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La question de l'Âme, dans toutes ses déclinaisons.
 
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 La Tapisserie des Vacances de l'Esprit

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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Sam 14 Aoû - 7:05

--- "Nuages, Mirages" (15) ---

Ces visions fugitives qui embrument l'esprit et égarent les sens ressemblent aux vapeurs âcres et cotonneuses flottant à la surface des eaux, donnant au brouillard des allures de linceul qu'on étire.

Le silence seul unit les voyageurs au bord de la nuit. Dans les reflets incertains de la brume qui semble vouloir engloutir leurs derniers instants, la corneille elle aussi se tait. Les chevaux continuent leur progression mécanique, et nul ne sait plus bientôt ce que devient la direction du chemin qu'ils s'étaient tracés.

Tourner, avancer, reculer, le regard se perd dans un océan de brouillard. Sans repères, il semble que l'éternité soit à la mesure de cet espace indéfini, où les bruits meurent, étouffés, avant d'avoir pu donner naissance à un écho salvateur. Le temps s'immobilise, l'espace perd son orientation et se fige. La poche de brouillard est devenue celle de l'oubli.

Le vieillard sort alors de sa poche la sphère de cristal, et la jette au-dessus de sa tête, haut dans les airs. Elle s'immobilise entre deux nuées, et se met à vibrer dans une rotation de lumière, diffusant alentour un pinceau de couleurs qui éclairent la nuit et apaisent les esprits.

La muraille de brume recule de quelques pas, dégageant une clairière diaprée de fines gouttelettes argentées qui scintillent lentement.

Pendant que la sphère explore et sonde la touffeur humide de ce monde hostile, hommes et enfant mettent pied à terre, attentifs dans le silence aux fragments de bruits qui rayent par moments la surface muette et lisse de leur attente.

L'endroit est paisible. Les spectres sont effacés, et laissent la place aux images qui prennent vie au milieu du groupe, projetées par la sphère. C'est une sorte de film bref et muet, de vision fugitive et claire du proche futur dans lequel ils s'apprêtent à s'engouffrer.

Nunti-Sunya,
Et,
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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Ven 20 Aoû - 19:41

--- "Nuages, Mirages" (16) ---

On aperçoit, au travers d'un dédale de lianes et de branches enchevêtrées, un village posé au pied d'une colline.

Voilà le village du levant, tonna le guerrier. On dirait que la morsure des flammes, que les griffures de la désolation ont été effacées. L'endroit ressemble à ce qu'il était avant la grande guerre. Ce ne sont peut-être qu'illusions d'une imagination qui efface et répare.

Ou bien un reflet fidèle de la réalité que nous allons aborder, commenta le vieillard. Il est possible que le village ait été reconstruit. Les années qui passent accordent à la vie un nouvel essor. Les décombres fumants des ruines d'antan sont parfois le terreau fertile dont se nourrissent les enfants. Ils bâtissent des civilisations nouvelles à partir des cendres du passé. Parfois, les restes sanglants et torturés que laisse l'Histoire, deviennent les racines souterraines et rampantes d'un peuple qui grandit.

La sphère s'est éteinte comme il parlait, et gagne le sol. Le vieillard la prend dans sa main droite et la montre à l'enfant qui l'observe un instant, le temps d'y voir l'ocre de la peur et l'orangé de l'étonnement, un mélange rouge amer des sentiments qui colorent son âme.

Et comme l'enfant comprend la texture des reflets, les couleurs se mettent à changer rapidement, pour s'établir enfin dans l'indigo veiné de jaune de la joie qui illumine son visage, par la grâce de la connaissance, pour la conscience.

Nunti-Sunya,
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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Lun 30 Aoû - 9:59

--- "Nuages, Mirages" (17) ---

Le vieillard range alors la sphère dans son manteau, et donne le signal du départ à ses compagnons qui regagnent leurs montures pour le suivre.

Après l'inquiétude et le désarroi de l'ignorance, c'est maintenant l'âme en paix et le coeur joyeux qu'ils s'apprêtent à se frayer un chemin dans le défilé de brouillard qui serpente devant eux. Les heures passent à pas feutrés, telles un chat qui rôde et frôle un mur, l'oeil phosphorescent et la démarche souple. Le brouillard, l'humidité, l'obscurité sont devenus les acteurs familiers du décor de leur errance. Et, au travers des brèches d'horizon que laisse entrevoir le brouillard qui s'égare par moments en de brefs évanouissements, on croit entendre la rumeur sifflante de l'océan des vents, qui sonne d'étranges harmonies aux allures de dissonances.

