant, comme s'il attendait que Hugelitod dise quelque chose.
« L’Oracle a cette notion étrange », dit finalement Hugelitod, la voix un peu brisée, « que je vais devenir un guide d’un certain genre- »
« L'Oracle a dit cela... maintenant... alors que vous étiez dans la Chambre ? »
Hugelitod acquiesça.
« Donc, la prophétie se réalise », murmura Doriah, principalement pour lui-même.
« Vous auriez besoin de l'accès aux documents originaux », laissa échapper Doriah, comme s'il s'était soudain rendu compte qu'il avait à jouer un rôle dans les plans de l'Oracle. « Et l'Oracle sait bien que les copies de ces volumes sont stockées dans ce temple même ... »
Doriah fronça les sourcils comme un homme pris entre deux passions, ne pouvant en choisir qu'une seule. « Je ne sais pas si je peux vous aider ... ce serait très difficile pour moi de faire quoi que ce soit qui nuirait à Karnomen, ou de contrevenir à sa volonté, je lui dois la vie - tout à fait littéralement. Quand je suis arrivé ici, ma santé s'était détériorée à un tel degré que, sans son aide, je serais mort. Il m'a encadré après ma convalescence. Il me faisait confiance suffisamment pour me laisser être le gardien de ce temple ... il est mon plus proche ami et défenseur. »
Doriah se tut, le froncement de sourcils encore bien en vue sur son visage.
« Il y a des voix désincarnées qui semblent avoir tout prévu dans ma vie », dit tranquillement et sans émotion Hugelitod. « Il me semble que j'ai été envoyé dans ce monde pour uniquement cette mission, et quelque part, enfoui au plus profond de moi, tout est défini et clair. Mais là où je vis ici et maintenant, je ne vois que disgrâce et obscurité, et devant moi, je sais qu’un gouffre impossible à traverser attend. Si je n'ai pas votre soutien, quelle chance ai-je ? »
« Je suis désolé », dit Doriah, ses mains s'agitant nerveusement sur ses genoux. « Je ne pense pas que je puisse vous aider sans le consentement de Karnomen. Je comprends votre tâche et je crois en elle, mais mon conflit est trop fort pour simplement changer de loyauté, comme si une seule importait. J'ai besoin de prier à ce sujet, mais pour l'instant, ma réponse est non. Je suis désolé. »
« Votre fidélité envers Karnomen est si forte que vous êtes obligé de lui parler de notre conversation ? »
« Je ne sais pas », dit Doriah, levant son capuchon comme s'il avait soudainement froid, ou était pressé de partir. « Je ne sais pas. Je crains que je doive envisager cette question. Donnez-moi jusqu'à demain après-midi pour avoir une réponse. Je vais vous raccompagner dehors. »
Sur ce, Doriah se leva avec une certaine peine, et Hugelitod, semblable à un reflet, se leva aussi. Le reste du trajet hors du temple fut parcouru dans un silence surnaturel, un cortège de deux hommes entouré par des milliers d'esprits.
Comme ils arrivèrent au local technique, Doriah ralentit, se tourna vers Hugelitod, et avec une expression d'amitié, tendit sa main. Hugelitod l'a pris et sentit la douceur de la peau délicate de la main de Doriah. Elle semblait mince et fragile, et Hugelitod renvoya une douce poignée de main.