La frontière est maintenant proche où ils pourront fermer la parenthèse de cet intermède nébuleux, dans lequel on avance en tâtonnant, la peur au ventre et le coeur indécis, en se cognant aux parois du désarroi, tel un rat qui tourne sans fin dans une cage de verre, disloqué par l'ignorance, mourant.

Les marécages achèvent de sécher, et se résorbent en rigoles de boue qui viennent buter au pied d'un escarpement rocheux. L'endroit semble frappé de pestilence. Un bref regard jeté sur la muraille découvre facilement un sentier qui s'élève dans les éboulis de pierres. C'est alors la moiteur grisâtre du brouillard et la tiédeur pourrissante et nauséabonde des marais qui s'éloignent à chaque instants de l'ascension.

La progression semble facile malgré l'étroitesse du chemin perché sur l'abîme. La pente est douce et le ciel découvre une clarté laiteuse et lumineuse au travers des nappes de brouillard qui s'effilochent en longues franges à mesure que l'on approche du sommet. Le sabot d'un cheval glisse parfois dans la pierraille qui s'éboule. Un nuage de poussière s'échappe alors dans le vide du précipice, et danse un moment dans la lumière, avant de disparaître, effacé par le vent.

La transition sinueuse et lumineuse qui les mène vers le sommet ne dure que quelques instants. Le piège à brouillard des marécages ne semble plus être qu'un mirage vacillant qui surnage encore à fleur de mémoire. Le gigantesque fossé de boue qu'ils ont traversé, n'était qu'une barrière gluante où les gestes se ralentissent et se décomposent, écoulant, grain à grain, le sable mouvant du temps.

Nunti-Sunya,
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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Dim 5 Sep - 8:10

--- "Nuages, Mirages" (18) ---

Enfin le sommet surgit dans une bourrasque de vent et de lumière. C'est en fait le seuil d'une plaine immense et caillouteuse, identique à celle qu'ils ont arpenté déjà dans les jours précédents le brouillard.

On distingue, dans le fond du paysage, sur la droite, un lot de collines qui dessinent et entourent en une sorte de demi-cercle, un amas de cubes blanchâtres. Dans l'indécision des regards qui scrutent ce nouvel horizon, on croit lire par moments l'apparition vivante d'un village tapi au pied d'une montagne, à l'abri du vent et de l'espace.

Berceau pour les songes tournoyants du repos, le cirque de collines organise le champ de leurs désirs, tel l'aimant polarise la multitude informe de la limaille, en lignes concentriques et parallèles. C'est un phare qui veille et appelle dans ses faisceaux la nef hésitante des chercheurs d'outre-monde.

Il y a encore sur les bords du ciel d'un bleu naissant,
Des taches blanchâtres de nuages qui s'effondrent.

Et comme la distance qui les sépare du village s'amoindrit avec le temps, la vision embuée de l'espoir devient un clair scintillement de certitudes. Les cubes blanchâtres sont des maisons de chaux piquetées d'étroites bouches d'ombre, dont les murs aux arêtes tranchantes dessinent un damier d'ombre et de lumière, trame irrégulière qui recouvre le blotissement des habitations d'une sorte de filet aux mailles distendues.

Les ruelles sont désertes et muettes. La respiration des vents de la plaine s'arrête ici, dans les recoins ombrageux que la poussière du désert a négligé de visiter. Le sol est d'argile, aux reflets de cuivre, frais et comme humide sous les pas. Le grincement d'une porte, le bruissement métallique d'un feuillage au fond d'une cour, le bourdonnement diffus de nuées d'insectes qui s'agitent dans les vapeurs vacillantes de la chaleur, sont les notes éparses qui montent du village assoupi, tel le dormeur au ronflement léger qui s'agite en murmurant l'écume des songes.

Les voyageurs arpentent les ruelles et les places, et laissent derrière eux un semis d'empreintes qui s'entremêlent et dessinent aux pieds des façades frappées d'une blanche stupeur, les arabesques du bonheur. Le village du levant que retrouve le guerrier après des années de voyages et d'oubli est redevenu le miroir odorant de l'époque bénie où le lait et le miel coulaient à flots, bien avant que la guerre ne saccage et détruise la coupe pleine des idéaux de paix et de justice qui avaient fait la prospérité des nations.

Seulement, on ne voyait que façades et feuillages. La coquille semblait intacte, restaurée, mais les habitants restaient pour l'instant absents.

Ils visitaient chaque maison, jetant des regards et des cris sur le visage inerte du silence et de l'ombre, dans l'attente d'un signe d'intelligence, d'un mouvement de vie, mais en vain.

Il n'y avait que l'écho de leurs pas pour animer le vide étrange de ces lieux déserts.

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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Jeu 9 Sep - 8:41

--- "Nuages, Mirages" (19) ---

Des coins de ciel ponctuaient de bleu la pénombre des pièces et le sommet des escaliers menant aux terrasses. Les salles, toutes d'obscurité tendues, s'articulaient autour de couloirs circulaires et exigus qu'égrenaient par moments les volées abruptes d'escaliers pentus.

Ainsi, on devinait un agencement peut-être inextricable de morceaux d'espace aux multiples formes et fonctions, qui allaient en se multipliant à mesure que l'on descendait. Les terrasses, immergées dans le ciel et balayées par le vent, étaient le plat couvercle d'une boîte aux innombrables resserrements.

Quand on observait depuis le toit d'une maison la constellation du village, on découvrait une configuration géométrique construite avec les briques identiques, à un étage, des habitations maintenant désolées. C'était un carré dessiné dans le cercle des remparts, tout contre la courbure des collines, tel un sceau de cire qu'on appose en première page, près du cuir brunâtre d'un livre des secrets.

Le village signifiait d'une figure géométrique, au visiteur soucieux de comprendre et attentif aux signes, la présence d'une énigme, d'un passage à explorer, d'un symbole à décrypter. Les bouches d'ombre des maisons livraient accès, comme une clé tourne dans une serrure, à ce qui semblait être un arrangement complexe de passages souterrains, sorte de gigantesque rhizome étirant dans les entrailles du sol les tentacules noueux d'un dédale de pierre.

Après une brève concertation, les voyageurs décidèrent qu'il fallait passer le pas, franchir le seuil, et tenter l'exploration de ce monde souterrain aux mille recoins.

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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Ven 17 Sep - 8:14

--- "Nuages, Mirages" (20) ---

Ils attachèrent les chevaux aux anneaux de fer scellés dans le mur d'une arrière-cour, à côté d'un puits dont les pierres recouvertes de poussière dormaient, calfeutrées, loin du bruit humide des clapotis de jadis.

"Que deviendront les chevaux si nous ne revenons pas ?", interrogeait l'enfant. "Ils risquent de mourir de soif et de faim, attachés contre la muraille, loin de toute ressource." -- "C'est un sacrifice auquel nous devons consentir", répondit le guerrier. Nous ne pouvons faire autrement, dans cette contrée désolée, que de laisser derrière nous ce qui risquerait d'entraver notre évolution dans les mondes futurs. Et peut-être, après tout, saurons-nous trouver une solution pour sauvegarder ces animaux contre la morsure du soleil." -- "Venez, il est temps", dit le vieillard. "Le jour décline déjà dans les ocre-bleu noir du crépuscule, et s'apprête à rejoindre la face obscure et scintillante de son repos. Ce village est une porte ouverte dans laquelle il nous faut plonger corps et âme. Peut-être trouverons-nous ici l'issue et le sens du voyage qui nous emporte au-delà de nous-mêmes, depuis tant de jours."


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

La sphère, encore une fois, est un guide précieux pour que s'estompe et recule le noir des recoins. Ils descendent les marches, l'un derrière l'autre, sans se retourner vers les dernières couleurs du soleil, qui s'effondre en flaques, dans l'orangé du soir.

L'oiseau est resté sur le seuil, au-dehors, perché sur le bord d'une terrasse, sur le toit de la cage, loin des espaces voûtés qui ne supportent plus le poids des ailes ni l'envol soudain d'une robe de jais dans le lointain.

L'heure est au recueillement. Les pas résonnent et se mêlent aux relents humides et pourrissants qui montent du sol et tapissent les murs d'âcres moisissures. Vertes, blanches et grises, elles bourgeonnent en longs chapelets et accompagnent, sans discontinuer, l'éclair vacillant de la sphère. Et, dans les ténèbres épaisses où ils se frayent un chemin, l'ondulation des ombres est celle d'un animal qui rampe et creuse une galerie dans le sol, bouleversant la terre de nombreux éboulis, blocs de silence qui retombent derrière les pas, étouffés.

La pente est douce, hachée à intervalles réguliers d'escaliers aux marches glissantes. Parfois c'est une salle circulaire qui dédouble les pas, et casse la progression en débris piétinants où l'on explore un à un les couloirs qui se juxtaposent, et les voies sans issue. Sortes de pièges à espace dans lesquels se vident, de nombreuses fois, les sabliers du temps.

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Gisèle

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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Ven 17 Sep - 18:58

Citation :
La pente est douce, hachée à intervalles réguliers d'escaliers aux marches glissantes. Parfois c'est une salle circulaire qui dédouble les pas, et casse la progression en débris piétinants où l'on explore un à un les couloirs qui se juxtaposent, et les voies sans issue. Sortes de pièges à espace dans lesquels se vident, de nombreuses fois, les sabliers du temps.