« N'oubliez pas une chose dans tout cela », dit Doriah. « Votre expiation n'a jamais été en question. Cela faisait partie intégrante de votre initiation. Nous ne vous demanderons jamais de prendre la vie d'autrui - sauf pour tester votre niveau de fidélité à l'Ordre. »
« Le problème auquel vous faites face est le même pour nous tous : comment dire la vérité aux gens sans perdre leur foi en notre institution ? »
« Peut-être que c'est le moment », rétorqua Hugelitod, « que notre établissement s'autorise à être une Église - pas une Église intérieure et extérieure - une Église qui partage seulement la vérité sur : qui nous sommes, pourquoi nous sommes ici, et où nous allons. Tout le monde ne mérite-t-il pas de savoir cette chose au moins ? »
Doriah fixait le sol, évitant les yeux perçants de Hugelitod. « Vous parlez de transparence comme s'il n'y avait qu'un escalier à monter et tout le monde pourrait tout simplement s’élever au Paradis sans aucune réserve. Comme je l'ai déjà dit, la vérité fond, et les hommes se réveillent, mais les deux processus se produisent - au moins à nos yeux - douloureusement lentement. Mais qui dit que ce n'est pas toute la partie du plan - mélanger les mondes humain et céleste progressivement ? »
« Doriah, qui dit que le rythme ne peut être accéléré. Que l'humanité n'est pas prête pour une distribution plus directe et intense de la vérité ? Qui dit cela ? Karnomen ? Levernon ? Qui ? Je crois que l'Oracle a été apporté à ce monde pour une raison, et que sa connaissance et sagesse doivent être partagées quelle que soit la conséquence. Au moment où nous réglementons la vérité, nous réglementons la destinée humaine, je ne veux pas faire partie de tout ce qui entrave ou contrôle cela. »
« Vous parlez comme si nous privions les gens de leurs droits à Dieu et au royaume céleste », répondit Doriah avec une intensité inhabituelle en marchant vers la porte extérieure. « Personne ne se trouve privé de ce qui est en leur sein. La porte s'ouvre quand ils sont prêts à l'ouvrir, et elle est tout à l'intérieur. » Doriah se retourna et leva les bras. « Tout cela? C'est du théâtre. Il s'agit d'une scène sur laquelle nous tous interagissons dans un jeu soigneusement chorégraphié que nous appelons la vie. »
Il déplaça sa main droite en un poing fermé sur son cœur, se frappant la poitrine doucement dans un rythme sourd. « Ici est la mesure de toutes choses, elle ne se trouve pas dans ce théâtre ... On la trouve ici. Comment allez-vous, ou l'Oracle, réorienter les gens à ceci ? Avec des mots simples ? Les croyants croient non pas à cause de paroles ou de brillantes cérémonies ou des rituels tissés de langues anciennes ... Ils croient parce que leurs cœurs leur ont dit. Ils résonnent avec la partie de la vérité qu'ils sont prêts à accepter. »
« Peut-être qu'ils sont prêts à accepter plus », dit tranquillement Hugelitod, contrant l'intensité de Doriah. « Peut-être qu'ils veulent une spiritualité qu'ils peuvent utiliser - quelque chose qui ne les exploite pas, mais qui les exalte. »
Doriah secoua la tête. « Pensez-vous vraiment que les gens soient prêts à devenir des dieux ? D'où je viens, j'ai vu et vécu toutes sortes de dépravation humaine ; l'obscurité chez les hommes ne disparaîtra pas tout simplement parce que l'Église les exalte et les oint avec la vérité. Le sourire d'un ennemi, ou le fantôme d'un ancêtre qui chuchote des encouragements, éveille leur colère. Ils vacillent entre le bien et le mal, comme les ailes d'un papillon, brouillant son passage vers la lumière, et ensuite, la lumière trouvée, l'obscurcissant. »
« Les hommes sont des animaux autant qu'ils sont des anges, mais la tristesse de leur vie animale n'est pas une passerelle vers le Paradis, c'est leur limitation à connaître la vérité. Jusqu'à ce que l'humanité puisse s’aimer plus que ce qu'elle craint elle-même, jusqu'à ce que l'humanité voie le Métier à tisser du Ciel comme sa maison, vous ne pouvez pas verser la vérité et espérer que les gens la boivent. Les gens se moqueront de l'Oracle. Ils diront qu'il n'existe pas. Qui est l'Oracle pour nous dire comment vivre ? Pourquoi Dieu enverrait une pierre pour nous dire ce que nous devons croire ? »
« Ce sont toutes les réalités que l'Oracle ne comprend pas. C'est pourquoi la religion est laissée dans les mains de dirigeants humains qui ont un aperçu de l'état de préparation de leur troupeau, qui ont un sens de la préparation et du calendrier, et une sensibilité aux besoins de la collectivité. »
Doriah ouvrit le loquet de la grande porte antique. « Revenez demain, dans l'après-midi, je vous donnerai ma réponse. Dieu soit avec vous », Doriah se tourna et s'éloigna, laissant Hugelitod ouvrir la porte et disparaître dans le monde de la lumière solaire et des arbres anciens.

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