Nunti-Sunya,

Tout le long de la lente descente le rayonnement de la sphère se fait plus pénétrant.... plus vivant... comme s'il émane d'elle une vie.... consciente, intelligente, pénétrante...
Les voyageurs-explorateurs sont pénétrés par cette douce radiance, leurs perceptions s'élargissent... leurs sens s'affinent, leurs fréquences parviennent à percevoir l'existense subtile des multiples facette du réel.... du vivant....
La Lumière de cette spère radiante les traverse.... et illumine, éveille en eux une petite sphère toute pareille, de même nature.... un pur joyaux blotti au creux de leur poitrine, qui pulse une énergie dont la qualité est Joie, Joie pure et radiante.... Petite flamme d'essence la plus pure qui soit déposée là.... par la puissance créatrice.... qui dort là depuis des éons....
Tous ces couloirs... ces voies sans issus qui tournent en rond dans une obscurité presque opaque deviennent sous l'éclairage de cette petite sphère les milles et une vies passées à arpenter ce long dédale de voies-expériences à la recherche de la pure lumière qui apporte l'accomplissement, la réalisation du potentiel enfoui.... endormi... qu'un lointain souvenir stimule à rechercher inlassablement.....
Dans une conscience éblouie, ils réalisent que cette petite sphère leur procure le sentiment de plénitude, de bonheur sans nom, de joie sans cause dont ils ressentent le besoin au coeur de chaque cellule de leur corps.
Bonheur au delà de toute réalité linéaire, matérielle.....

Mais il est une autre étape à franchir maintenant.... celle d'intentifier, de faire grandir cette petite flamme....
C'est la flamme de Vie, la flamme immortelle, la flamme éternelle.....

Salutation à vous de tout mon Coeur.

Gisèle sunny
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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Dim 26 Sep - 14:00

--- "Nuages, Mirages" (21) ---

Les voyageurs ne se séparent pas. Faute d'avoir pu trouver une clé pour s'orienter dans le fouillis des sorties possibles, ils déplacent en bloc l'assemblée de leurs forces, la communauté de leurs intérêts, pour survivre et perdurer par-delà la sévérité des énigmes.

La seule ligne de fuite assurée est le fil tendu de la plus grande pente le long de laquelle ils doivent glisser. Descendre toujours plus avant, et laisser des entailles dans les murs, aux intersections, et au pied des escaliers, deviennent des gestes qui ancrent leurs esprits loin de la tourmente glacée du désarroi.

Ils continuent de descendre, et bientôt le dallage, les voûtes de pierre et les murs taillés à l'applomb du roc perdent l'alignement et la géométrie d'équerre qui faisaient du souterrain un espace quadrillé et inaltérable. Des pans de mur sont répandus sur le sol et gisent désarticulés, entassés et sans forme, couvrant le dallage de pierres cubiques aux arêtes émoussées. Les dalles se lézardent et se cassent sous le poids d'une construction qui s'effondre. Les escaliers sont comme usés, rapés. Ils abandonnent le clair découpage des paliers, et s'effacent bientôt en un éboulis de rocs et de boue.

Les salles circulaires qui rayonnaient de couloirs en étoiles et de passages en miroirs, ne sont plus que des grottes serties de stalagtites qui s'égouttent, note par note, dans la cage du silence. Les murs lisses, les angles droits du labyrinthe, ne sont plus que le mauvais souvenir d'un piège aiguisé par l'intelligence d'une civilisation de bâtisseurs, maintenant disparus.

En explorant les entrailles de la Terre, ils effeuillent le livre de l'Histoire des hommes. Chaque époque s'énumère tout au long des strates que le temps dépose et empile en couches successives. Des signes, des vestiges pétrifiés subsistent pour dire l'existence de ce qui fut. Leur voyage est une chronologie, une chaîne qui se construit au fil des évènements, maillon par maillon, pour que se dessine le visage rêvé de ce qu'ils ne sont pas encore.

Nunti-Sunya,
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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Sam 2 Oct - 19:38

--- "Nuages, Mirages" (22) ---

Dans cette grotte humide et vaste comme une cathédrale, la nature semble être livrée à elle-même, sans artifices ni énigmes. Stalagtites, stalagmites, colonnes grisâtres de calcaire qui parfois fusionnent, hérissent le sol de leurs piquants, comme le font parfois les restes calcinés et béants d'une forêt de pins ravagée par l'incendie, dévorée par la fureur des flammes qu'ennivre le vent.

La voûte est invisible. Elle se perd dans la pénombre des hauteurs et distille, à intervalles réguliers, des perles scintillantes qui meurent en ruisselant.

Pour les voyageurs, il ne s'agit plus de marcher, mais d'escalader le chaos glissant des rocs entrechoqués. Il n'y a plus d'escaliers ni de couloirs qu'on arpente indéfiniment, le coeur serré par le cercle oppressant d'une ronde sans issue, grinçante. Il faut maintenant tenter de ralentir les pas, et agripper d'une main les aspérités de passage, pour contrôler la descente qui s'éboule en jets de pierres bondissantes.

Pêle-mêle, bras et jambes glissent au bas de la pente, sans pouvoir contrôler la ligne brisée de leurs trajectoires. Seule la sphère de cristal flotte encore, paisible, au-dessus des voyageurs.

L'oriflamme est resté perché au sommet de l'éboulis, la hampe fichée dans la rocaille. Le guerrier a égaré là l'écusson jauni de la lignée des ancêtres dont il est le dernier rejeton, et c'est un pan d'histoire qu'il laisse derrière lui, un morceau de toile rapiécé qui témoigne de l'entretissement des nombreuses familles qui furent le berceau et le paysage nourricier de sa vie jusque là écoulée. Il livre là, sans le vouloir vraiment, la première partie de son existence aux mains attentives et vigilantes des scribes, qui tissent, en gestes répétés, le palimpseste changeant de la mémoire, et engrangent, sans relâche, les faits mouvants de l'histoire.

Assis dans la boue, le dos contre l'humidité suitante des rochers, ils se reposent à présent dans l'immobilité du silence retrouvé.

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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Dim 10 Oct - 8:54

--- "Nuages, Mirages" (23) ---

Devant eux s'étire la surface étale et miroitante d'une nappe d'eau, qui repose au creux de la muraille, à fleur de rocaille. Elle se reflète en touches sombres et vert-émeraude, quand passe le halo lumineux de la sphère qui veille dans le silence.

Tel un oeil grand ouvert, la boule de cristal scrute le royaume des ombres, comme pour guetter la levée du jour. Mais aussi loin que porte le regard, les ténèbres et l'eau semblent marier leur étrangeté passive en un écrin étouffant, qui absorbe et casse la lumière en débris phosphorescents et éphémères.

L'enfant risque quelques pas, et avance longuement jusqu'à faire disparaître une moitié de corps dans l'eau. Il chemine en suivant le fil sinueux que trace la sphère de son pinceau lumineux, sorte de chenal où le sol reste stable et dur, à l'écart de l'abîme qui engloutit et submerge sans cris les corps surpris, noyés.

Tels les mages dans le désert, ils suivent tous trois la corolle de lumière qui nimbe de gouttelettes dansantes la poche sombre du mystère. L'obscurité opaque est une éponge silencieuse qui absorbe leurs pas et entraîne leurs esprits dans le vide tournoyant du vertige, dans l'abîme sans repères où l'on oublie l'origine et le sens du voyage.

Tel un filet qui tombe et immobilise l'animal pris au piège, les voyageurs luttent un moment contre la torpeur qui les gagne, puis sombrent lentement dans la répétition mécanique de l'inconscience, laissant aux corps le soin de suivre la sphère, tandis que leurs esprits abandonnent la vigilance de l'instant pour se replier dans les limbes étagés du rêve.

L'eau glacée monte parfois, au gré des accidents du terrain jusqu'aux épaules de l'enfant, qui trébuche mais ne tombe pas, soutenu par la poigne de fer du guerrier qui agrippe le col, et prévient ainsi la chute prématurée de l'innocence aux vertes années.

Le vieillard qui ferme la marche a maintenant le souffle court et précipité d'un homme éprouvé par la morsure du froid. Il titube par moments, ponctuant l'atmosphère de vapeurs chaudes et humides qui s'échappent en volutes au gré de sa respiration haletante.

Mais brusquement, la sphère disparaît, comme digérée par la voracité de la nuit. Les voyageurs continuent d'avancer de quelques pas encore, portés par le rythme régulier qui les entraîne depuis longtemps déjà, puis s'arrêtent. Petit groupe de vivants qui interroge l'immobilité glacée du silence. Au bout de quelques secondes cependant, des reflets intermittents et blafards commencent à égayer la stupeur minérale de l'abîme, en dessinant les bords déchiquetés d'un passage qui s'arrondit en ogive. Dans la muraille s'ouvre en effet, à fleur d'eau, la bouche ronde et opalescente d'un couloir.

C'est un soulagement soudain dans lequel ils s'engouffrent joyeusement, oubliant le piège glacé dont ils égouttent le souvenir, les pieds au sec dans cette nouvelle galerie. Ils n'ont que quelques mètres à franchir en se courbant légèrement. A l'autre bout du tunnel, quelques marches les conduisent dans une salle aux dimensions titanesques.

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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Lun 18 Oct - 8:09

--- "Nuages, Mirages" (24) ---

C'est une cathédrale gothique qui se déroule dans la splendeur alignée d'innombrables colonnes de pierres taillées, ornées, sculptées de mille fresques qui effeuillent les pages mémorables des livres sacrés. Les colonnes s'élancent et butent contre la voûte calcaire de la grotte, stoppées dans leur croissance, inachevées, loin du ciel qu'elles ne font qu'évoquer par leur élan brisé. Il n'y a pas de vitraux.

Seul un puits d'eau limpide dessine un cercle de granit au coeur de la nef. Au-dessus du puits, à hauteur d'homme, oscille doucement une lampe à huile qui brûle en fumant, suspendue par un filin de métal qui descend depuis le plafond calcaire de la grotte. C'est une sorte de gigantesque pendule dont le balancier dessine des arcs de cercle, des fragments d'ellipse. Par moments, une goutte d'huile s'échappe du récipient et tombe sur la surface limpide du liquide. Le puits résonne alors un instant, éveillant des échos fragiles qui se perdent bientôt entre les colonnes.

Le dallage qui entoure le puits est marqueté de pierres colorées, petites et carrées. Elles dessinent, en se juxtaposant, un lacis de points ocres, violets, noirs et blancs. De ces couleurs entremêlées émerge, quand on se hisse sur la margelle du puits pour regarder en surplombant, une étoile à douze branches, dont les rayons achèvent leur course en pointant chacun sur une colonne.

Ce sont douze piliers de pierre blanche qui dansent une ronde autour de l'étoile sans jamais quitter la place choisie et voulue par l'architecte, aux temps reculés de l'origine, quand les pierres parlaient aux étoiles, et chantaient des airs magiques de mondes qui grandissent et se construisent en spirales tournoyantes. Univers qui se déploient au gré des équilibres successifs imaginés par la conscience tapie au creux de la matière, cachée sous le masque opaque de l'inertie.

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Cristobal
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Jeu 28 Oct - 12:12

--- "Nuages, Mirages" (25) ---

Dans chaque pilier se trouvait logé, à mi-hauteur, un vieil homme chenu et raviné par les ans, assis et pensif, le regard perdu dans l'horizon lumineux de ses méditations. Toutes ces sculptures de vieillards perchés au-dessus du vide, à l'extrême bord de ce qui avait été leurs vies, figés dans leurs derniers instants, avant de passer de l'autre côté du réel, dans le néant peut-être, étaient les expressions fidèles et presque vivantes de ce que peut être la mémoire quand elle veille, et nourrit le présent avec la semence de l'expérience passée.

L'enfant s'amusait à compter à haute voix, au fil de ses dix doigts. Il n'y avait que onze statues. La douzième colonne, cachée dans l'ombre, était vide de toute forme humaine. Une mélodie chevrotante s'en échappait, comme les murmures hésitants qu'exhale un mourant, dans les derniers instants où l'on voit les lèvres bleuir et se ternir, avant que ne tombe le rideau.

C'est en tournant autour de cette colonne de pierre, muette de tout signe et cependant chantante comme une énigme, que les voyageurs découvrirent sur la face cachée, au pied de la verticale des blocs empilés, dans un resserrement humide, un vieillard accroupi dans l'ombre, encore vivant, douzième et dernier du nom.

Son regard lui aussi se perdait dans le vague du lointain. Le regard fixe, il semblait ignorer l'assemblée figée des onze statues centrées autour du puits. Sans se préoccuper des bruits déposés à ses pieds par les voyageurs étonnés, il laissait derrière lui le cercle étoilé, avec son pendule oscillant et dansant des cadences variées.

Assis sur le bord du cercle, le dos à la lumière, il lançait à la face des ténèbres la sourde mélopée de sa conscience encore éveillée. Puis, levant les yeux vers l'assemblée muette des voyageurs groupés devant lui, il esquissa un geste hésitant vers le pilier de pierre, et commença de redresser son dos voûté en s'y appuyant.

Nunti-Sunya,
Et,
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Sam 6 Nov - 11:07

--- "Nuages, Mirages" (26) ---

La sphère éclairait maintenant son visage décharné, où seul le regard continuait de vivre, éclat perçant au travers du filtre oblique des paupières. Il aperçut, puis scruta sans crainte ni étonnement les étrangers immobilisés dans l'attente d'un signe. Et comme ses lèvres s'agitaient sans pouvoir articuler un seul son intelligible, le guerrier fit un geste de la main droite, en guise de salut, le bras levé vers le ciel.

C'est lui qui commença à parler, étonné du discours qui se construisait à son insu, sans qu'il n'ait rien voulu, comme s'agite une marionnette actionnée par des fils et mécanismes dont elle ignore la nature et l'origine. Il était devenu l'outil sensible et fonctionnel entre les "mains" du vieillard au corps débile et chancelant.

C'est par ce canal de la force armée et vigoureuse encore, que s'exprimait maintenant le vieil homme, pour témoigner et révéler le discours vénérable que les navigateurs, emportés sur les flots tempétueux mais parfois paisibles du temps, étaient venus écouter en échouant dans cette crypte, tels des âmes égarées parvenues sur les bords du Styx.

"C'est au douzième qu'il appartient de révéler le passage, pour que s'accomplissent les signes cachés dans les écritures. Quand douze seront devenus un, alors étincelleront les couleurs du ciel. La Terre dérobera quelques arêtes de son manteau tournoyant aux champs immobiles du sommeil, pour qu'oscille de nouveau le fléau dansant de la Création. Auprès de la mémoire silencieuse et qui veille indéfiniment, trois disparaîtront pour renaître dans la brise chantante d'un printemps aux couleurs d'arc-en-ciel."

Et comme le guerrier finissait de parler, le vieil homme sortit des replis de sa tunique une clef d'argent, qu'il remit à l'enfant. Puis, fermant les yeux, seul dans une clairière de silence, il disparut, comme s'effacent des taches de couleur balayées par la pluie, ne laissant derrière lui qu'un scintillement éphémère et transparent de vitrail miroitant.

Nunti-Sunya,
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Ven 19 Nov - 10:09

--- "Nuages, Mirages" (27) ---

La première réaction des trois voyageurs fut de reculer, le corps chancelant d'étonnement, devant ce poudroiement de lumière soudain. La seule preuve, s'il en était besoin, de la présence du vieil homme auprès d'eux quelques instants auparavant, était la clef d'argent dans les mains de l'enfant.

Le guerrier regarda autour de lui, entre les colonnes et derrière le puits, dans l'espoir de voir apparaître de nouveau ce qui n'était plus maintenant qu'un mirage évanescent et moribond sur l'écran de sa conscience. Mais il n'y avait guère que l'enfant, courant de colonne en colonne, et le vieillard assis sur le bord du puits, pour animer la crypte et donner vie à cet espace désert.

Levant alors les yeux à mi-hauteur, vers l'alignement des colonnes, son regard se figea. Le sang glacé de stupeur et le corps immobile, il ressemblait à la douzième statue qui était maintenant venue occuper l'emplacement resté vacant. C'était la copie de pierre du vieil homme au regard plissé, celui-là même qui avait donné la clef d'argent à l'enfant.

Le pendule s'immobilisa comme il finissait d'observer le spectre de pierre. Au centre du puits, la flamme se reflétait en ondes de lumière tamisée. L'enfant s'était penché, la tête en avant, et observait par dessus la margelle les gouttes d'huile chaude encore qui continuaient de frapper le miroir des eaux, cercle d'émeraude foncé posé dans les profondeurs. Il tenait la clé entre ses mains, la faisant tourner et pivoter en jouant avec les formes tourmentées qui émergeaient du bloc d'argent sculpté. On croyait deviner tour à tour un lion debout sur une pierre plate, le regard plongeant dans les herbes blanches et sèches d'une savane aux nombreux troupeaux, ou bien encore le profil illuminé du prophète, quand il brandit le Verbe et la Loi à la face du peuple des nomades, avant que ne se brisent les Tables.

Les images changeantes se succèdent et s'arrêtent un instant, prisonnières du jeu tournoyant d'ombres et de lumière sur les aspérités de l'objet. Et puis, comme s'il était guidé par une voix intérieure, ou submergé par une impulsion incontrôlable, il écarta les doigts, et laissa tomber la clef au fond du puits, dans la transparence des eaux. L'objet refléta un moment la lueur suave et enfumée de la lampe puis, glissant sous une pierre, disparut en noyant ses reflets d'argent dans la pénombre.

Le vieil homme semblait avoir attendu les voyageurs pour leur remettre un dernier indice, pour que pivote et s'ouvre la porte close de l'énigme, pour que cette crypte aux contours hermétiques livre son secret. Et, dans le geste de l'enfant qui égare et laisse tomber la clef, ce sont les signes de la délivrance qui semblent s'éteindre. C'est une éclipse pour l'espoir, une voix qui se meurt, étouffée par la négligence absurde d'un enfant qui joue.

C'est ainsi que ruminait le guerrier, penché lui aussi sur le bord du puits, le regard perdu dans le miroir désormais brisé des profondeurs.

Nunti-Sunya,
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Mer 1 Déc - 10:10

--- "Nuages, Mirages" (28) ---

Mais soudain, contre toute attente, le pendule commença à bouger. La lampe oscilla faiblement en fumant, comme agitée par un souffle de vent. Puis, les mouvements désordonnés et imperceptibles se firent plus réguliers. Le pendule décrivait la trajectoire d'un balancier, un arc de cercle d'égale courbure et d'invariable direction. Il dessinait sans relâche la direction du nord-ouest, figurée par deux des douze rayons de l'étoile inscrite dans le sol constellé de pierres multicolores, tressées en diadème autour du puits.

Le pendule gagnait peu à peu en vitesse et, parvenu à sa plus grande amplitude, il parcourut six fois le diamètre nord-ouest/sud-est qu'indiquait du regard la douzième statue de pierre pensive. C'est alors qu'on entendit un craquement dans le sol, pareil aux grincements de rouille d'un mécanisme aux rouages usés et compliqués. Le sol s'ouvrait sous leurs pas. Un fragment de l'étoile disparaissait. Le nord-ouest inclinait ses antennes, dans l'opacité muette d'un gouffre espéré autant que redouté.

Mais peu à peu le regard parvenait à apprivoiser les ténèbres. On distinguait les arêtes phosphorescentes d'un escalier, dont les marches translucides s'épanchaient en couleurs vibrantes. Les rectangles de couleurs s'organisaient en groupes identiques de sept marches : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé et rouge.

La volée de marches, s'enfonçant dans le nord-ouest de la terre, construisait un arc-en-ciel de pierres, illuminant le sous-sol d'un réseau dégradé de couleurs, comme un reflet de ciel enfoui après la pluie. La tonalité des couleurs variait sous les pas des voyageurs, depuis le clair-aigu jusqu'au sombre-grave.

L'escalier réagissait à leur passage, en modulant les couleurs sur toute la gamme des intensités, toute l'étendue du spectre des vibrations. Les marches de lumière se déployaient en spirale descendante, autour d'un pilier couleur de ténèbres. Dans ce tournoiement paisible et régulier, l'enfant, le guerrier et le vieil homme, superposaient leurs formes opaques et mouvantes. Elles se reflétaient au travers du prisme chatoyant de l'édifice scintillant, mariant de façon étrange la pesanteur hésitante de leurs gestes, aux oscillations incessantes de la lumière sur le spectre dansant des couleurs.

Chacun des voyageurs déplaçait avec lui,
Comme l'ombre se colle aux pas et à la peau,
Son image couleur du temps,
Changeante et mouvante,
Dans le vitrail du devenir.

Ils étaient, les uns pour les autres,
Les représentations typiques de l'humain en gestation,
Qui grandit et réalise ses potentialités à l'épreuve du réel,
Donnant ses fruits avant de mourir,
Pétri d'existence consciente :

J'ai exploré les déserts de l'inconscience,
Gravi les remparts de l'ignorance,
Parcouru les steppes immenses de l'incohérence.

Au soleil du midi,
Ou dans la lune qui luit,
Toujours le même murmure,
D'un esprit qui s'éveille.

Tapi dans la pierre,
Assoupi dans le végétal,
Agité dans l'animal,
Il se fait articulé dans le discours,
Et vibrations dans la lumière des couleurs et des sons,
Pour que passe le temps,
Au crépuscule des révolutions,
Des planètes et des civilisations.

Le fourmillement se fait questionnement,
L'être se regarde et s'interroge,
Pour rire enfin aux reflets infinis,
De son existence consciente.

Partout répété, imité, amplifié, déformé ou sublimé,
L'esprit joue de son avènement,
Une danse spirale,
Dans la nuit,
Pour la lumière.

Ainsi s'achève la petite musique des nuages, des mirages.....

Nunti-Sunya,
Et,
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MessageSujet: Re: La Tapisserie des Vacances de l'Esprit   Jeu 2 Déc - 11:18

--- En ligne sur FeedBooks ---

J'ai mis en forme et en ligne le texte sur FeedBooks, avec un découpage en 19 parties/chapitres.

Pour les amateurs, voici le lien ad hoc pour Nuages, Mirages :

http://fr.feedbooks.com/userbook/17104/nuages-mirages

sunny

Nunti-Sunya,
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